I.1.2.12. Des conflits interindividuels et familiaux
Outre les conflits intercommunautaires, les conflits fonciers
interindividuels et familiaux sont également fréquents. Ils
portent sur les successions, le partage des terres, les limites des champs ou
les ventes non reconnues. Ces conflits sont exacerbés par l'absence de
cadastre fiable et de justice locale
crédible79.
74 Mathieu, P., & Van
Hoyweghen, S. (2007). Enjeux fonciers et constructions identitaires dans les
conflits violents en Afrique centrale. In : J. F. Médard (dir.), La
gouvernance en Afrique, Paris : Karthala, p. 113
75 Eriksson Baaz, M. & Stern,
M. (2010). The complexity of violence: A critical analysis of sexual violence
in the DRC. SIDA Working Paper, p. 47
76 Huggins, C. (2010). Land, Power
and Identity: Roots of violent conflict in Eastern DRC. International Alert, p.
52
77 Vlassenroot, K. & Huggins,
C. (2005). Land, Migration and Conflict in Eastern DRC. In: Huggins &
Clover (eds.), From the Ground Up: Land Rights, Conflict and Peace in
Sub-Saharan Africa. Pretoria: ISS, p. 131
78 International Crisis Group (2019).
Les Kivu : Une stabilité illusoire. Rapport Afrique n°266,
Bruxelles, p. 23-26
79 Action pour la Paix et la Concorde
(APC), (2022). Étude sur les dynamiques foncières dans le
territoire de Kalehe, Bukavu, p. 34
~ 19 ~
I.1.3. La problématique des limites entre
groupements Buzi à Ziralo
La délimitation entre les groupements de Buzi
(majoritairement Bahavu) et Ziralo (majoritairement Batembo) constitue une
source majeure de tensions foncières au sein du territoire de Kalehe,
dans le Sud-Kivu. Ces différends s'inscrivent dans un contexte
historique et politique marqué par des récits divergents de
légitimité territoriale.
Les Bahavu affirment que le territoire disputé
relève historiquement de leur chefferie. Ils évoquent des titres
coutumiers anciens, des actes coloniaux, et
l'ancienneté de leur occupation comme preuves de leur
souveraineté sur ces terres. Selon eux, les Batembo auraient
été accueillis comme populations migrantes ou
déplacées, notamment après les troubles
interethniques des années 1960. « Les Bahavu se
réfèrent aux archives coloniales et aux limites des plantations
belges pour défendre leur droit sur ces terres... Ils considèrent
l'installation des Batembo comme tardive et tolérée à
titre humanitaire »80.
Les Batembo, de leur côté, soutiennent que ces
terres font partie intégrante de leur espace vital depuis des
générations. Ils rejettent les délimitations coloniales
comme biaisées et plaident pour une reconnaissance de leur occupation
effective et de leurs droits d'usage ancrés dans la coutume. La
colonisation, selon eux, a favorisé les Bahavu au détriment
d'autres groupes. « Pour les Batembo, l'histoire orale, les tombeaux
ancestraux et la mémoire collective sont les preuves vivantes de leur
enracinement. Ils perçoivent les tentatives de démarcation comme
une stratégie d'appropriation foncière soutenue politiquement
»81.
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