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La protection des droits des migrants dans les organisations régionales africaines: cas de l'Afrique de l'ouest et de l'Afrique du centre


par Ismaila DIONE
Université Cheikh Anta Diop de Dakar Faculté des sciences juridiques et politiques  - Master 2 en Droit de la Migration  2014
  

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A- L'effectivité dans l'espace de la CEDEAO

Au sens de la CEDEAO, la libre circulation des personnes consacrée par le Protocole de 1979 en son article 2, nécessitant trois étapes, implique, en conséquence, le droit de résider, le droit d'établir qui seront analysés plus tard dans le paragraphe 1 de la section 2 et en fin le droit d'entrée et de séjour qui sera examiné dans ce paragraphe.

Dans le cadre de la mise en exécution de la première étape, l'article 3 de ce Protocole dispose « Tout citoyen de la communauté, désirant entrer sur le territoire de l'un quelconque des Etats membres sera tenu de posséder un document de voyage et des certificats internationaux de vaccination en cours de validité. Tout citoyen de la communauté, désirant séjourner dans un Etat membre pour une durée maximum de quatre-vingt-dix(90) jours, pourra entrer sur le territoire de cet Etat membre par un point d'entrée officiel sans avoir à présenter un visa. Cependant si ce citoyen se propose de prolonger son séjour au-delà des quatre-vingt-dix(90) jours, il devra, à cette fin, obtenir une autorisation délivrée par les autorités compétentes ». Sont reconnus donc les droits d'entrée et de séjour.

Le droit d'entrée signifie que tout citoyen de la Communauté a droit de quitter et d'accéder au territoire de tout Etat en l'absence de tout visa ou d'entrave en cas d'entrée ou de sortie. Les citoyens de la Communauté sont les citoyens ressortissants d'un Etat membre, ayant la nationalité de cet Etat et remplissant les conditions définies dans le Protocole A/P3/5/82 portant code de la citoyenneté de la Communauté. En ce qui concerne ce droit tous les Etats ont supprimé l'obligation de visa et les formalités d'entrée pour les séjours jusqu'à 90 jours40.

40 Alexandre Devillard, Alessia Bacchi et Marion Noack, Enquête sur les politiques migratoires en Afrique de l'ouest, ICMPD et OIM mars 2015, p.45

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Quant au droit de séjour, il concerne à la fois les personnes physiques et les véhicules41 de façon distincte. En ce qui concerne les personnes physiques, le droit de séjour c'est le droit reconnu à tout citoyen de la communauté de rester et de circuler sur le territoire de l'Etat membre d'accueil dans les mêmes conditions offertes aux nationaux pour une durée de trois (3) mois. Ce droit reconnu, en dehors de toute activité économique, touche en particulier aux activités touristiques étant donné qu'il constitue pour une période de courte durée.

Mais l'abolition des permis de séjour obligatoires et l'autorisation de séjourner pour une période maximale de 3(trois) mois accordés aux citoyens de la CEDEAO par les services d'immigration aux points de passage ont pris effet en avril 200042. Les postes de frontière et les points de contrôle sur les autoroutes internationales qui faisaient jusque-là obstacle à la libre circulation des personnes et des biens ont été supprimés et le gouvernement nigérian a démantelé tous les points de contrôle établis entre le Nigeria et Benin. Des patrouilles frontalières ont été mises en place pour contrôler et surveiller les frontières nationales, et une collaboration et un partage d'informations plus étroits entre la police et les agents de la sécurité intérieure ont été instaurés43au lendemain du sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement organisé à Abuja à la fin du mois de mars 2000 qui avait pour objectif majeur la création d'une sous-région sans frontières.

Après ce Protocole, la question de la citoyenneté dans l'espace de la CEDEAO a été toujours évoquée dans une dynamique de renforcer l'intégration africaine mais aussi de donner effet à la liberté de circulation des personnes avec l'adoption du Protocole de 1982 portant Code de la Citoyenneté de la Communauté. Ce Protocole reconnait des droits et obligations communs entre les ressortissants des Etats de l'Afrique de l'ouest.

