Paragraphe 1 : les limites Politico-administratives et
juridiques
A- En Afrique occidentale
La question de l'effectivité de la libre circulation
des personnes et de la pratique des droits de résidence et
d'établissement sont parfois endiguées par des facteurs
politiques, administratifs et juridiques. Ces facteurs découlent
éminemment de la souveraineté des Etats. En droit international
public, l'exclusivité et la plénitude de la souveraineté
territoriale se confortent
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Thème: « La protection des droits des migrants dans
les organisations régionales africaines: cas de l'Afrique de l'ouest et
de l'Afrique centrale »
mutuellement, en conséquence, pour laisser à
l'Etat la pleine maitrise des utilisations de son territoire, y compris le
droit d'interdire l'accès93. L'Etat pourra notamment fermer
ses frontières, même si cela équivaut à
établir un blocus terrestre, sous la seule réserve de ses
engagements conventionnels et de ses obligations
coutumières94.Cette compétence des Etats en Droit
International Public (DIP) semble être une entrave à la libre
circulation des personnes et à l'exercice des droits de résidence
et d'établissement en ce sens que tout Etat pourrait prévaloir
cette souveraineté comme fondement juridique de leurs attitudes et
réactions. Elle semble être aussi le postulat des Etats, notamment
ceux d'Afrique de l'ouest et du centre au regard de leur attitude dans le
processus d'intégration. C'est ainsi que par exemple dans la
région ouest-africaine, l'application du Protocole sur la libre
circulation des personnes, du droit de résidence et
d'établissement fut depuis longtemps enrayée. En guise de rappel
au terme de ce Protocole, le droit d'entrée, de résidence et
d'établissement devrait être établi progressivement, au
cours d'une période maximale de 15(quinze) ans en trois étapes
à savoir: la première étape devrait prendre fin le 4 juin
1985 portant sur le droit d'entrée et l'abolition de visa; la
deuxième étape devrait expirer le 4 juin 1990 portant sur le
droit de résidence et la dernière étape sur le droit
d'établissement devrait être effective à la date du 4 juin
1995. Mais les espoirs suscités par le Traité de la CEDEAO et ses
Protocoles n'ont pas été pleinement satisfaisants sur le
terrain95.
Au total, dans les faits, à ce jour la CEDEAO est
restée au niveau de la première étape. Encore que les
acquis dans ce niveau subsistent fréquemment des remises en cause avec
les fermetures de frontières, les expulsions massives
d'étrangers. Autrement dit dans la pratique, la mise en oeuvre des
mesures ainsi adoptées se fait de manière
irrégulière. Les contrôles intempestifs sur les routes
ouest-africaines ont toujours été et continuent d'être le
talon d'Achille dans l'application des protocoles concernant la libre
circulation des personnes.
Nombreux d'Etats d'accueil en Afrique ont recours à des
mesures diligentes de masse en vue de se débarrasser de leur comble de
travailleurs migrants. De ce fait, plusieurs périodes en tracent les
incidents après 1979 l'année à laquelle le Protocole sur
la libre circulation des personnes a été adopté au sein de
l'espace de la CEDEAO.
93 NGUYEN QUOC
(D.), DAILLER(P.), PELLET (A.),
DROIT INTERNATIONAL PUBLIC, 6éme
édition,L.G.D.J.,PARIS,1999, p.447
94 Ibidem...
95 Ba Hamidou
avec la collaboration de Fall Abdoulaye, cahiers des migrations
internationales, 80f, « législations relatives aux travailleurs
migrants en Afrique de l'ouest »programme des migrations internationales,
Bureau international du travail de Genève, 2006, p.44
96 OIM, migration en Afrique de
l'ouest et centrale, aperçu régional, par Sylvére Yao
Konan, Rudolf Anich,
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les organisations régionales africaines: cas de l'Afrique de l'ouest et
de l'Afrique centrale »
D'abord en Afrique de l'ouest, en 1989 les travailleurs
migrants originaires de la Mauritanie, Etat membre de la CEDEAO à
l'époque, et du Sénégal furent l'objet des deux
côtés de la frontière de lynchages qui tournèrent au
massacre avec un bilan humain qui s'élevait à plusieurs centaines
de morts. Ces expulsions s'étaient traduites aussi en 1996, dans
d'autres Etats comme le Benin visant particulièrement les
Ghanéens, Togolais et Nigérians ; la même année
Angola expulsait 1300 travailleurs sénégalais dont certains
étaient en possession de titres légaux.
