4.1.5 1. 2. Bilharziose urinaire
(Schistosoma Haematobium) et cancer de la vessie
4.1.6 1.2.1. Cycle parasitaire et impact
tissulaire
Le Schistosoma Haematobium adulte vit dans le plexus veineux
péri-vésical ; les oeufs migrent à travers la paroi
vésicale, provoquant une inflammation chronique, une formation de
granulomes, une fibrose et parfois une calcification de la paroi
vésicale. Cette irritation prolongée est une cause directe
d'altérations épithéliales pouvant évoluer vers une
transformation maligne24,25.
4.1.7 1.2.2. Mécanisme
physiopathologique de carcinogenèse
Découvert en 1851par Theodor Bilharz, le
S.Haematobium a été premièrement identifié
dans la genèse du cancer de la vessie par Fergusson en 1911 et plus tard
en 1994, cela a été confirmé par le Centre international
de recherche sur le cancer (CIRC) comme étant cancérigène.
La schistosomiase n'a pas été connue pour être
impliquée dans l'étiologie ou la pathogenèse d'une maladie
maligne autre que le cancer de la vessie26.
La persistance des oeufs provoque une inflammation chronique
générant un stress oxydatif et une production
élevée de radicaux libres, altérant l'ADN des cellules
épithéliales 10,22. La métaplasie squameuse
induite par ce microenvironnement inflammatoire favorise l'émergence du
carcinome épidermoïde. L'augmentation des nitrites et des
composés N-nitrosés, issus de bactéries
urinaires, renforce la toxicité locale et la génotoxicité,
participant à l'oncogenèse 10,22.
4.1.8 1.2.3. Données
épidémiologiques de l'association
Une forte corrélation géographique entre
bilharziose et cancer de la vessie a été documentée dans
la vallée du Nil, en Afrique de l'Ouest et en zones endémiques
d'eau douce (lacs, rivières). Plusieurs études
hospitalières rapportent la présence d'oeufs de S.H.dans
les tissus tumoraux : en Afrique, entre 20 et 40 % des cancers vésicaux
exhibent des lésions bilharziennes associées5,10,23.
Par exemple, au Sénégal, une proportion proche de 50 % des
carcinomes étaient épidermoïdes et reliés à la
bilharziose23. La prévalence élevée des formes
avancées infiltrantes au diagnostic est également liée
à cette infection chronique 3.
4.1.9 1.3. Présentation clinique
du cancer de la vessie en contexte bilharzien
4.1.10 1.3.1.
Symptômes
Le cancer de la vessie en contexte bilharzien (schistosomiase
urinaire chronique) se présente typiquement avec des symptômes
liés à l'inflammation et aux lésions causées par le
parasite Schistosoma Haematobium4. L'hématurie macroscopique
(présence visible de sang dans les urines) est le symptôme majeur
et le plus fréquent, souvent chronique et récurrent, et constitue
le principal signal d'alarme chez les patients de zones
endémiques27,28. Les autres manifestations cliniques incluent
des symptômes irritatifs urinaires tels que brûlures mictionnelles,
pollakiurie (besoin fréquent d'uriner) ou dysurie (difficulté
à uriner), qui traduisent l'inflammation vésicale
chronique29. Chez certains patients, des douleurs pelviennes peuvent
apparaître, surtout en cas d'atteinte tumorale avancée ou
d'extension loco-régionale30. La particularité du
cancer bilharzien est la prédominance du carcinome
épidermoïde, conséquence des métaplasies squameuses
induites par l'infection parasitaire chronique, contrairement au carcinome
urothélial plus fréquent en pays non endémiques
22,31. L'hématurie peut être banalisée par les
patients, retardant ainsi le diagnostic et la prise en charge. De plus, la
bilharziose peut entraîner une fibrose vésicale et
urétrale, des lésions génitales (lésions vulvaires,
saignements vaginaux, atteinte prostatique chez l'homme) et des complications
telles que l'insuffisance rénale.
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