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Les états tiers devant la cour pénale internationale


par Lansky Corneille NGUEMA EBARE
Université Omar Bongo - Master 2024
  

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SECTION II : UNE DÉCLARATION AUX EFFETS MULTIPLES : ENTRE

MÉCANISME JURIDICTIONNEL ET OUTIL DIPLOMATIQUE

Au-delà de sa portée purement juridique, la déclaration de compétence prévue à l'article 12 § 3 du Statut de Rome produit une série d'effets qui débordent largement le seul cadre procédural. A l'articulation entre la logique contentieuse du Statut et les dynamiques interétatiques, cet acte atypique engage la Cour dans un processus aux retombées multiples.275 Il convient ainsi de distinguer, d'une part, les implications procédurales et juridictionnelles (Paragraphe 1) qu'une telle déclaration entraîne pour la CPI, notamment en ce qui concerne la recevabilité, la compétence territoriale ou encore la temporalité de l'action du Procureur; d'autre part, les prolongements politiques et diplomatiques d'un acte dont la légitimité, bien que fondée sur un simple fondement conventionnel, n'échappe pas à la critique (Paragraphe 2). Loin de constituer un simple mécanisme technique de saisine, la déclaration de compétence soulève donc des enjeux d'une nature fondamentalement transversale.

274 J. FERNANDEZ, Droit international pénal, Paris, LGDJ, 2020, pp. 208-210.

275 N. HAUPAIS, « Article 12 : Conditions préalables à l'exercice de la compétence », in J. FERNANDEZ et X. PACREAU (dir.), Statut de Rome de la Cour pénale internationale : commentaire article par article, op. cit., pp. 595-603.

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Paragraphe 1 : Les implications procédurales et juridictionnelles pour la CPI

Si elle s'inscrit formellement dans la logique de consentement étatique, la déclaration prévue à l'article 12 § 3 du Statut opère comme un vecteur exceptionnel d'activation de la compétence de la Cour. Son effet premier est de permettre à la CPI, par l'acceptation d'un État non partie, de revêtir une compétence juridictionnelle de manière temporaire (A), circonscrite tant dans le temps que dans l'espace. Cette compétence conditionnée, qui ne repose ni sur la ratification ni sur une adhésion pleine au Statut, vient redessiner les contours classiques du principe de compétence déléguée. Ce fondement particulier ouvre ensuite la voie à une mise en mouvement de la procédure judiciaire (B), depuis l'examen préliminaire par le Procureur jusqu'à la phase contentieuse.

A- L'acquisition temporaire de compétence

La déclaration prévue à l'article 12 § 3 du Statut de Rome constitue un mécanisme atypique d'extension ponctuelle de la compétence de la Cour à la faveur d'un État non partie. Son analyse fait apparaître plusieurs enjeux théoriques et pratiques.

Il est indéniable de garder à l'esprit que nous sommes face à une compétence juridictionnelle fondée sur une déclaration unilatérale. Cette déclaration étant considérée comme un acte d'adhésion partielle. L'article en cause permet à un État non partie d'« accepter l'exercice de la compétence de la Cour à l'égard du crime en cause ». Il ne s'agit donc ni de ratification, ni d'adhésion pleine, mais d'un acte unilatéral de reconnaissance ciblée.276 C'est donc un acte dérogatoire qui permet de contourner la ratification du Statut. Certains estiment d'ailleurs qu'il s'agit là d'« une adhésion à la carte. », révélant une tension entre souplesse diplomatique et sécurité juridique.

De plus, la compétence dont il s'agit ici est une compétence limitée dans le temps. Elle est donc circonscrite à une période donnée, ce qui implique une compétence temporaire, puisque liée à des faits survenus à une date donnée.277 Comme le précise Muriel Ubeda-Saillard, l'État peut accepter rétroactivement la compétence de la Cour, en l'absence de limitation dans le Statut, à condition de l'expliciter expressément dans la déclaration.278 L'État a donc un pouvoir de modulation, puisqu'il peut moduler temporairement sa déclaration en l'étendant après coup par

276 M. UBEDA-SAILLARD, « La Cour pénale internationale et les États non parties : la déclaration prévue à l'article 12 § 3 du Statut. », RGDIP, 2011, pp. 806-808.

277 Ibid, p. 809.

278 M. UBEDA-SAILLARD, « La Cour pénale internationale et les États non parties : la déclaration prévue à l'article 12 § 3 du Statut », op. cit., pp. 808-810.

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lettres ou actes complémentaires.279 Julien Fernandez parle d'ailleurs d'une « compétence à temporalité variable », qui peut poser un problème de prévisibilité pour les individus susceptibles d'être poursuivis, et de cohérence à la CPI.280 L'absence de limitation statutaire met en exergue les risques d'incertitudes juridiques et d'instrumentalisation politique.281

Il faut également rappeler que la compétence de l'article 12 § 3 reste une compétence potentiellement irrévocable. La question de la révocabilité, celle de savoir si la compétence de la Cour, une fois acceptée, peut être retirée ou limitée a posteriori a suscité un important débat doctrinal ou jurisprudentiel. En 2005, les juges de la Cour montent d'abord au créneau lors de la situation en Ouganda et soulignent que la compétence acceptée n'est pas conditionnée dans le temps, sauf si l'État l'a expressément limitée.282 En 2021, lors de sa décision du 5 février, les juges de la CPI considèrent que la déclaration a des effets juridiques irrévocables dès lors qu'elle est enregistrée.283 La doctrine renforce en concluant à une « irrévocabilité de principe » de la compétence une fois que la déclaration a été enregistrée, au nom de la sécurité juridique et de la bonne administration de la justice.284

En guise de conclusion, la déclaration de compétence au titre de l'article 12 § 3 permet à un État non partie de conférer temporairement une compétence juridictionnelle à la CPI. Mais cette faculté soulève des incertitudes, portée temporelle, irrévocabilité, articulation avec la complémentarité. Si elle reflète une volonté d'élargir l'accès à la justice internationale, elle pose aussi un risque de fragmentation normative, voire de manipulation stratégique. Cette déclaration n'implique pas seulement une habilitation juridictionnelle temporaire, elle ouvre également la voie à un mécanisme procédural complexe.

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