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La protection des droits des migrants dans les organisations régionales africaines: cas de l'Afrique de l'ouest et de l'Afrique du centre


par Ismaila DIONE
Université Cheikh Anta Diop de Dakar Faculté des sciences juridiques et politiques  - Master 2 en Droit de la Migration  2014
  

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B- Autres situations de précarité des personnes migrantes

En d'autres termes la situation de certaines catégories de migrants reste précaire, notamment les migrants irréguliers. Des cas anecdotiques de maltraitance de migrants ont été soulevés, démontrant des insuffisances en ce qui concerne la protection de leurs droits137. Sous ce rapport, selon le rapport de recherche de 2013 portant sur la protection sociale des migrants sénégalais en Gambie et en Côte d'Ivoire, le système de santé est théoriquement ouvert à tout le monde; mais dans la réalité, les frais d'accès aux services de santé sont plus chers pour les étrangers qui paient le double voire le triple de ce que paient les gambiens pour accéder aux établissements de santé publique. Les étrangers sont en dehors du circuit de la sécurité sociale tant pour la couverture maladie que pour la retraite. Pour bénéficier ces dernières, il faut, comme il en est de même pour les nationaux, être employé du gouvernement gambien, ce qui n'est pas le cas des sénégalais qui officient surtout dans le secteur informel.

Face à cette situation discriminatoire et contraire aux règles de protection des droits de l'homme en général, un sénégalais exprime en ces termes « je vous avoue que mon seul probleme en Gambie est le système sanitaire. Si vous tombez malade, vous pouvez bénéficier des soins de santé sans problème. Mais avant cela, il faut qu'on sache votre nationalité avec la présentation de la carte nationale d'identité. Si vous êtes étranger, vous êtes amenés à payer deux ou trois fois plus cher qu'un gambien de nationalité. C'est cela que je n'arrive pas à comprendre. En fait la santé est un droit pour tout individu et elle ne doit jamais faire de distinction de couleur d'âge ou de nationalité 138».

Mais cette situation pourrait être améliorée éventuellement avec l'avènement en janvier 2017 du nouveau Président Gambien Adama Barro car en perspective de nouvelles relations bilatérales pourraient être scellées entre ces deux Etats.

136 Babacar Ndione, l'Afrique centrale face aux défis migratoires, ACP migration, juin 2014, p.65

137 Rapport de recherche ACPOBS/2013/PUBO4 « protection sociale des migrants sénégalais en Gambie et en côte d'ivoire: atouts et contraintes », par Dr. Oumoul khairy Coulibaly, Dr. Adrien Dioh, Al Assane samb, Dr.Serigne Mansour Tall, 2013, p.29

138 Ibidem...p.47

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En Côte d'Ivoire, les conditions d'entrée, les frais d'inscription et d'études sont les mêmes au niveau des établissements publics primaires tant pour les étrangers que pour les ivoiriens. Par contre on assiste à une distinction entre les étudiants ivoiriens et ceux étrangers en matière d'accès dans l'université139. Car, ces derniers doivent bénéficier d'une autorisation en vue de pouvoir s'inscrire à l'université nous précise un Fonctionnaire d'un ministère ivoirien140 ; en plus, les étudiants étrangers paient des frais d'inscription plus élevés que les autochtones dans cet Etat. Ce qui constitue une violation aux textes communautaires notamment à la Directive de 2005 de l'UEMOA sur l'égalité de traitement des étudiants ressortissants de ladite organisation ainsi qu'un non-respect du principe de traitement égalitaire en matière d'éducation, un droit social essentiel pour les migrants volontaires à des fins d'instructions, y compris les étudiants.

En Afrique centrale comme dans la région d'Afrique de l'ouest, plusieurs types de violations des droits des migrants peuvent être relevés. Il s'agit entre autres des arrestations fondées sur des considérations de race, d'ethnie, de race, de nationalité ou d'appartenance religieuse, des arrestations à la suite de raids sans support de document légal émanant d'une autorité compétente ni indication du motif de l'arrestation ; des violences physiques et morales et autres traitements inhumains et dégradants( insultes raciales, coups et blessures volontaires sur la personne du migrant, privation de soins médicaux et conditions sanitaires dangereuses, privation de nourriture, d'eau) au moment de l'arrestation, de la détention et de la déportation individuelle ou de l'expulsion collective141.

S'ajoutent également à ces violations, les détentions prolongées sans motif, l'impossibilité d'accès pour les migrants détenus aux voies de recours légales ou à un avocat pour se défendre, la confiscation des biens des migrants déportés ou expulsés collectivement liée aux conditions brutales des expulsions qui ne permettant pas aux migrants d'emporter leurs biens ou de les placer en sécurité; ainsi que l' absence d'interprète lors de l'arrestation, de la détention et lors des interrogatoires, ne permettant pas aux détenus de comprendre leur situation et les questions, ou ce qui leur est reprochés, ni de se défendre142. Ces violations se traduisent par un non-respect des droits humains des migrants au regard de l'article 2 de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples(CADHP) préconisant le principe de la non-discrimination et son

139 Ibidem...p.45

140 Ibidem...

141 Babacar Ndione, l'Afrique centrale face aux défis migratoires, ACP migration, juin 2014, p.66

142 Ibidem...

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article 6 interdisant toute arrestation et détention arbitraire et au regard des autres instruments juridiques en matière de protection des droits humains en général.

Par ailleurs, dans la plupart des Etats d'Afrique occidentale et centrale, on peut ainsi constater un manque d'identification, d'assistance, de protection, de prise en charge et d'aide au retour des victimes de traite et migrants objets de trafic illicite, comme le prévoient les deux protocoles et les accords multilatéraux et bilatéraux pertinents. Les migrants irréguliers sont souvent comme étant eux-mêmes auteurs d'infractions et non objets de trafic illicite143. De ce fait, leurs droits et besoins (besoins médicaux et psychologiques, droit à participer à la procédure...) sont rarement pris en compte. Dans cette perspective le rôle des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux de la protection est fondamental pour répondre à ces enjeux.

En conclusion de ce chapitre, il est convenu de retenir que le cadre d'exercice des droits humains des migrants, en particulier la liberté de circulation, les droits de résidence, d'établissement ainsi que les droits sociaux ait fait l'objet de nombreux piétinements par divers facteurs.

En substance, il a été question, dans cette deuxième partie de notre mémoire, d'évoquer les difficultés auxquelles sont confrontés tant bien les organes chargés de la protection des droits des migrants que ces derniers eux-mêmes dans l'exercice et la jouissance de leurs droits. L'éventail de ces éléments épars et attentatoires a permis de montrer que la pertinence du cadre de protection des droits des migrants en Afrique de l'ouest et du centre est loin d'être absolue malgré l'existence d'acquis notamment en matière de libre circulation des personnes dans une logique de redynamiser l'intégration africaine.

143 UNODC, stratégie régionale de lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants 2015-2020, p.20

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