CHAPITRE 4 : DISCUSSIONS ET COMMENTAIRES DES
RESULTATS
Les caractéristiques sociodémographiques
des enfants
Pour l'ensemble de l'échantillon, le nombre de
fillesétait légèrement plus important que celui des
garçons.Le sexe féminin était dominant avec 52% contre 48%
du sexe masculin. Cette prédominance féminine est
rapportée dansune étude réalisée par Guindo M
''(46)à NianankoroFomba de Ségou en 2020 qui
avait objectivé un sexe ratio de 1,17 et de l'étude de Denou
LH.''(47) à KoilaBamanan en 2020 avec un sexe ratio de 1,1 en faveur des
filles. Cependant, H Diall et al.'(48) et Diarra N.(49) onttrouvé une
prédominance masculine avec un sex-ratio de 0,90. Cela montre une
disparité de l'accès des jeunes filles à
l'école.
La tranche d'âge de 43-53 moisest majoritairesoit41,25%.
Ce pourcentageest contraireà celui de Koné (14) qui a
trouvé 72,3% pour la tranche d'âge 6-24 mois.
Dans notre étude, près de44% de parents avaient
un niveau d'étude secondaire. Ce résultat était
supérieur à celui observé par Morgaye A.'''(50) en 2010 au
Tchad qui avait trouvé 37% des parents avec un niveau d'étude
secondaire. Cependant ce résultat était inférieur à
celui obtenu par H Diall et al. '(48)en 2019 avec 79,54% des parents sans
niveau d'instruction. L'accès à l'éducation reste encore
difficile dans cette région et la pauvreté pousse les jeunes
filles à parfois se marier très tôt. Cette étude
peut paraître banale mais prend tout son sens quand on sait que
l'éducation est la base du développement et un puissant agent de
changement, améliore la santé et la qualité de vie,
contribue à la stabilité sociale et est un facteur de croissance
économique à long terme.
L'étude arévélé que les
fonctionnaires de l'étatétaient majoritaires avec26%. Ce
résultat était inférieurà celui de Diarra I. (22)
avec 79,8%. Ce résultat estcomparable à celui obtenu par Guindo
M.''(46) avec 88,8% des parentsqui sont des femmes au foyer
(ménagères). Le fait que les parentsn'exercent pas
d'activités lucratives peut jouer défavorablement sur le pouvoir
d'achat et ne garantit pas une sécurité alimentaire.
La majorité des parents des enfants
enquêtés étaient mariés soit 75%. Ce résultat
est inférieur à celui de Koné (14) qui dans son
étude,la quasi-totalité, soit 95,5% des parentsétaient
mariés.
· Les habitudes alimentaires des enfants
scolarisés
Le score de diversitéalimentaire était
acceptable chez près 45,50%d'enfants et seul 14,5% avaient un score
élevé.Ces résultats sont inférieursà ceux
trouvé par Fandi et al. '(51) dans son étude qui a montré
que 75,27% des élèves ont une bonne diversification alimentaire
alors que 24,73% n'avait pas les moyens de diversifier leurs alimentations.
Pour ce qui est de la fréquence de la prise de repas, 41,25% des
enquêtés ont montré qu'ils avaient rigoureusement 3-4 repas
par jours alors que 30,50% ont plus de 5 repas. Ce nombre est inférieur
à celui de Fandi'(51) dans son étude, 7,14% des
enquêtés ont montré qu'ils avaient rigoureusement 3 repas
par jours alors que les 92,86% restant ont déclaré avoir 4 repas
ou plus par jour.
En ce qui concerne l'heure de prise des repas, l'étude
a révélé que 38%avaient souvent faim à midi,
tandis que14,50% la nuit. L'heure tardive de prise des repas du soir des
élèves pourrait constituée un facteur augmentant les
risques du surpoids et d'obésité. En effet l'heure
conseillée pour la prise des repas du soir est comprise entre 19heures
et 20heures afin de permettre à l'organisme de bien faire le processus
de digestion et empêcher l'accumulation d'énergie dans les tissus,
augmentant les risquesdu surpoids et d'obésité.
Pour ce qui est du grignotage,15,50% ont affirmaient ne pas
le faire alors que84,50%des élèves ont déclaré
s'adonné fréquemment à cette pratique. Les aliments
consommés lors du grignotage(Chocolat / bonbons, Biscuits, Boissons
sucrées)sont surtout des aliments à haute densité
énergétique, riches en glucides. Ce comportement est un facteur
de risque, parmi d'autres, du surpoids et de l'obésité infantile
-'(52).
