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Documentation sur le statut des métis de pères Allemands au Togo entre 1905 et 1914. Présentation de documents allemands avec traductions ou résumés en français

( Télécharger le fichier original )
par Essosimna Tomfei Marie-Josée ADILI
Université de Lomé (Togo ) - Maà®trise en lettres allemandes 2012
  

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2.6.1- Résumé du document en français

Le 18 septembre 1912, s'est tenue une réunion du Conseil de gouvernement de la colonie au domicile du gouverneur Adolf Friedrich zu Mecklenburg, avec comme 5ème point de l'ordre du jour, la question des métis et des mariages mixtes. À l'issue de cette séance, il ressort que tous les participants sont unanimement contre les mariages mixtes. Au terme de la séance, le conseil du gouvernement a donc demandé au gouvernement

1 De faire cesser le plus tôt possible les mariages mixtes dans la colonie.

2 De redéfinir les lois concernant les droits des enfants hors mariage auxquels le code civil ne peut être appliqué.

2.6.2 : Texte original allemand

"Niederschrift über die am 18. Sept. 1912 im Gouverneurshaus zu Lome abgehaltene Gouvernementsratssitzung" unter Vorsitz des Gouverneurs Adolf Friedrich zu Mecklenburg: 5. [Punkt] Stellungnahme zur Mischlings- und Mischehenfrage." "Regierungsrat Hermans führt folgendes aus: Nach einer im Reichstag eingebrachten Resolution sollen Mischehen in den Kolonien gestattet sein. Die Regierung wäre dagegen. Das Reichskolonialamt wünsche Stellungnahmen zu dieser Frage durch die Gouvernementsräte. In Togo sei der Rassenunterschied bisher scharf gewahrt worden und man sei gut dabei gefahren. Die Gestattung der Mischehe würde, wenn auch zur Zeit hier im Schutzgebiet Ehen zwischen Schwarzen und Weisse in absehbarer Zeit nicht in Frage kommen, das scharfe Rassengefühl, welches wir unbedigt brauchen, schwächen. Die Mischehenfrage kann nicht aus ethischen und religiösen Gesichtspunkten, sondern vor allem aus rassenpolitischen Gesichtspunkten beantwortet werden. Die Missionen in Südwestafrika wären sämtlich dagegen.

Planzungsdirektor Wöckel ist auch der Ansicht, dass Mischehen in den Kolonien verboten werden sollen, dass insbesodere dadurch das Ansehen der weissen Frau geschädigt werde.

Missionar Däuble erklärt, vom christlichen Standpunkt sei gegen Mischehen nichts einzuwenden. Aber vom natürlichen und gesellschaftlichen Standpunkt aus müsse man dagegn ankämpfen.

Präfekt Schönig schliesst sich den Worten der Vorredner an und führt aus, dass eine Ehe zwischen Schwarzen und Weissen schon deshalb untunlich sei, weil nach kath. Auffassung die Ehe unlöslich sei. Ein Europ.[äer] aber, der hier eine Eingeb.[orene] heirate, sei aus klimatischen Gründen über kurz oder lang genötigt, die gemässigte Zone aufzusuchen, was angesichts der praktischen Unmöglichkeit, ein eingeb.[orenes] Weib

dorthin mitzunehmen, die Lösung der Ehe zur Folge habe. Ebenso wendet er sich auch scharf gegen die illegitimen Ehen.

Der Vorsitzende ist auch der Meinung, dass man nur einen ablehnenden Standpunkt einnehmen könne.

Der Referent bemerkt, dass die Gestattung der Mischehe auf das Zusammenleben von Europäern mit eingeb. Weibern in keiner Weise Einfluss ausüben werde.

Alle Anwesenden halten eine Regelung des Rechtes der unehelichen Kinder im Schutzgebiet für wünschenswert.

Es wird hierauf folgende Resolution einstimming angenommen:

Der Gouvernementsrat ersucht das Gouvernement, daraufhinzu wirken, dass die Eingehung [sic!] von Mischehen im Schutzgebiet unter allen Umständen unmöglich gemacht wird und hält eine Regelung des Rechtes derjenigen unehelichen Kinder, auf welche das Bügerliche Gesetzbuch zur Zeit nicht Anwendung findet, für erwünscht."

Unterschriften: zu Mecklenburg, Geh. Reg.-Rat von Doering, Assessor Clausnitzer, Assessor Dr. Fleischhauer, landwirtsch. Beirat Sauerwein, Stabsarzt Dr. Rodenwaldt, Kaufmann Armerding, Pflanzungsdirektor Woeckel, Präses Däuble, Präfekt Schönig, Bauunternehmer Starcke, Sekretär Schnecko als Protokollführer.

