I.1.2.1. Cadre juridique et institutionnel de gestion
foncière en RDC
Le cadre juridique de la gestion foncière en
République Démocratique du Congo (RDC) repose essentiellement sur
la Loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime
général des biens, régime foncier et immobilier, telle que
modifiée et complétée par la Loi n° 80-008 du 18
juillet 1980. Ce texte fonde le principe de la domanialité de la terre,
affirmant que toutes les terres appartiennent à l'État, qui les
concède aux individus ou entités sous forme de droits
d'usage55. L'Ordonnance-loi de 1980 fixe
également les modalités de gestion administrative et
d'enregistrement des terres, via les services du cadastre, les bureaux fonciers
et les circonscriptions foncières. Cependant, la faiblesse des
institutions, l'insuffisance de coordination et les chevauchements de
compétences entre les niveaux étatiques et coutumiers compliquent
la gouvernance foncière56.
Le système de gestion foncière souffre aussi
d'un manque d'accessibilité, de corruption et d'une
précarité juridique des droits fonciers, particulièrement
dans les zones rurales57. À cela s'ajoute le
poids du droit coutumier, très vivace, qui continue à encadrer la
gestion des terres au niveau local sans reconnaissance officielle
claire58.
I.1.2.2. Nationalisation de la terre
La nationalisation de la terre en RDC, introduite par la loi
foncière de 1973, repose sur le principe selon lequel toute terre est
propriété de l'État, qui la met à
la disposition des citoyens ou entreprises via des titres de
concession59. Ce système visait à
instaurer un régime uniforme, à abolir les anciens droits
coutumiers jugés archaïques, et à contrôler
l'accès aux ressources naturelles stratégiques. Cependant, cette
réforme a été largement déconnectée des
réalités
53 Médard, J.-F. (1991).
« Le néo-patrimonialisme en Afrique noire », in Politique
africaine, n°45, Karthala, p. 25-36
54 Bayart, J.-F. (1999).
L'État en Afrique : La politique du ventre. Paris : Fayard, p. 207
55 République
Démocratique du Congo. Loi n°73-021 du 20 juillet 1973,
modifiée par la Loi n°80-008 du 18 juillet 1980, articles 1
à 7
56 RCN Justice &
Démocratie. Étude sur le cadre légal et institutionnel du
foncier en RDC. Kinshasa : RCN, 2016, p. 22
57 Van Hoyweghen, S. & Hilhorst,
T. (2012). Land governance reform in Eastern DRC. The Hague: IS Academy, p.
8
58 Huggins, C. (2010). Land, Power
and Identity: Roots of violent conflict in Eastern DRC. Nairobi: ACTS Press, p.
30-33
59 République
Démocratique du Congo. Loi n°73-021 du 20 juillet 1973, article
1
~ 16 ~
socioculturelles. Les droits coutumiers, profondément
enracinés, continuent de jouer un rôle central dans l'allocation
et la transmission des terres dans la majorité des territoires
ruraux60. Ce dualisme juridique
génère des conflits d'autorité, d'interprétation et
d'usage entre chefs coutumiers et administrations foncières
étatiques61. Dans les provinces comme le
Sud-Kivu, la nationalisation de la terre a souvent été
perçue comme un outil de dépossession et d'accaparement au profit
des élites politiques ou militaires62. Cette
perception alimente la méfiance vis-à-vis des institutions
publiques et exacerbe les conflits fonciers.
|