Dans notre étude81,50% ont affirmé prendre
leurpetit déjeuné régulièrement. Le petit
déjeuné est le repas le plus important de la journée et
contribue aux besoins quotidiens d'apports nutritionnels et de
l'énergie. Chez les enfants sa consommation a été
associée par des chercheurs à l'apprentissage et au meilleur
rendement scolaire(53), alors que18,50% ne le font pas. Ces résultats
sont similairesà ceux de Mahoney et al.(54) dans une
étuderéaliséeaux états unis qui ont montré
que 26% des enfants consomment leur petit déjeuné
irrégulièrement. Alors que Achouri et al. (54) dans son
étude, 35% des enfants prenaient de façon
irrégulière leur petit déjeuné.
La base des repas quotidiens était essentiellement
composée d'aliments de base, céréales tubercules et
racines, avec une moyenne de 6 fois par jours et complétés dans
la semaine par la consommation de légumes à feuilles vertes.
L'oeuf et les autresfruits et légumes étaient les moins
consommés avec une moyenne de 3 fois par jour.Ce résultat est
comparable à celui de Ouologuem qui trouve la même composition
(31), etENIAM '(55) qui trouve que le régime alimentaire se
caractérise par une consommation quasi-générale de
céréales, condiments et légumes feuilles. Elise P. en 2015
à Haïti '''''(56) trouve que la majorité des ménages
favorisent la consommation d'aliments de base qui composent un plat typique
tels que les racines et tubercules, les produits céréaliers, les
corps gras, les épices et condiments et les breuvages. Comparée
à une alimentation habituelle, une alimentation riche en légumes
secs est associée à un meilleur contrôle du poids, une plus
forte sensation de satiété et une meilleure régulation de
la glycémie. Le bénéfice de la consommation
régulière de légumes secs vis-à-vis des maladies
cardiovasculaires (dont l'hypertension artérielle qui affecte
déjà les élèves), du syndrome métabolique,
du LDL cholestérol et du surpoids est étayé par plusieurs
études -'(57).
Dans notre étude, la consommation du lait et des
produits laitiers était généralement faible. Seulement
12,8% des enfantsboivent du lait quotidiennement, la majorité en
consomme que 2-4 fois par jour. Ces taux sont comparables à ceux
rapportés par Aboussaleh et al (58), mais demeurent inférieurs
aux recommandations illustrés par la pyramide du guide alimentaire
américain qui suggéraient une consommation quotidienne de trois
portions par jour (59).
Laconsommation des fruits et légumes reste moyenne. La
moitié des enfants étudiés, 50,2%consomment les fruits et
légumes5-6 fois par semaine. Seul 10,3% en consomment chaque jour. Ces
taux sont comparables à ceux rapporté par Achouri et ses
collaborateurs(54), seulement 10% des enfants consommaientdes
légumes quotidiennement. La consommation des fruits étaientmoins
importante que les légumes, 36% des enfants en consomment 2 à 4
fois par semaine et 24% moins qu'une fois par semaine.Ces taux
sont au-dessous des recommandations de l'OMS et la FAO qui insistent sur
l'apport quotidien de 5 portions de fruits et de légumes par jour afin
de prévenir les maladies chroniques ''''''(60).
En examinant l'alimentation des enfants au rappel de 24
heures, on a constatéque le score de diversitéalimentaire
était acceptable chez près 45,50%.Ce taux est supérieur
à celui de 17,5% trouvé lors de
l'enquêteréalisée à Lubumbashi par Winnie et ses
collaborateurs (25), et il s'approche du taux national de la RDC, qui est de
25,6%. Tous ces taux sont inférieurs au taux de 100%, recommandé
par le guide de la FAO ''(61). Conformément auguide de la FAO, les
résultats de notre enquête ont montré queseuls 14,5%
avaient un score élevé des enfants ont reçu un score
minimum de diversité alimentaire. Nous concluons par-là que l'
alimentation des enfants est inadéquate en qualité (un faible
score de diversité alimentaire) et en quantité (un nombre de
repas inférieur au nombre de repas recommandé selon l'âge
de l'enfant) ''(61).
