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Les états tiers devant la cour pénale internationale


par Lansky Corneille NGUEMA EBARE
Université Omar Bongo - Master 2024
  

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B- Un refus par l'entremise du retrait de ratification

Le retrait de ratification d'une organisation internationale comporte l'idée de contestation, la contestation d'un ordre. C'est à dire que l'organisation est sujette à contestation. Il est évident que son évocation suscite, comme naturellement, controverses et inquiétudes. Surtout, elle mérite l'attention des spécialistes du droit international public.

Pour cerner les choses de près, il convient de se livrer dans un premier temps à une opération de sémantique. A cet égard, le terme retrait doit être précisé. En droit comparé des organisations internationales, la terminologie est assez plastique et variée. On rencontre les dénominations de droit de sécession, droit de retrait volontaire, démission. Mais toutes renvoient à une même réalité que l'opération de définition qu'elle nécessite révèle la grande polysémie, en fonction de la matière avec toutefois pour élément fédérateur de fond l'idée de rupture. Jean Salmon retient le sens général d'action de retirer un acte, une proposition, un consentement, une réserve, une concession, une pièce de procédure, en vue de supprimer les effets juridiques36. Spécialement en droit international public, il l'entend dans le cadre des traités comme « la clause autorisant l'État qui s'en prévaut à retirer du régime conventionnel auquel il avait préalablement souscrit »37. Le retrait équivaut donc à la dénonciation bien que, dans certains traités multilatéraux, la préférence d'emploi revienne au terme retrait.

Justement, dans le cadre des traités multilatéraux, Jean Salmon définit le retrait d'une organisation internationale comme l'« acte unilatéral par lequel un État membre d'une organisation internationale met fin à son appartenance à celui-ci »38. Dans la même lignée, selon le vocabulaire juridique de Gérard Cornu et autres, le retrait évoque un « procédé par lequel un État quitte définitivement une organisation internationale et entend ne plus être soumis à aucune obligation à l'égard de celle-ci. »39. Ce qui revient pour le sujet de droit international à dénoncer le traité de base. De ce point de vue, le retrait se distingue de l'exclusion et de la suspension : d'une part, comme l'exclusion, le retrait consiste en une cessation définitive de la participation à

36 J. SALMON, Dictionnaire de droit international public, Bruxelles, Bruylant, 2001, p. 1008.

37 Ibid.

38 Ibid.

39 G. CORNU, Vocabulaire juridique, Paris, 12e éd., PUF, Janvier 2018, p. 1914.

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l'organisation internationale. En revanche, à la différence de celle-là qui est imposée à l'État, celui-ci résulte de la volonté de l'État ; d'autre part, par rapport au retrait, la suspension n'est que temporaire, bien qu'imposée.

Un regard historique nous fait constater plusieurs cas de retrait visant à mettre fin à la participation à une organisation internationale. On peut citer dans un passé lointain, le retrait de l'Indonésie de l'ONU en 1965 ; le retrait des États-Unis de l'OIT en 1977 ; les retraits des États-Unis, du Royaume-Uni et du Singapour de l'UNESCO en 1984. Plus récemment, des cas de retraits se sont signalés, comme celui des États-Unis et d'Israël de l'UNESCO en 2017. C'est donc un procédé qui est d'utilisation courante. En conséquence, le retrait des États de la CPI n'est pas un fait inédit. Il est consécutif des critiques portées contre cette juridiction. En effet, la CPI reçoit des contestations par l'entremise des retraits de ratification. Ces retraits se font naturellement conformément au droit en vigueur. A ce propos, la Convention de Vienne de 1969 donne de prime abord la possibilité à tout traité de fixer les règles relatives au retrait de ratification.40 Consécutivement au respect de cette norme, le traité créant la Cour pénale internationale à son tour nous rappelle que « Tout État partie peut, par voie de notification écrite adressée au Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, se retirer du présent Statut. ».41 On peut comprendre à cet effet que contrairement au refus de ratification du traité de la CPI qui n'est pas conditionné par une procédure particulière, le retrait de ratification de ce même traité obéit à une procédure bien définie. Il donne le droit à tout État partie de se retirer par voie de notification au Secrétaire général des Nations Unies tout en rappelant que ce retrait prend effet un an après la date à laquelle la notification a été reçue. A ce titre, on peut citer les Philippines qui ont notifié un retrait le 17 mars 2018 devenant effectif le 17 mars 2019. Le Burundi a notifié son retrait le 27 Octobre 2016 et devient effectif le 27 octobre 2017.

Les retraits de ratification ne sont pas sans conséquences. Bien qu'ayant des conséquences politiques et diplomatiques, les conséquences juridiques nous semblent les plus importantes à ce stade de l'étude. Le retrait une fois effectif, traduit d'abord la fin des obligations internationales. L'État cesse d'être lié par le traité à l'expiration du délai qui est d'un an selon l'article 127 alinéa 1 du Statut de Rome. L'État n'est plus obligé de mettre en oeuvre les dispositions du Statut, sauf exception. Après un retrait, la Cour fait prévaloir le principe de non rétroactivité comme nous le rappelle l'alinéa 2 de l'article 127 du Statut. Le retrait n'annule pas les effets passés. Les actes commis pendant la période d'adhésion restent juridiquement valables. La Cour reste compétente

40 Article 42 al 2 Convention de Vienne de 1969.

41 Article 127 al 1 Statut de la CPI.

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pour les faits antérieurs au retrait. Plusieurs retraits ont été annulés avec pour ces annulations des raisons divergentes, les unes étant sur le plan national et d'autres international. A titre national, le retrait de l'Afrique du Sud a été abandonné pour cause d'inconstitutionnalité de la décision car le Parlement n'avait pas été consulté. La Gambie avec son retrait annulé avait notifié en Octobre 2016. En 2017, le nouveau président Adama Barrow annule le retrait en réaffirmant l'engagement à la CPI. Dans tous les cas, se retirer de la CPI renvoie à l'idée de refuser cette juridiction bien que l'ayant accepté préalablement. Tous ces refus en partant de ceux l'ayant fait avant la signature et après celle-ci jusqu'à ceux l'ayant procédé par le moyen de retrait de ratification, ont plusieurs raisons qu'il nous semble opportun d'aborder par la suite.

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