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étude du statut nutritionnel et des habitudes alimentaires des enfants scolarisés en milieu urbain et rural à  Lubumbashi en 2023


par Mechach WETSHISAWO DONO
Université de Lubumbashi - Licence en santé publique/Nutrition humaine 2023
  

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CHAPITRE 4 : DISCUSSIONS ET COMMENTAIRES DES RESULTATS

Les caractéristiques sociodémographiques des enfants

Pour l'ensemble de l'échantillon, le nombre de fillesétait légèrement plus important que celui des garçons.Le sexe féminin était dominant avec 52% contre 48% du sexe masculin. Cette prédominance féminine est rapportée dansune étude réalisée par Guindo M ''(46)à NianankoroFomba de Ségou en 2020 qui avait objectivé un sexe ratio de 1,17 et de l'étude de Denou LH.''(47) à KoilaBamanan en 2020 avec un sexe ratio de 1,1 en faveur des filles. Cependant, H Diall et al.'(48) et Diarra N.(49) onttrouvé une prédominance masculine avec un sex-ratio de 0,90. Cela montre une disparité de l'accès des jeunes filles à l'école.

La tranche d'âge de 43-53 moisest majoritairesoit41,25%. Ce pourcentageest contraireà celui de Koné (14) qui a trouvé 72,3% pour la tranche d'âge 6-24 mois.

Dans notre étude, près de44% de parents avaient un niveau d'étude secondaire. Ce résultat était supérieur à celui observé par Morgaye A.'''(50) en 2010 au Tchad qui avait trouvé 37% des parents avec un niveau d'étude secondaire. Cependant ce résultat était inférieur à celui obtenu par H Diall et al. '(48)en 2019 avec 79,54% des parents sans niveau d'instruction. L'accès à l'éducation reste encore difficile dans cette région et la pauvreté pousse les jeunes filles à parfois se marier très tôt. Cette étude peut paraître banale mais prend tout son sens quand on sait que l'éducation est la base du développement et un puissant agent de changement, améliore la santé et la qualité de vie, contribue à la stabilité sociale et est un facteur de croissance économique à long terme.

L'étude arévélé que les fonctionnaires de l'étatétaient majoritaires avec26%. Ce résultat était inférieurà celui de Diarra I. (22) avec 79,8%. Ce résultat estcomparable à celui obtenu par Guindo M.''(46) avec 88,8% des parentsqui sont des femmes au foyer (ménagères). Le fait que les parentsn'exercent pas d'activités lucratives peut jouer défavorablement sur le pouvoir d'achat et ne garantit pas une sécurité alimentaire.

La majorité des parents des enfants enquêtés étaient mariés soit 75%. Ce résultat est inférieur à celui de Koné (14) qui dans son étude,la quasi-totalité, soit 95,5% des parentsétaient mariés.

· Les habitudes alimentaires des enfants scolarisés

Le score de diversitéalimentaire était acceptable chez près 45,50%d'enfants et seul 14,5% avaient un score élevé.Ces résultats sont inférieursà ceux trouvé par Fandi et al. '(51) dans son étude qui a montré que 75,27% des élèves ont une bonne diversification alimentaire alors que 24,73% n'avait pas les moyens de diversifier leurs alimentations. Pour ce qui est de la fréquence de la prise de repas, 41,25% des enquêtés ont montré qu'ils avaient rigoureusement 3-4 repas par jours alors que 30,50% ont plus de 5 repas. Ce nombre est inférieur à celui de Fandi'(51) dans son étude, 7,14% des enquêtés ont montré qu'ils avaient rigoureusement 3 repas par jours alors que les 92,86% restant ont déclaré avoir 4 repas ou plus par jour.

En ce qui concerne l'heure de prise des repas, l'étude a révélé que 38%avaient souvent faim à midi, tandis que14,50% la nuit. L'heure tardive de prise des repas du soir des élèves pourrait constituée un facteur augmentant les risques du surpoids et d'obésité. En effet l'heure conseillée pour la prise des repas du soir est comprise entre 19heures et 20heures afin de permettre à l'organisme de bien faire le processus de digestion et empêcher l'accumulation d'énergie dans les tissus, augmentant les risquesdu surpoids et d'obésité.

Pour ce qui est du grignotage,15,50% ont affirmaient ne pas le faire alors que84,50%des élèves ont déclaré s'adonné fréquemment à cette pratique. Les aliments consommés lors du grignotage(Chocolat / bonbons, Biscuits, Boissons sucrées)sont surtout des aliments à haute densité énergétique, riches en glucides. Ce comportement est un facteur de risque, parmi d'autres, du surpoids et de l'obésité infantile -'(52).

