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Association cancer de la vessie et la schistosomiase a schistosoma haematobium a l'hopital general de reference IME/Kimpese de juin 2011 a novembre 2021


par Michael EBAMBE BOMBEKO
Université protestante au Congo - Docteur en médecine 2020
  

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8 CONCLUSION

Le profil des patients est sans ambiguïté : ce sont majoritairement des hommes âgés (médiane 65 ans), agriculteurs, résidant en zone rurale, avec un faible niveau d'instruction. Ce portrait est bien justifié car il est lié à une histoire d'expositions cumulées et de vulnérabilités sociales. Les hommes, par leurs activités agricoles et de pêche, sont en première ligne face aux eaux infestées de bilharzies, expliquant le ratio de 6 hommes pour 1 femme. Leur âge avancé au diagnostic montre la longue latence de la cancérogenèse, mais aussi d'un système de santé qui ne les capture que tardivement, lorsque les symptômes deviennent invalidants. Le fait que 61% des cas soient concentrés dans la Zone de Santé de Kimpese souligne le rôle de foyer de forte endémicitéet de contextesocio-économique précaire, où le manque d'eau potable et d'assainissement perpétue le cycle de l'infection. L'agriculture, source de vie pour près de la moitié des cas, devient ici un facteur de risque mortel, exposant à un double fardeau : le parasite dans l'eau et les pesticides dans les champs. Enfin, le faible niveau d'éducation verrouille l'accès à l'information et aux soins, créant un cercle vicieux de méconnaissance et de retard diagnostic.

La symptomatologie décrite est celle d'une maladie déjà avancée. L'hématurie, présente chez 73,8% des cas, est le cri d'alarme de la vessie, mais pisser du sang en zone d'endémieest trop souvent banalisé comme un « fait normal », retardant le diagnostic de plusieurs années. La dysurie, la pollakiurie et les douleurs pelviennes racontent la souffrancequotidienne de patients dont la qualité de vie est réduite. Le fait que plus de la moitié des tumeurs fassent déjà plus de 3 cm à la découverte confirme ce retard,malheureusement tragique. L'échographie, pourtant simple et accessible, n'est visiblement pas utilisée assez tôt dans une visée de dépistage.

Seuls 63% des patients ont pu être opérés, majoritairement par des résections transurétrales. La cystectomie radicale, traitement curatif pour les tumeurs invasives, n'a concerné que 1% des cas, insinuant ainsi, soit une insuffisance du plateau technique, soit le stade trop avancé de la maladie lors de l'admission. L'accès à la chimiothérapie (35%) et à la radiothérapie (0%) est trèslimité, reflétant des fortes inégalités géographiques dans l'accès aux traitements anticancéreux, un problème bien documenté par Parkin30 et Barton51. L'omission de traiter le parasite lui-même après le diagnostic (seulement 40% ont reçu du praziquantel) serait probablement une erreur stratégique, car éteindre l'incendie inflammatoire pourrait pourtant ralentir la progression tumorale, comme le préconisait Gryseels16.

La puissance de l'association est criante car avoir un antécédent de schistosomiase multiplie le risque de cancer vésical par près de 11 (OR ajusté = 10,52), un chiffre qui place le Schistosoma Haematobium parmi les cancérogènes les plus puissants identifiés par la science, comme le soulignent les monographies du CIRC38. Cette force s'explique par la biologie même du parasite : ses oeufs, piégés dans la paroi de la vessie, déclenchent une tempête inflammatoire chronique qui, pendant des décennies, endommage l'ADN et pousse les cellules vers la malignité. Le fait que 59% des cas de cancer de la vessie aient connu trois épisodes ou plus,montrecombienle système de prévention est défaillant et seulement 35% d'entre eux avaient reçu du praziquantel, un traitement efficace et peu coûteux. Chaque infection non traitée, chaque réinfection, est une occasion manquée de prévenir un cancer et cette situation transforme une maladie évitable en fléau pour des populations entières, comme le dénonce l'OMS en rappelant que la bilharziose est une maladie de la pauvreté4.

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