Le statut nutritionnel des enfants
La prévalence d'insuffisance pondérale
étaitde2,50%.La prévalence de l'insuffisance pondérale
sévère était de 0,50%dont 1,04%chez les
garçons. Elle était plus prononcée chez les enfantsdont
l'âge est compris entre 54 et 60 mois. Ceci était
inférieurau résultat de Diarra (49) qui avait trouvé une
prévalence de l'insuffisance pondérale de 18,3 % lors de son
étude. Comparative aux résultats des enfants
réfugiés de 0 à 5 ans dans le camp de Mae La,(62) qui
avait révélé que 33,7 % d'entre eux présentaient
une insuffisance pondérale. Cette différence pourrait s'expliquer
par le fait que ce camp existe depuis 1984 et que le nombre de
réfugiés persécutés par des conflits armés
et ethniques continue d'augmenter.A Nairobi au Kenya, avec l'étude
d'Olack B en 2011, 3,1% des enfants souffraient d'insuffisance pondérale
sévère et les enfants âgés de 24 à 47 mois
étaient les plus touchés (49). Avec les conflits, une stagnation
de la production alimentaire, un environnement économique
défavorable leur résultat est inférieur à celui de
notre étude, ce qui pourrait s'expliquer par le niveau de
développement du pays.
Dans notre étude
l'émaciationmodéréeétait de 10%. Par contre, le
résultat de l'étude de Banjong O et al dans le camp de Mae La en
Thaïlande est inferieur avec 8,7% d'émaciation
modérée(62). Contrairement à notre étude dans le
nord-ouest de la Syrie en 2019 avec l'étude de Rahimov B et al '(63), la
prévalence d'émaciation est plus élevéechez les
garçons, 7,81%que chez les filles avec 3,37%. La forme grave
était fréquentechez8,63%des enfants dans les groupes d'âge
de54-60 mois.Cette prédominance masculine a été
également relevée par Kahindi et al.'''''''''''''''(35)à
l'hôpital JasonSendwe (Lubumbashi). Et Savadogo et al. ''(64), au centre
de réhabilitation et d'éducation nutritionnelle urbain au Burkina
Faso, faisait un constat similaire. Cette association entre le sexe masculin et
l'état nutritionnel pourrait selon certains auteurs être
liée à une vulnérabilité biologique plus importante
chez le garçon que chez la fille dans un environnement
socio-économique défavorisé. Cela s'explique par le fait
qu'à cet âge les enfants sont en pleine période de
croissance, ce qui les rend vulnérables face aux maladies, capables de
créer un déséquilibre entre le poids et la taille.En
outrecette tranche d'âge correspond à la période de la
diversification alimentaire qui est souvent difficile à cause de
l'ignorance des parents et des mauvaises habitudes alimentaires des
populations'''''''''''''''(35).
Le taux de surpoidsétait de 9% et est plus
marqué chez lesfillesavec 10,58%.Ce résultat a été
également rapporté parEl-Badraouy''(1) qui avait noté un
taux de 13% dans son étude.Le surpoids est fréquent chez les
élèves du milieuurbain avec 12%. Ceci était
également constaté dans d'autres études
réalisées dansd'autres pays en voie de développement dont
les familles qui habitent le milieu urbain semblent les plus touchés par
le surpoids-'(52).Cette prévalencedusurpoids en milieu urbain pourrait
aussi être expliquée par leurs accès à
l'excédent de nourriture riche en graisses et une baisse
d'activité physique. De plus, dans certains pays à faible revenu,
une corpulence plus grande peut être considérée comme un
signe d'état de santé positif.Bien que nos résultats ne
soient pas représentatifs de l'ensemble du pays, elles permettent de
situer la ville par rapportà d'autres pays. Ceci peut être
expliqué par l'évolution différente de la
répartition de la masse grasse selon le sexe, ou bien par le fait que
les garçons de notre échantillon sont actifs que les filles. En
tout cas, la différence entre les filles et les garçons n'est pas
significative.Des résultats contradictoires concernant la
répartition du surpoids et de l'obésité selon le sexe ont
été observés dans différents pays, dont le Canada
(65), la Grèce(66) et l'Italie (67)où la prévalence
était plus élevée chez les garçons que chez les
filles. Dans une population d'adolescents algériens en milieu scolaire,
les garçons étaient plus en surpoids (6,6% ) que les filles
(2,16%) ''(68) . Bagudai S et al.(69)en Inde, des chercheurs avaient fait la
même observation sur 5.155 adolescents. Ces différences de
prévalences du surpoids et de l'obésité notées
entre les deux sexes dans ces différentes populations pourraient
être influencées par plusieurs facteurs entre autres
sociodémographiques, culturels et économiques.Bien que la
comparaison des prévalences du surpoids et de l'obésité
chez les enfants soit particulièrement difficile, du fait des
différences dans les groupes d'âges étudiés et des
références utilisées, la situation algérienne
actuelle semble inquiétante. La surveillance de la prévalence
demeure indispensable pour caractériser une éventuelle
épidémie dans ce pays qui assiste depuis des années
à une transition nutritionnelle, avec une émergence des maladies
non transmissibles notamment l'obésité et qui sont liées
le plus souvent au changement de mode de vie et des habitudes alimentaires.
