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La protection des droits des migrants dans les organisations régionales africaines: cas de l'Afrique de l'ouest et de l'Afrique du centre


par Ismaila DIONE
Université Cheikh Anta Diop de Dakar Faculté des sciences juridiques et politiques  - Master 2 en Droit de la Migration  2014
  

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Paragraphe 2 : Les limites liées aux enjeux sécuritaires

A- La dimension des défis sécuritaires

Par limites consécutives aux enjeux sécuritaires, il faut comprendre l'ensemble des facteurs pouvant menacer la paix et la stabilité des Etats et empêchant à l'exercice des droits humains, y compris ceux liés à la mobilité des personnes. Pour faire face à cette situation, les Etats d'Afrique de l'ouest et du centre ont mis en place des moyens et stratégies de concert avec les organisations internationales et notamment communautaires en vue de prévenir à toute éventuelle attaque menée par des groupes ou individus ou aux questions menaçant la paix et la stabilité à l'échelle mondiale, régionale ou nationale en vue d'assurer les droits humains, y compris le droit à la préservation de la sécurité. De ce fait, ces mécanismes de diverse nature peuvent parfois constituer un frein à certaines catégories de droit dans des circonstances

107 Ibidem...

108 Ibidem...67

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exceptionnelles comme la liberté de circulation, l'entrée, la sortie ainsi que l'exercice de toute autre activité de la même manière à ces menaces. Cette définition semble porter au pinacle à la sécurité comme source de conciliation des autres droits de l'homme au détriment de la liberté de circulation des personnes en ce sens que la sécurité soit considérée comme l'alpha moteur de toute liberté ou acquisition de droit.

S'agissant de la notion de sécurité reposant fondamentalement sur deux piliers à savoir la sécurité interne et la sécurité aux frontières, elle suppose l'absence de danger ou de menace prévisible qui revient à tout Etat de la garantir109 ; en Afrique, elle se résume pratiquement à la protection et à la défense des intérêts des Etats tournant autour d'enjeux économiques, idéologiques et politiques.

Mais les défis sécuritaires liés à la mobilité des personnes dans les organisations régionales d'Afrique de l'ouest et du centre prennent une nouvelle dimension dans un contexte de mondialisation et de régionalisation. Car, les Etats membres de ces organisations se trouvent aujourd'hui confrontés à des défis multiples qui sont autant de menaces sérieuses à notre sécurité face aux groupes terroristes comme Al-Qaida au Maghreb Islamique régenté par l'Algérien Abdelmalek Droukdel ; Boko Haram sous l'impulsion de son chef Aboubacar Shekau ; Il s'agit notamment de : l'immensité des espaces; de la porosité des frontières; la circulation anarchique des armes ; le grand banditisme ; le trafic en tous genres ; les incursions de mouvements armés; la précarité économique; l'immigration clandestine; la grimpée du terrorisme et la criminalité transfrontalière.

En Afrique, y compris en Afrique de l'ouest et du centre, les frontières sont longues, poreuses et d'accès facile. Ce qui rend très difficile le contrôle des frontières pour les Etats, en particulier, ceux d'Afrique de l'ouest et du centre, voire inexistant par endroit. Au niveau des postes frontières, on y note l'absence de tout ou presque isolés, sous équipés, gardés par des agents isolés sans moyens de travail adéquats et parfois sans formations ni expérience, à la merci d'attaques de criminels ainsi l'absence de gestion collective des frontières. De telles insuffisances font des espaces transfrontalières, des zones de trafic de tout genre et des lieux de grande criminalité, vol de bétail à main armée, trafic de bétail d'armes, traites d'enfants et de femmes, circulation fluide des mercenaires, réseaux terroristes internationaux110. Cette porosité des frontières facilite, outre le transit des hommes et des marchandises, les revendications des

109 Etanislas Ngodi « l'Afrique centrale face aux enjeux sécuritaires du XXIe siècle », les perspectives de l'Afrique au XXIe siècle, mai 2015, p.80

110 Ndioro Ndiaye, enjeux sécuritaires dans l'espace Sahélo-Saharien, Forum Bamako, 16 février 2016, p.11

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mouvements indépendantistes, le banditisme transnational de même les trafiquants de drogues, contrebandiers de cigarettes, et autres « coupeurs de routes» ont massivement investi cet immense territoire hors de contrôle pour l'essentiel.