Dans notre étude81,50% ont affirmé prendre leurpetit déjeuné régulièrement. Le petit déjeuné est le repas le plus important de la journée et contribue aux besoins quotidiens d'apports nutritionnels et de l'énergie. Chez les enfants sa consommation a été associée par des chercheurs à l'apprentissage et au meilleur rendement scolaire(53), alors que18,50% ne le font pas. Ces résultats sont similairesà ceux de Mahoney et al.(54) dans une étuderéaliséeaux états unis qui ont montré que 26% des enfants consomment leur petit déjeuné irrégulièrement. Alors que Achouri et al. (54) dans son étude, 35% des enfants prenaient de façon irrégulière leur petit déjeuné.

La base des repas quotidiens était essentiellement composée d'aliments de base, céréales tubercules et racines, avec une moyenne de 6 fois par jours et complétés dans la semaine par la consommation de légumes à feuilles vertes. L'oeuf et les autresfruits et légumes étaient les moins consommés avec une moyenne de 3 fois par jour.Ce résultat est comparable à celui de Ouologuem qui trouve la même composition (31), etENIAM '(55) qui trouve que le régime alimentaire se caractérise par une consommation quasi-générale de céréales, condiments et légumes feuilles. Elise P. en 2015 à Haïti '''''(56) trouve que la majorité des ménages favorisent la consommation d'aliments de base qui composent un plat typique tels que les racines et tubercules, les produits céréaliers, les corps gras, les épices et condiments et les breuvages. Comparée à une alimentation habituelle, une alimentation riche en légumes secs est associée à un meilleur contrôle du poids, une plus forte sensation de satiété et une meilleure régulation de la glycémie. Le bénéfice de la consommation régulière de légumes secs vis-à-vis des maladies cardiovasculaires (dont l'hypertension artérielle qui affecte déjà les élèves), du syndrome métabolique, du LDL cholestérol et du surpoids est étayé par plusieurs études -'(57).

Dans notre étude, la consommation du lait et des produits laitiers était généralement faible. Seulement 12,8% des enfantsboivent du lait quotidiennement, la majorité en consomme que 2-4 fois par jour. Ces taux sont comparables à ceux rapportés par Aboussaleh et al (58), mais demeurent inférieurs aux recommandations illustrés par la pyramide du guide alimentaire américain qui suggéraient une consommation quotidienne de trois portions par jour (59).

Laconsommation des fruits et légumes reste moyenne. La moitié des enfants étudiés, 50,2%consomment les fruits et légumes5-6 fois par semaine. Seul 10,3% en consomment chaque jour. Ces taux sont comparables à ceux rapporté par Achouri et ses collaborateurs(54), seulement 10% des enfants consommaientdes légumes quotidiennement. La consommation des fruits étaientmoins importante que les légumes, 36% des enfants en consomment 2 à 4 fois par semaine et 24% moins qu'une fois par semaine.Ces taux sont au-dessous des recommandations de l'OMS et la FAO qui insistent sur l'apport quotidien de 5 portions de fruits et de légumes par jour afin de prévenir les maladies chroniques ''''''(60).

En examinant l'alimentation des enfants au rappel de 24 heures, on a constatéque le score de diversitéalimentaire était acceptable chez près 45,50%.Ce taux est supérieur à celui de 17,5% trouvé lors de l'enquêteréalisée à Lubumbashi par Winnie et ses collaborateurs (25), et il s'approche du taux national de la RDC, qui est de 25,6%. Tous ces taux sont inférieurs au taux de 100%, recommandé par le guide de la FAO ''(61). Conformément auguide de la FAO, les résultats de notre enquête ont montré queseuls 14,5% avaient un score élevé des enfants ont reçu un score minimum de diversité alimentaire. Nous concluons par-là que l' alimentation des enfants est inadéquate en qualité (un faible score de diversité alimentaire) et en quantité (un nombre de repas inférieur au nombre de repas recommandé selon l'âge de l'enfant) ''(61).

