I.2. REVUE DE LA LITTERATURE EMPIRIQUE
L'étude des conflits fonciers dans le groupement de
Buzi, en lien avec l'ingérence politique et les mécanismes de
résolution, s'inscrit dans une vaste littérature qui aborde les
dimensions sociales, politiques et juridiques de l'accès à la
terre en Afrique, et plus spécifiquement en République
Démocratique du Congo (RDC). Cette section présente une revue
critique de plusieurs recherches empiriques pertinentes.
I.2.1. Conflits fonciers et gouvernance locale
Rahali Amani Souads met en évidence que les conflits
fonciers en Afrique subsaharienne trouvent leurs racines dans la pression
démographique, la rareté des terres agricoles, et surtout la
superposition de normes coutumières et modernes, souvent
manipulées par des acteurs politiques. L'étude souligne que ces
conflits sont davantage attisés par l'absence de coordination entre les
institutions officielles et les autorités
coutumières103. Dans une perspective
complémentaire, Crousse et Le Roy (2011) insistent sur la
nécessité de repenser la gouvernance foncière à
travers une approche inclusive qui tienne compte des acteurs locaux. Ils
plaident pour un modèle basé sur la décentralisation et la
reconnaissance des dynamiques coutumières, tout en intégrant les
principes de l'État moderne104.
I.2.2. Pluralisme juridique et désordre foncier
Tegera, Barrière O. et Barrière C. soulignent
que l'un des problèmes majeurs en RDC réside dans l'absence de
gouvernance foncière partagée. Leurs travaux montrent que les
autorités publiques imposent une logique administrative et
centralisée qui entre souvent en contradiction avec les pratiques
locales, générant méfiance et tensions. Les auteurs
appellent à une réforme
101 Bloomfield, D., Barnes, T., & Huyse, L.
(2003). Reconciliation After Violent Conflict: A Handbook. Stockholm: IDEA, p.
23
102 Lavigne Delville, P. (2014). Les conflits
fonciers en Afrique de l'Ouest : comment les comprendre, comment agir ? Paris :
GRET, p. 112
103 Rahali Amani Souads, Les conflits fonciers
en Afrique subsaharienne : état des lieux et perspectives, Revue
Tiers-Monde, 2006, p. 47
104 Crousse B. & Le Roy É., Terres,
territoires et ressources : vers un nouveau mode de gouvernance foncière
?, Karthala, 2011, p. 89
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fondée sur la participation communautaire et la
reconnaissance des normes coutumières105.
Lavigne Delville et Chauveau, quant à eux, insistent sur la
pluralité des droits fonciers, qu'ils considèrent à la
fois comme un facteur de conflit et un potentiel levier d'innovation
institutionnelle. Selon eux, sécuriser les droits fonciers
nécessite une réforme qui ne soit pas uniquement
législative, mais qui intègre les pratiques sociales
existantes106.
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