Trois ans plus tard, d'autres mesures ont été prises comme le Protocole Additionnel portant code de conduite pour l'application du Protocole sur la libre circulation des personnes, du droit de résidence et d'établissement du 6 juillet 1985 visant à harmoniser et à faciliter les mouvements de personnes au passage des frontières et la Décision de 1985 portant institution de carnet de voyage des Etats membres de la CEDEAO qui a permis grandement à faciliter les

41 Voir l'article 5 du protocole de la CEDEAO du 28 mai 1979 portant sur la libre circulation des personnes, du droit de résidence et d'établissement en vue de comprendre le droit de séjour des véhicules.

42 Aderanti Adepojou « les défis liés aux flux migratoires pour le travail entre l'Afrique de l'ouest et le Maghreb », cahiers des migrations internationales 84f BIT de Genève, 2006, pp.10-11

43Ibidem...

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déplacements et surtout à diminuer le nombre de tracasseries lors de la traversée des frontières44.

S'ensuivent également plusieurs autres décisions. Car, d'importantes dispositions ont été prises dans le cadre de l'approche commune de la CEDEAO sur la migration pendant la 33éme session ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement à Ouagadougou le 18 janvier 2008. Etant donné que cette approche incite, notamment, les Etats à assurer la mise en circulation et la sécurisation des documents de voyages, à organiser des sessions de formations techniques et administratives, des campagnes de sensibilisation et d'éducation sur les droits et les obligations des citoyens de la communauté, à supprimer les tracasseries routières de toute nature afin de mettre en oeuvre le Protocole relatif à la libre circulation des personnes.

Récemment, la Décision de 1985 portant carnet de voyage a été modifiée par la Décision portant Carte Nationale d'Identité Biométrique du 15 décembre 2014 à Abuja, lors de la 46éme session de la Conférence des Chefs d'Etats et de Gouvernement de la CEDEAO mais qui devait être effective au plus tard en janvier 2017 selon la date échue .L'instauration de cette carte s'inscrit dans une logique d'accélérer et de parachever l'intégration régionale et de permettre et de simplifier une meilleure circulation régionale des citoyens communautaires.

Cette mesure semble être importante au regard de ses objectifs, néanmoins son effectivité pose véritablement de problèmes car d'une part, à l'heure actuelle(jusqu'en février 2017) la disponibilité de cette carte taraude les esprits des citoyens de la communauté contrairement à son délai prévu pour son effectivité et d'autre part certains Etats n'ont pas encore pris le soin d'y rendre opérationnelle à l'exclusion du Sénégal, premier Etat à avoir lancé un dispositif pour l'établissement de cette carte à la suite de l'adoption de son Assemblée Nationale à l'unanimité, la loi N°05/2016 Instituant la Carte d'Identité Biométrique de la CEDEAO.

En résumé, en raison des nombreuses réalisations et avancées de la CEDEAO avec la suppression de visa d'entrée, de permis de séjour, permis de résident, l'instauration de la Carte d'Identité Biométriques et des témoignages recueillis par certains citoyens45de la communauté ouest-africaine, on peut corroborer la libre circulation des personnes est effective dans une certaine mesure, nonobstant que celle-ci est limitée, parfois, par des mesures politiques, légales

44 MASSAMBA DIOUF « migrations intra- régionales en Afrique de l'ouest », Briefing thématique destiné aux journalistes, programme globalisation-migrations, Institut panos Afrique de l'ouest 2013, mai 2014, p.18

45 Témoignages recueillis auprès des citoyens Togolais, résidents à Dakar, quartier Amitié zone B affirmant qu'ils entrent sans entrave au Sénégal à l'exclusion des sommes d'argent exigées parfois au passage à la frontière entre le Mali et le SENEGAL par des agents, sommes s'élevant à 1000f, dimanche le 15 janvier 2017.

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et des pratiques administratives découlant de la souveraineté et des prérogatives des Etats et de certains agents administratifs.

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