Au surplus, en mars 2015, 78 Maliens ont été
expulsés de la Guinée Équatoriale vers Bamako.
Officiellement, les autorités équato-guinéennes affirment
qu'il s'agit de « sans-papiers ».
Mais selon l'Association malienne des expulsés,
beaucoup d'entre eux possédaient des papiers en règle. Les
autorités maliennes disent n'avoir pas compris ces expulsions et exigent
des explications de la part des autorités
équato-guinéennes. Parmi ces expulsés figuraient des
enfants mineurs. Pris en charge à leur arrivée à Bamako
par la protection civile, ils affirment avoir été victimes de
« maltraitance » de la part des forces de l'ordre
équato-guinéennes. Pour l'Association toujours, le rapatriement
des expulsés s'est déroulé dans des « conditions
très difficiles ». Cela, explique l'association, après plus
d'un mois passé en prison.
« Il y avait trois personnes pour un petit morceau de
pain avec une sardine. Il fallait manger avec des menottes. Beaucoup de gens
étaient entravés, certains sont tombés malade à
cause des conditions du voyage dures», témoigne un expulsé
à son arrivée à Bamako.
L'opération d'expulsion a commencé par
l'arrestation de nombreux ressortissants Maliens dans des villes comme Malabo
ou encore Bata. Ce retour forcé intervient au moment où des
centaines d'autres Maliens étaient en attente d'expulsion ou même
seraient à ce moment dans des prisons de la Guinée
équatoriale selon le Ministère des Maliens de
l'Extérieur.
Ces embarras à la libre circulation peuvent se
manifester parfois par des blocus. C'est le cas par exemple le conflit
frontalier qui a opposé le Sénégal et la Gambie, le 10
février 2016, lorsque le gouvernement gambien sous la férule de
l'ex-Homme fort de Banjul, Yahya Jammeh avait décidé de
multiplier par cent les droits de transit, les faisant bondir de 4 000 francs
CFA (6 euros environ) à 400 000 francs CFA (610 euros) avec comme motif
de brandissement que l'Etat sénégalais voulait asphyxier son
économie. Les transporteurs sénégalais avaient
répondu par un blocage de la frontière.
En bref, les tracasseries de toutes natures sur les routes ou
aux postes frontières mais aussi au sein des administrations
compétentes subsistent96.Les principales raisons renvoient au
manque
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Thème: « La protection des droits des migrants dans
les organisations régionales africaines: cas de l'Afrique de l'ouest et
de l'Afrique centrale »
de formation des agents. De plus, poussés par des
conditions de travail et salariales insuffisantes, des agents continuent les
pratiques d'extorsion et de chantages dans les administrations, aux postes
frontaliers et au niveau des barrages routiers
injustifiés97.Ces pratiques blâmables font rarement
l'objet de poursuites ou de sanctions, les agents concernés
bénéficiant ainsi de trop d'impunité.
En d'autres termes, le droit de résidence et
d'établissement ne sont donc pas assez effectifs, d'une part en raison
de l'absence de moyens mis en place pour les faire respecter, d'autre part pour
les mêmes raisons évoquées pour la libre circulation des
personnes (ignorance de l'existence et du contenu des textes communautaires par
les administrations et les populations)98 ou plus
précisément l'absence ou l'insuffisance de transposition de droit
communautaire ratifié dans les cadres juridiques nationaux relatifs
à l'émigration et à l'immigration ainsi que des outils
d'information et de sensibilisation destinés à la fois au grand
public mais aussi aux agents chargés de l'application du Protocole
Additionnel sur la libre circulation des personnes et services99.En
outre, les formalités d'établissement, que ce soit pour les
avocats, les experts comptables, les architectes, les pharmaciens,
chirurgiens-dentistes peuvent connaitre un alourdissement à
l'intérieur des Etats membres dans le dessein de décourager toute
installation100.
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