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Résolution des conflits fonciers au Sud-Kivu à  l'épreuve des politiciens, cas du groupement de Buzi


par Emery BALUKU BYAMUNGU
Institut supérieur d'environnement Solidaire et de Développement Durable (ISESOD-Goma) - Licence en Communication et Résolution des conflits. 2024
  

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III.3. INTERPRETATION ET DISCUSSION DES RESULTATS

Les résultats obtenus confirment les hypothèses de départ quant à la nature et à la complexité des conflits fonciers dans le groupement de Buzi. Ils révèlent un système foncier hybride, où les normes coutumières coexistent avec les dispositifs juridiques modernes, souvent sans articulation claire ni cohérence fonctionnelle. Cette coexistence génère des chevauchements de droits, des contestations récurrentes et une insécurité foncière chronique.

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faiblesse des institutions de régulation foncière, notamment les services du cadastre, les guichets fonciers et les juridictions compétentes. Le manque de vulgarisation des lois foncières, rapporté par les enquêtés, constitue un obstacle majeur à l'accès équitable à la terre.

Ces résultats convergent avec ceux de Lavigne Delville, selon lesquels l'insécurité foncière dans les milieux ruraux africains est liée à la faiblesse des institutions formelles et à la non-reconnaissance des droits coutumiers dans les législations modernes113. De même, les conclusions de Chauveau indiquent que les conflits sont exacerbés par l'absence de politiques claires sur les droits fonciers coutumiers et par la lenteur des procédures d'enregistrement114.

La politisation des conflits, quant à elle, rejoint les constats de Joireman, pour qui les acteurs politiques manipulent souvent les tensions foncières à des fins électorales ou clientélistes115. Toutefois, notre étude va plus loin en montrant que cette influence ne se limite pas à des cas isolés, mais constitue un mode d'intervention structurel dans le groupement de Buzi.

Sur le plan des mécanismes traditionnels de résolution, nos résultats révèlent une divergence par rapport aux études valorisant leur efficacité. Si Le Roy souligne la souplesse et l'acceptabilité sociale de ces dispositifs116, nos données montrent qu'ils sont souvent dépassés ou instrumentalisés, et perçus comme partiellement efficaces dans leur forme actuelle.

III.4. IMPLICATION MANAGERIALE DE LA RECHERCHE

Les résultats de cette recherche comportent des implications stratégiques majeures pour les différents acteurs impliqués dans la gouvernance foncière locale :

1. Pour les autorités publiques (locales et nationales) : Il est impératif d'opérationnaliser les guichets fonciers, de renforcer la délivrance de titres officiels et de numériser le cadastre. L'État doit également s'engager à garantir l'impartialité des institutions impliquées dans les conflits fonciers.

2. Pour les politiciens et les partis politiques : L'étude démontre la nécessité d'un désengagement politique des affaires foncières. Des mécanismes de contrôle indépendants et des sanctions juridiques contre l'ingérence doivent être mis en place pour préserver l'équité.

113 Lavigne Delville, Ph. (2010). "Les politiques foncières en Afrique noire : entre néo-libéralisme et pluralisme juridique". In Afrique contemporaine, n° 233, p. 15-32.

114 Chauveau, J.-P. (2006). Changes in land access and governance in West Africa: markets, social mediations and public policies. IIED, p. 42.

115 Joireman, S. F. (2011). Where There is No Government: Enforcing Property Rights in Common Law Africa. Oxford Université Press, p. 88.

116 Le Roy, E. (1991). La sécurisation foncière en Afrique : pour une reconnaissance de la pluralité des normes. Karthala, p. 114.

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3. Pour les autorités coutumières : Leur rôle peut être réhabilité à condition qu'il s'accompagne de formation, de formalisation des actes et de collaboration étroite avec les institutions étatiques et les ONG spécialisées.

4. Pour les ONG et la société civile : Il convient de renforcer les campagnes de sensibilisation sur les droits fonciers, de former des comités locaux de médiation et de faciliter l'accès des populations à l'information foncière fiable et à coût réduit.

5. Pour les bailleurs de fonds et les agences de coopération : Il est conseillé de soutenir financièrement les initiatives de cartographie foncière participative, de sécurisation des droits communautaires et de vulgarisation des lois foncières.

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