Mais de l'avis du Directeur général de l'institut Royal des Etudes Stratégiques au Maroc, monsieur Mouhammed Tawfik Mouline, lors d'un séminaire international organisé le 28 mars 2014 à Rabat sous le thème « la sécurité du Sahel après la crise du Mali: quels enjeux et défis pour les pays régionaux et internationaux », le vide sécuritaire dans la zone sahélo saharienne, composée essentiellement des Etats d'Afrique de l'ouest et du centre, est davantage accentué par les évènements dans le monde Arabe, et notamment la chute du régime libyen du colonel Momar Khadafi. Ce vide résulte, en revanche, de la politique étrangère déguisée des grandes puissances occidentales en connivence avec la communauté internationale traduisant une nouvelle forme de domination et d'impérialisme de quelque nature que ce soit au nom de l'idéologie libérale à travers plusieurs zones dans le monde notamment en Asie et en Afrique et qui a fini à installer le chaos et à susciter de nombreuses frustrations. Ces dernières ont eu comme conséquence la création de plusieurs mouvements ou groupes supposés terroristes dont leur contour reste complexe. Politique déguisée en ce sens par exemple, les Etats unis sous la férule de l'ex-président américain George Bush ont attaqué l'Iraque de Saddam Hussein tout en faisant croire et faisant fi au monde que ce dernier détenait des armes nucléaires, de destructions massives alors c'était de la mystification.

En outre, les défis sécuritaires liés à la mobilité dans l'espace des Etats d'Afrique occidentale et centrale s'expliquent à travers la libre circulation des armes légères et lourdes à la faveur des rebellions, qui ont pour décore dans l'espace du Sahel depuis les guerres d'indépendance; le trafic de stupéfiants et de contrebande. Le trafic de drogue est un phénomène récurrent dans cette zone depuis le début des années 1980 ; avec la prolifération de bandes armées, le commerce de la drogue a connu une grande extension. La collusion entre les mouvements djihadistes et les narcotrafiquants n'est plus dubitative. Car, pour financer les activités, les groupes terroristes se muent en convoyeurs de drogues de cocaïnes et héroïnes principalement111. Ces Etats sont devenus des zones de transit privilégiées de la drogue en direction de l'Europe. Ce trafic intercontinental s'est agglutiné à la tradition du haschich dans la région du Rift marocain. Selon les estimations de l'office des Nations Unies contre la drogue et le crime datant de mars 2015, au moins 18 tonnes de cocaïnes, d'une valeur de 1,25 milliard de dollars, transiteraient chaque année par la région.

111 Ibidem...17

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En d'autres termes, les Etats d'Afrique occidentale et centrale font face à la question de la traite des personnes. Cette dernière est définie par l'article 3 du Protocole Additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes : « l'expression traite des personnes désigne le recrutement, le transport, le transfert, l'hébergement ou l'accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d'autres formes de contraintes, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d'autorité ou d'une situation de vulnérabilité, ou par l'offre ou par l'acceptation de paiements ou d'avantages pour obtenir le consentement d'une personne ayant autorité sur une autre aux fins d'exploitation ». L'exploitation comprend, au minimum, le proxénétisme ou d'autres formes d'exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l'esclavage ou les pratiques analogues à l'esclavage, à la servitude ou le prélèvement d'organes.

En Afrique de l'ouest, il s'agit d'un phénomène aux dimensions régionales, profondément enraciné dans le contexte de la pauvreté et dans les conditions socio-économiques déplorables qui entravent la sécurité humaine et la protection effective des droits des catégories sociales les plus fragilisées112. Ce phénomène prend habituellement la forme d'un recrutement forcé d'enfants et de jeunes filles et de femmes à des fins d'exploitation économique ou sexuelle. Les enfants sont l'objet d'un trafic intra-régional, à la fois interne et transfrontalier, dans les secteurs de l'agriculture, de la pèche ou de la mendicité. Le Benin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Guinée Conakry, le Ghana, le mali, le Nigeria et le Togo sont les principaux Etats à partir desquels des enfants travailleurs sont acheminés vers les centres urbains et les sites agricoles d'autres localités et d'autres Etats de la sous-région; tandis que la Guinée équatoriale, la Cote d'Ivoire, le Gabon, le Nigeria et le Sénégal sont les principaux Etats d'accueil113.

En d'autres termes, les droits des personnes migrantes, notamment la liberté de circulation peut être handicapée pour des raisons liées à la sécurité humaine. Le concept de sécurité humaine trouve sa pertinence dans l'identification de l'être humain comme réfèrent sécuritaire et non plus l'Etat comme le laissait entendre une large contribution de la doctrine dominée par le triomphe du réalisme en relations internationales114.Elle comprend deux piliers cardinaux que

112 Michel Luntumbue, criminalité transfrontalière en Afrique de l'ouest: cadre et limites des stratégies régionales de lutte, 9 octobre 2012, p.7

Ibidem...