Le statut nutritionnel des enfants

La prévalence d'insuffisance pondérale étaitde2,50%.La prévalence de l'insuffisance pondérale sévère était de 0,50%dont 1,04%chez les garçons. Elle était plus prononcée chez les enfantsdont l'âge est compris entre 54 et 60 mois. Ceci était inférieurau résultat de Diarra (49) qui avait trouvé une prévalence de l'insuffisance pondérale de 18,3 % lors de son étude. Comparative aux résultats des enfants réfugiés de 0 à 5 ans dans le camp de Mae La,(62) qui avait révélé que 33,7 % d'entre eux présentaient une insuffisance pondérale. Cette différence pourrait s'expliquer par le fait que ce camp existe depuis 1984 et que le nombre de réfugiés persécutés par des conflits armés et ethniques continue d'augmenter.A Nairobi au Kenya, avec l'étude d'Olack B en 2011, 3,1% des enfants souffraient d'insuffisance pondérale sévère et les enfants âgés de 24 à 47 mois étaient les plus touchés (49). Avec les conflits, une stagnation de la production alimentaire, un environnement économique défavorable leur résultat est inférieur à celui de notre étude, ce qui pourrait s'expliquer par le niveau de développement du pays.

Dans notre étude l'émaciationmodéréeétait de 10%. Par contre, le résultat de l'étude de Banjong O et al dans le camp de Mae La en Thaïlande est inferieur avec 8,7% d'émaciation modérée(62). Contrairement à notre étude dans le nord-ouest de la Syrie en 2019 avec l'étude de Rahimov B et al '(63), la prévalence d'émaciation est plus élevéechez les garçons, 7,81%que chez les filles avec 3,37%. La forme grave était fréquentechez8,63%des enfants dans les groupes d'âge de54-60 mois.Cette prédominance masculine a été également relevée par Kahindi et al.'''''''''''''''(35)à l'hôpital JasonSendwe (Lubumbashi). Et Savadogo et al. ''(64), au centre de réhabilitation et d'éducation nutritionnelle urbain au Burkina Faso, faisait un constat similaire. Cette association entre le sexe masculin et l'état nutritionnel pourrait selon certains auteurs être liée à une vulnérabilité biologique plus importante chez le garçon que chez la fille dans un environnement socio-économique défavorisé. Cela s'explique par le fait qu'à cet âge les enfants sont en pleine période de croissance, ce qui les rend vulnérables face aux maladies, capables de créer un déséquilibre entre le poids et la taille.En outrecette tranche d'âge correspond à la période de la diversification alimentaire qui est souvent difficile à cause de l'ignorance des parents et des mauvaises habitudes alimentaires des populations'''''''''''''''(35).

Le taux de surpoidsétait de 9% et est plus marqué chez lesfillesavec 10,58%.Ce résultat a été également rapporté parEl-Badraouy''(1) qui avait noté un taux de 13% dans son étude.Le surpoids est fréquent chez les élèves du milieuurbain avec 12%. Ceci était également constaté dans d'autres études réalisées dansd'autres pays en voie de développement dont les familles qui habitent le milieu urbain semblent les plus touchés par le surpoids-'(52).Cette prévalencedusurpoids en milieu urbain pourrait aussi être expliquée par leurs accès à l'excédent de nourriture riche en graisses et une baisse d'activité physique. De plus, dans certains pays à faible revenu, une corpulence plus grande peut être considérée comme un signe d'état de santé positif.Bien que nos résultats ne soient pas représentatifs de l'ensemble du pays, elles permettent de situer la ville par rapportà d'autres pays. Ceci peut être expliqué par l'évolution différente de la répartition de la masse grasse selon le sexe, ou bien par le fait que les garçons de notre échantillon sont actifs que les filles. En tout cas, la différence entre les filles et les garçons n'est pas significative.Des résultats contradictoires concernant la répartition du surpoids et de l'obésité selon le sexe ont été observés dans différents pays, dont le Canada (65), la Grèce(66) et l'Italie (67)où la prévalence était plus élevée chez les garçons que chez les filles. Dans une population d'adolescents algériens en milieu scolaire, les garçons étaient plus en surpoids (6,6% ) que les filles (2,16%) ''(68) . Bagudai S et al.(69)en Inde, des chercheurs avaient fait la même observation sur 5.155 adolescents. Ces différences de prévalences du surpoids et de l'obésité notées entre les deux sexes dans ces différentes populations pourraient être influencées par plusieurs facteurs entre autres sociodémographiques, culturels et économiques.Bien que la comparaison des prévalences du surpoids et de l'obésité chez les enfants soit particulièrement difficile, du fait des différences dans les groupes d'âges étudiés et des références utilisées, la situation algérienne actuelle semble inquiétante. La surveillance de la prévalence demeure indispensable pour caractériser une éventuelle épidémie dans ce pays qui assiste depuis des années à une transition nutritionnelle, avec une émergence des maladies non transmissibles notamment l'obésité et qui sont liées le plus souvent au changement de mode de vie et des habitudes alimentaires.

