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Pour quelle(s ) histoire(s ) d'être(s ) ? Associations 1901, inter relations personnelles et interactions sociales, un art de faire

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par Jean- Marc Soulairol
Université Lumière Lyon 2  - Diplôme des hautes études des pratiques sociales D. H. E. P. S.  2002
  

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3.1.2.3 L'espérance : une raison de vivre

Tous les membres composant cette section sont en recherche d'emploi, l'âge moyen est de 46 ans. Ce micro-groupe constitué aspirait à s'extraire d'une première difficulté : le piège de l'isolement, de la solitude, ennemies perfides du chômeur. Confirmé par cette personne lasse de son engagement dans le monde associatif : « Échap, parce-qu'on veut s'échapper de ce carcan du chômage.»397(*) Egalement confirmé par le Pilote, journaliste de métier: « la seule issue de secours consiste à rester en contact, en réseau, de manière à demeurer dans la course ». Convaincu du bien-fondé de cette théorie du groupe et de la force libératrice de l'écriture de leur expérience, le pilote a échafaudé un projet de livre écrit à plusieurs mains. Une expiation, en somme, comme les membres de cette branche se plaisent à répéter, et le choix même du terme "échap"398(*) exprime l'envie d'un autre état de celui de chômeur trop âgé. Pour le Pilote, « prendre le stylo c'est reprendre une parole arbitrairement ôtée par la perte d'emploi. » Le symbole est très fort. Fort comme leur cohésion et leur entraide mutuelle malgré la fraîcheur de leurs relations au début. Ils ne se connaissaient pas. Mais fort comme la constance et l'envie d'aller jusqu'au bout. Chose qu'ils se sont promise et qu'ils ont finalement réalisée fin 2001. Parce-que, pour eux, « publier un livre c'est interpeller l'Autre sur sa propre conscience d'être, facilitant ainsi de manière indirecte, la réinsertion sociale par l'approche de l'échange et du travail de groupe et de recherche. Comme quelque chose de nouveau, pas vraiment encore défini, qu'il faudrait apprendre. » En somme, des histoires d'êtres pour une histoire d'être par l'écriture d'une expérience. Une expérience au singulier puisque chacun a pris un rôle dans le livre pour s'exprimer. L'intrigue faisant arbitrage entre les accidents individuels (le chômage, les problèmes familiaux)399(*) et leur histoire commune prise comme un tout (la difficulté d'une réinsertion socioprofessionnelle, d'une intégration sociale par un emploi). A cet égard, on peut dire que cette écriture offre une histoire chargée de sens composée d'événements ou d'incidents. De même, elle transforme les accidents individuels (événements ou incidents) en une histoire commune organisée dans une totalité intelligible. Bref, « la mise en intrigue est l'opération qui tire d'une simple succession singulière une configuration. »400(*) En clair, le je du texte vient en écho au je singulier. Cette écriture de l'expérience vécue nous a particulièrement touché parce-qu'elle implique l'adhérent dans l'espérance. De même, elle accepte d'exposer cette commune singularité en construisant, en leur nom propre, l'expérience de chaque membre, une partie de leur histoire. Dès le départ il n'y a pas eu d'écriture distancée. En fait, c'est le contraire que nous avons perçu : une appropriation. C'est ce qui a été relevé dans le lapsus révélateur du second interlocuteur : « c'est un terme que j'ai employé dans mon li... dans notre livre. »401(*) De plus, cette pratique de l'écriture a la particularité de rencontrer un autre dans la même situation402(*). Par la réalisation de cet aspiration à témoigner et à expier403(*), l'adhérent est devenu dynamique, a trouvé du courage, décidé de réagir se donnant d'autant plus de chances de réussir son insertion socioprofessionnelle404(*). Bref, cette écriture de l'expérience vécue évolue au fil du temps et nous informe d'une éthique en action puisqu'elle assemble les singularités. Donc, elle est à la fois de l'agir individuel et de l'éprouvé commun.405(*) Nous interprétons cette pratique de l'écriture en tant qu'elle facilite le transfert et l'innovation : elle autorise la transformation, le changement.406(*) Bref un passage qui touche l'adhérent dans ses jugements du risque encouru. C'est-à-dire n'être pas lu du tout, et donc avoir travaillé pour rien.407(*) Par cela cette pratique de l'écriture, vu comme l'espérance de sortir du chômage, est objet d'échanges. C'est-à-dire, réduit l'isolement. Précisément, besoin recherché par les adhérents-auteurs de ce livre. Mieux, elle permet de consacrer des relations interpersonnelles et des témoignages publics où l'on parle autour et mesure l'émotion de l'adhérent-auteur408(*). Pour résumer, une intégration du passé dans le présent qui, de ce fait, autorise un possible futur : la réinsertion socioprofessionnelle. Donc, à la fois, un rôle réducteur, voire la disparition des ruptures, et un rôle constructif (la réinsertion). C'est donc à partir de l'espérance de la réalisation d'un centre d'intérêts (écrire un livre) que sont apparues les aspirations de cette branche (écrire un livre pour "dire", témoigner d'un mal-être). Mais c'est surtout en gardant en filigrane Michel de Certeau qui dit : « Une théorie du récit est indissociable d'une théorie des pratiques, comme sa condition et en même temps que sa production. »409(*)

En résumé, si l'émergence de l'espérance personnelle est mue par un manque, une rupture sociale par exemple, elle n'en est pas moins transformée en aspirations personnelles de réduction de ce manque, de cette rupture. Mais, l'adhérent conscient de sa situation réelle peut transformer son aspiration personnelle en aspiration collective de création d'un projet nouveau qui tendra à la réduction de ses ruptures sociales. Ainsi, le membre se porte toujours avec un autre vers un état qui lui semble meilleur que le sien en fonction d'une vue générale qu'il peut avoir de la société ou d'une situation.

* 397 Annexe 7, entretien n°2, l.50.

* 398 Le nom "Echap" est venu à partir de la touche du clavier informatique "échap" (ou "esc", abréviation de escape en anglais). Sur un ordinateur, cette touche permet, en outre, de fermer des fenêtres, sortir d'une situation.

* 399 Cf. deuxième partie, p. 76.

* 400 Son intrigue fait « médiation entre des événements ou des incidents individuels, et une histoire prise comme un tout. A cet égard, on peut dire équivalement qu'elle tire une histoire sensée de- un divers d'événements ou d'incidents (les pragmata d'Aristote) ; ou qu'elle transforme les événements ou incidents en- une histoire. » Ricoeur, Paul, Temps et récit. L'intrigue et le récit historique, t.1, Point, 1991, p.127.

* 401 Annexe 7, entretien n°2, l.133.

* 402 Annexe 7, entretien n°2, l.398.

* 403 Annexe 7, entretien n°2, l.511.

* 404 Nous rappelons au lecteur que certains de ces membres ont retrouvé un emploi. Cf. introduction générale.

* 405 Annexe 7, entretien n°2, l.271.

* 406 Annexe 7, entretien n°2, l.434 et 340.

* 407 Annexe 7, entretien n°2, l.518 et 501.

* 408 En effet, cette branche a fait l'objet de nombreuses publicités, radios, télévision, journaux, signatures diverses.

* 409 Certeau, M., L'invention..., op. cit., p.120.

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