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La problématique de l'exécution des décisions de la cour de justice de la CEDEAO


par Nemsida Rodrigue NANA
Université Thomas SANKARA - Master 2 Recherche  2018
  

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CONCLUSION GENERALE

L'exécution des décisions de la CJ/CEDEAO s'est forgée sur des principes tels l'obligation d'exécution des décisions et l'autonomie institutionnelle. Il est donc fait obligation à tout Etat Membre ayant succombé à dans une procédure judiciaire devant la CJ/CEDEAO d'exécuter la décision rendue par la Cour à son encontre. Toutefois, cette obligation d'exécuter les décisions de la Cour repose sur l'autonomie institutionnelle qui laisse une liberté à l'Etat dans le choix des modalités d'exécution de la décision juridictionnelle. Nonobstant l'existence de moyens prévus, visant in fine à assurer l'exécution des décisions rendues par la Cour de Justice de la Communauté, on constate un faible taux d'exécution dû en grande partie à cette réticence des Etats Membres de la CEDEAO. Beaucoup de victimes ne parviennent pas à obtenir l'exécution des décisions rendues en leur faveur contre les Etats. Cette inexécution ou mauvaise exécution des décisions de la Cour de justice de la CEDEAO de la part des Etats Membres de la CEDEAO est révélateur d'un niveau d'intégration qui reste à parfaire dans l'espace communautaire CEDEAO. L'effectivité de l'ordre juridique communautaire repose sur l'acceptation des décisions rendues par la Cour de Justice de la Communauté parce que cette instance juridictionnelle communautaire est garante de cet ordre juridique. Les Etats Membres de la Communauté doivent se convaincre alors qu'accepter de donner suite aux décisions de la cour renforce la légitimité de la juridiction communautaire qu'eux-mêmes ont instituée. Par conséquent, les valeurs et les principes consacrés par cet ordre juridique se trouvent à leur tour légitimés et crédibilisés242. L'épanouissement des juridictions internationales est largement dépendant de l'appui qu'elles trouvent auprès des États, parce que ce sont ces derniers qui détiennent la clé de leur réussite ou de leur échec243. « Les difficultés d'exécution de certains arrêts témoignent...d'une certaine défiance à l'égard des cours et des tribunaux internationaux »244. La protection des droits des individus voulue par la CEDEAO ne peut être effective si elle se résume seulement en l'obtention de décisions de justice245. Cette protection des droits des individus passe nécessairement par l'exécution des décisions rendues par la Cour de la part des Etats Membres de la CEDEAO. Dans un Etat de droit, l'Etat reste avant tout un sujet de droit qui accepte se soumettre au contrôle du juge. Cette soumission exige qu'il aille jusqu'au bout en acceptant les verdicts définitifs des juridictions par leur exécution rapide et

242 Omar DIOP, « L'ordre juridique interne des organisations d'intégration africaine », op. cit. p. 31

243 Alain PELLET, « remarque sur l'(in)efficacité de la cour internationale de justice et d'autres juridictions internationales », in Liber Amicorum Jean-Pierre COT - Le procès international, Bruxelles, Bruylant, 2009, p. 211

244 Idem p. 212

245 René B. BAGARO, « le juge administratif et la protection des droits des administrés », rapport de la rentrée judiciaire 2009-2010, p. 20

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La problématique de l'exécution des décisions de ta CJ/CEDEAO

entière246. l'exécution des arrêts de la Cour EDH affirmait Elisabeth Lambert ABDELGAWAD, est le corollaire de l'adhésion des Etats européens à un système de protection supranationale des droits de l'homme ; ce qui emporte nécessairement une limitation de la souveraineté nationale247. Aucune politique de promotion et de protection des droits de l'homme n'est efficiente si les Etats ne font pas montre d'une réelle volonté politique248 dans l'exécution des décisions de la Cour de Justice de la Communauté.

Dans le nouvel ordre juridique communautaire intégré de la CEDEAO, la Cour d'Abuja doit s'affirmer en invitant les Etats membres à exécuter totalement et de bonne foi ses décisions. Comme toute justice internationale, la justice de l'intégration est largement tributaire du concours des États membres et de leurs démembrements (Administration, juridictions) afin d'assurer l'effectivité de ses décisions. Les défaillances des autorités nationales dans l'exécution des actes juridictionnels des organisations d'intégration ajoutées au silence coupable des institutions communautaires en l'occurrence la conférence des Chefs d'État et de gouvernement, organe suprême de la CEDEAO, contribuent largement à mettre à rude épreuve la crédibilité du juge communautaire et de son office249. A quoi sert une juridiction supranationale si ses propres décisions ne sont pas appliquées de façon loyale, fidèle et consciencieuse par les Etats Membres ? A la longue, ces juridictions communautaires risquent d'apparaître comme des éléments du décorum institutionnels, indispensable pour attester de l'existence d'un organe juridictionnel mais dans la réalité, ils n'auraient pas d'impact sur le fonctionnement des communautés250. Certes l'objectif de 100 % d'exécution est utopique, mais il convient de déterminer le seuil tolérable d'inexécution, et à partir de quel moment ou dans quelle mesure, l'inexécution doit être sanctionnée.

Le problème qui consiste à assurer l'exécution des décisions de la cour peut être un aspect particulier d'un problème plus général qui est celui d'assurer l'exécution des décisions des organes compétents de la communauté. Ne pas se conformer à une décision de la Cour ayant force obligatoire est par conséquent un phénomène désolant comme le serait la défaillance à se

246 Ibid.

247 Elisabeth Lambert ABDELGAWAD, L'exécution des arrêts de la Cour européenne des Droits de l'Homme, op. cit. p.71

248 Thierno KANE, « La Cour de Justice de la CEDEAO à l'épreuve de la protection des Droits de l'Homme », op. cit. p. 59

249 Omar DIOP, « L'ordre juridique interne des organisations d'intégration africaine », op. cit. p. 33

250 Elisabeth Lambert ABDELGAWAD, L'exécution des décisions des Juridictions Européennes (Cour De Justice des Communautés Européennes Et Cour Européenne Des Droits De L'homme), op. cit. p. 706

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conformer aux décisions des organes compétents pour prendre des décisions obligatoires pour tout Etat Membre de la Communauté251.

L'exécution des décisions de la Cour de Justice de la Communauté dans sa conception présente des originalités à bien d'égard mais peinent toujours à assurer une prompte et entière exécution des décisions de la Cour. Face aux multiples obstacles qui assaillent le processus d'exécution des décisions de la Cour il est plus que nécessaire pour la Communauté d'engager des voies et moyens afin d'aller vers une plus grande effectivité d'exécution des décisions de sa Cour de Justice. Ainsi l'amélioration de l'exécution spontanée et l'institution progressive d'un système communautaire d'exécution forcée s'impose car la décision, qu'elle soit favorable ou pas, doit être exécutée afin de garantir à tout justiciable l'effectivité de son droit au juge.

251 Rosenne SHABTAI, « l'exécution et la mise en oeuvre des décisions de la Cour Internationale de Justice, op. cit., p. 536

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