La situation nutritionnelle des enfants étudiés était préoccupante particulièrement pour l'émaciation et l'insuffisance pondérale.En effet, notre étude a révélé que sur nos 400 enfants, 35,00%souffraient d'émaciation dont5,50%de forme grave.Le risque d'émaciation était majoritaire chez les filles, 20,19%, la forme modérée était majoritaire avec 11,46% chez les garçons et la forme grave était de 3,37% Et 7,81% chez les filles et les garçons respectivement. Comparé au seuil de 10% de l'OMS, ce taux était jugé sévère. Cette prévalence de l'émaciation est largement supérieure à celle observée par Musimwa et ses collaborateurs soit 15,5 % dont 4,4% de forme sévère '''''''''''''''-'''''''''''''''''''''''(36).et celle de la région de Tombouctou 12,5% dont 1,8% de forme sévère selon SMART 2018 (70).

En ce qui concerne le retard de croissance ou la malnutrition chronique, cette forme de carence nutritionnelle touchait 15,50%, des enfants dont 5,50% deforme grave. Ce taux était faible par rapport à la moyenne nationale observée par Koné (14).Cette forme de carence touchait 23,2% des enfants dont 6,2% de forme sévère.Comparativement à notre étude, dans l'étude de Rahimov B et al dans le nord-ouest de la Syrie en 2019 où la prévalence du retard de croissance des enfants est de 19,4% '(63). Ce taux pourrait s'expliquer par la guerre civile qui est en cours dans ce pays depuis 2011, ajouté à la situation créée par la pandémie de covid-19.La prévalence de l'émaciation est de35,00% dans l'ensemble de l'échantillon suivi du retard de croissance 15,50%, le surpoids 9% tandis quel'insuffisance pondérale étaitde2,50%. Plusieurs études affirment que le niveau socio-économique élevé est un facteur de risque d'obésité dans les pays en développement tandis qu'un niveau socio-économique bas est également un facteur de risque pour les pays développés.

L'émaciation est plusélevée en milieu rural 47,50% qu'en milieu urbain 22,50%.Le surpoids est fréquent chez les élèves du milieuurbain avec 12%. Cependant, le développement industriel et le changement du mode de vie contribuent à une augmentation annuelle rapide de l'obésité en milieu rural et urbain.

Facteurs ayant impact sur l'état nutritionnel des enfants

En ce qui concerne les facteurs de risques comme le milieu, le sexe et les tranched'âge des enfants, la scolarité des enfants, la prise du petit déjeuné, l'habitude à grignoter, ainsi que le score de diversité alimentaire, associés à l'état nutritionnel des enfants, l'analyse statistique arbore qu'il y a un lien statistiquement significatif entre la survenue de l'insuffisance pondérale et la scolarité des parents ainsi que la tranche d'âge, avec P < 0,05.Ce résultat est comparable à celui de OUELGON en Mopti (31) qui trouve un lien statistiquement associé entre l'insuffisance pondérale et l'éducation des mères. Cela sous-entend que le niveaudes parents et l'âge des enfantsontdes influences dans la survenue de l'insuffisance pondérale.Avec l'acquisition d'une certaine instruction, les parentsont sans doute une meilleure connaissance de la composition équilibrée des aliments et des règles d'hygiène. De plus, les femmes non instruites sont souvent celles qui vivent dans les conditions économiques les plus précaires, caractérisées par une quantité de nourriture disponible parfois limitée et de faible qualité. C'est cette conjonction de facteurs, et non le seul niveau d'instruction, qui explique la forte prévalence de la malnutrition parmi les enfants de mères sans instruction.

Dans cette étude, nous avons trouvé quelquesliens statistiquement significatifs entre la survenue du surpoids et le score de diversité alimentaire, le milieu ainsi que l'habitude de grignoter. D'après un grand nombre d'études d'observations publiées dans 30 pays des 5 continents depuis 1992, les auteurs constatent qu'il est clair qu'il existe une association positive entre la diversité alimentaire des enfants et leurs IMC (71).Les aliments consommés lors du grignotage (confiseries, pizza, gâteaux, jus et viennoiseries) sont surtout des aliments à haute densité énergétique riches en glucides et lipides.Dans notre société, une meilleure compréhension du rôle des facteurs socio-économiques dans le développement de l'obésité infantile est indispensable pour la mise en place de programmes de prévention efficaces.

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