La situation nutritionnelle des enfants étudiés
était préoccupante particulièrement pour
l'émaciation et l'insuffisance pondérale.En effet, notre
étude a révélé que sur nos 400 enfants,
35,00%souffraient d'émaciation dont5,50%de forme grave.Le risque
d'émaciation était majoritaire chez les filles, 20,19%, la forme
modérée était majoritaire avec 11,46% chez les
garçons et la forme grave était de 3,37% Et 7,81% chez les filles
et les garçons respectivement. Comparé au seuil de 10% de l'OMS,
ce taux était jugé sévère. Cette prévalence
de l'émaciation est largement supérieure à celle
observée par Musimwa et ses collaborateurs soit 15,5 % dont 4,4% de
forme sévère '''''''''''''''-'''''''''''''''''''''''(36).et celle
de la région de Tombouctou 12,5% dont 1,8% de forme sévère
selon SMART 2018 (70).
En ce qui concerne le retard de croissance ou la malnutrition
chronique, cette forme de carence nutritionnelle touchait 15,50%, des enfants
dont 5,50% deforme grave. Ce taux était faible par rapport à la
moyenne nationale observée par Koné (14).Cette forme de carence
touchait 23,2% des enfants dont 6,2% de forme
sévère.Comparativement à notre étude, dans
l'étude de Rahimov B et al dans le nord-ouest de la Syrie en 2019
où la prévalence du retard de croissance des enfants est de 19,4%
'(63). Ce taux pourrait s'expliquer par la guerre civile qui est en cours dans
ce pays depuis 2011, ajouté à la situation créée
par la pandémie de covid-19.La prévalence de l'émaciation
est de35,00% dans l'ensemble de l'échantillon suivi du retard de
croissance 15,50%, le surpoids 9% tandis quel'insuffisance pondérale
étaitde2,50%. Plusieurs études affirment que le niveau
socio-économique élevé est un facteur de risque
d'obésité dans les pays en développement tandis qu'un
niveau socio-économique bas est également un facteur de risque
pour les pays développés.
L'émaciation est plusélevée en milieu
rural 47,50% qu'en milieu urbain 22,50%.Le surpoids est
fréquent chez les élèves du milieuurbain avec 12%.
Cependant, le développement industriel et le changement du mode de vie
contribuent à une augmentation annuelle rapide de
l'obésité en milieu rural et urbain.
Facteurs ayant impact sur l'état nutritionnel des
enfants
En ce qui concerne les facteurs de risques comme le milieu,
le sexe et les tranched'âge des enfants, la scolarité des enfants,
la prise du petit déjeuné, l'habitude à grignoter, ainsi
que le score de diversité alimentaire, associés à
l'état nutritionnel des enfants, l'analyse statistique arbore qu'il y a
un lien statistiquement significatif entre la survenue de l'insuffisance
pondérale et la scolarité des parents ainsi que la tranche
d'âge, avec P < 0,05.Ce résultat est comparable à celui
de OUELGON en Mopti (31) qui trouve un lien statistiquement associé
entre l'insuffisance pondérale et l'éducation des mères.
Cela sous-entend que le niveaudes parents et l'âge des enfantsontdes
influences dans la survenue de l'insuffisance pondérale.Avec
l'acquisition d'une certaine instruction, les parentsont sans doute une
meilleure connaissance de la composition équilibrée des aliments
et des règles d'hygiène. De plus, les femmes non instruites sont
souvent celles qui vivent dans les conditions économiques les plus
précaires, caractérisées par une quantité de
nourriture disponible parfois limitée et de faible qualité. C'est
cette conjonction de facteurs, et non le seul niveau d'instruction, qui
explique la forte prévalence de la malnutrition parmi les enfants de
mères sans instruction.
Dans cette étude, nous avons trouvé
quelquesliens statistiquement significatifs entre la survenue du surpoids et le
score de diversité alimentaire, le milieu ainsi que l'habitude de
grignoter. D'après un grand nombre d'études d'observations
publiées dans 30 pays des 5 continents depuis 1992, les auteurs
constatent qu'il est clair qu'il existe une association positive entre la
diversité alimentaire des enfants et leurs IMC (71).Les aliments
consommés lors du grignotage (confiseries, pizza, gâteaux, jus et
viennoiseries) sont surtout des aliments à haute densité
énergétique riches en glucides et lipides.Dans notre
société, une meilleure compréhension du rôle des
facteurs socio-économiques dans le développement de
l'obésité infantile est indispensable pour la mise en place de
programmes de prévention efficaces.
|
|