114 Ndioro Ndiaye, enjeux sécuritaires dans l'espace Sahélo-Saharien, Forum Bamako, 10 février 2016, p.23 SECURITAIRES-LIES-A-LA-MIGRATION-.pdf

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sont les besoins essentiels de l'homme : santé, habitat, éducation et le maintien à l'abri de toute violence physique et morale. Elle se situe à plusieurs niveaux d'intervention notamment à savoir le niveau économique, sociale, écologique, sanitaire. Dans le cadre de ce dernier, certains Etats d'Afrique n'ont pas hésité à fermer leurs frontières en vue de préserver la sécurité liée à des motifs de santé. Ce fut le cas, par exemple de la fermeture de la frontière entre le Sénégal et la Guinée en août 2014 à cause de la fièvre hémorragique à virus Ebola touchant cette dernière, la Sierra Léone et le Liberia. Cette fermeture n'est pas sans conséquence économique. En effet, en fermant la frontière terrestre, les autorités sénégalaises ont empêché ou limité les mouvements des paysans guinéens, affectant ainsi sérieusement leurs activités économiques.

Par ailleurs, selon les médias guinéens, les étudiants de nationalité guinéenne du Sénégal, revenus dans leur Etat d'origine pour les vacances, y étaient bloqués à ce moment par l'effet de la décision de fermer les frontières. A cet effet, un Etudiant guinéen martèle ces propos : « Nous sommes très stigmatisés actuellement au Sénégal, nous les étudiants car même les agences immobilières refusent de nous aider à trouver des logements pour nos camarades et compatriotes, l'exemple fut le cas au Castor, un quartier de la banlieue dakaroise où on nous refusait toujours d'avoir des logements à cause de notre nationalité guinéenne qui s'explique par la présence de ce virus.»

D'autres défis liés à la mobilité des personnes s'articulent autour du fondamentalisme religieux et de la criminalité transfrontalière qui se sont installés en Afrique de l'ouest et du centre en faveur de la migration.

Une nouvelle tendance, en effet, se précise en Afrique de l'ouest caractérisée par une connexion de risques et de menaces restés longtemps cloisonnés ; il s'agit notamment des trafics d'armes, des rebellions politico-identitaires, de nouvelles intensifications ou la résurgence des crises dans un contexte de revendications, de rivalités et de surenchères autour de l'exploitation des matières premières comme l'exemple de la crise des Touarègues au Mali et Niger et de la rébellion armée au niveau du Delta du Niger ; et de narcotrafics et du terrorisme principalement impulsé par Al Qaida pour le Maghreb Islamique(AQMI) en fusion avec le groupe Al Mourabitoun en décembre 2015 (les Almoravides), par le Mouvement pour l'Unicité et le Djihad en Afrique de l'Ouest(MUJAO).Ces groupes appuyés et financés par des réseaux terroristes internationaux, mènent des attaques sporadiques au Mali, au Niger, en Côte d'Ivoire et sans doute dans certaines parties du Burkina Faso.

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En Afrique centrale, l'expansion de Boko Haram représente une menace sécuritaire directe pour le Tchad et le Cameroun, dont certaines zones voisines du Nigeria ont été la cible d'attaques perpétrées par le mouvement supposé Islamiste. Pour les autres Etats de la sous-région, la menace, bien qu'indirecte, est tout aussi réelle. Loin des capitales, la faiblesse du contrôle territorial et de l'autorité étatique font des provinces des frontières des zones particulièrement fragiles et vulnérables. L'émergence de mouvements rebelles et de groupes armés se fait hors de la portée du contrôle de l'Etat, tandis que la porosité des frontières accroit le risque de débordement de la violence dans les Etats voisins115.

Dans la Déclaration de Yaoundé signée lors du sommet de l'opérationnalisation des instruments du conseil de paix et de sécurité de l'Afrique centrale(COPAX) en février 2015, les représentants des dix Etats membres ont reconnu le risque de déstabilisation de l'ensemble de la sous-région de l'Afrique centrale par le groupe terroriste Boko Haram.

Le réflexe de la protection sécuritaire conduit au renforcement des mesures de contrôle116. Entre certains Etats de la CEEAC, la libre circulation n'existe même pas. Certains Etats de la région demandent l'obtention d'un visa pour entrer sur leurs territoires, à savoir le Gabon, la Guinée Equatoriale, Sao Tome et Principe, l'Angola, la République Démocratique du Congo117. Ces Etats évoquent la sécurité comme principale raison pour le retard de la mise en oeuvre des décisions prises au niveau régional.

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La Quadrature du Net

Ligue des droits de l'homme