2.6.3 : Traduction intégrale du texte en français Procès-verbal de la séance du Conseil de Gouvernement tenue le 18 septembre 1912 dans la maison du gouverneur à Lomé, et présidée par le Gouverneur Adolf Friedrich zu Mecklenburg.

Cinquième point [de l'ordre du jour] : Prise de position sur la question des mulâtres et des mariages mixtes.

Le conseiller du gouvernement Hermans explique ce qui suit : d'après une résolution introduite au Reichstag, il est demandé que les mariages mixtes soient autorisés dans les colonies. Le gouvernement serait contre cela. L'administration coloniale impériale souhaite donc des prises de position sur cette question à travers les conseils de gouvernement [des colonies]. Selon Hermanns, au Togo, la différence entre les races est très clairement observée jusqu'à présent et la situation a été bien maîtrisée. Même si une autorisation des mariages mixtes n'est pas envisagée ici dans la colonie dans l'immédiat, une telle mesure affaiblira le sentiment racial qui demeure une nécessité. La question des mariages mixtes ne peut pas être abordée et résolue d'un point de vue éthique ou religieux, mais surtout du point de vue de la politique raciale. Les sociétés de mission dans le Sud-OuestAfricain Allemand sont toute contre cela.

Woeckel, Directeur de plantation est aussi de l'avis que les mariages mixtes doivent être interdites dans les colonies, particulièrement parce qu'ils portaient atteinte à la considération envers la femme blanche.

Le missionnaire Däuble [de la Mission Protestante de Brême au Togo] explique que du point de vue religieux, il n'y a rien à dire contre les mariages mixtes, mais que du point de vue naturel et social, il faut combattre cela.

Le préfet apostolique Mgr Schönig [de la mission catholique de Steyl] se rallie à l'opinion de l'orateur précédent et explique qu'un mariage entre des Noires et des Blancs est déjà impensable en soi, parce que l'Eglise catholique considère le mariage comme indissoluble, alors qu'un Européen qui serait marié ici à une indigène sera tôt ou tard amené à retourner dans une zone tempérée, et l'impossibilité d'emmener une femme indigène conduirait inévitablement à la dissolution du mariage. De même, le missionnaire catholique est strictement contre les mariages illégitimes.

Le président de séance est aussi d'avis que seule une prise de position négative doit être envisagée.

Le rapporteur fait remarquer que l'autorisation de mariages mixtes n'aura aucune influence sur la vie commune des Européens avec les femmes indigènes.

Toutes les personnes présentes considèrent qu'il est souhaitable d'élaborer une réglementation des droits des enfants nés hors-mariage dans la colonie.

Sur ce, la résolution suivante a été adoptée à l'unanimité :

Le Conseil de Gouvernement demande au gouvernement de faire cesser par tous les moyens les mariages mixtes dans la colonie et souhaite une réglementation des droits des enfants hors mariages pour lesquels le code civil [allemand] ne peut pas, pour le moment, être appliqué.

Ont signé: zu Mecklenburg, le Conseiller de Gouvenement von Döring, l'Assesseur Clausnitzer, l'Assesseur Dr. Fleichhauer, l'Assistant agricole Sauerwein, le Médecin Dr. Rodenwaldt, le Commerçant Armerding, le Directeur de plantation Wöckel, le Missionnaire Däuble, le Missionnaire Schönig, l'Entrepreneur Starcke, le Secrétaire Schnecko en tant que Rapporteur de séance.

Commentaire succinct

Ce qui ressort essentiellement de cette séance du Conseil de Gouvernement, c'est
l'hypocrisie flagrante des membres de ce Conseil qui campent sur des positions tranchées
et font la politique de l'autruche en face de la réalité du terrain : alors qu'il est

unanimement reconnu que le mariage mixte existe bel et bien au Togo - avec beaucoup de mauvais exemples certes, mais avec quelques cas encourageants - tous les membres de cette instance s'efforcent de nier cela. Plus ridicule encore est la position de ceux d'entre eux qui fondent leur argumentation de refus sur le fait que le Blanc ne pourra pas emmener une femme noire en Europe. En somme, tous préfèrent tolérer dans la colonie ce qui n'est pas tolérable en Allemagne ! Une telle attitude face à une réalité évidente et troublante ne pouvait que compliquer toute solution au problème. Enfin, il faut souligner que, vu rétrospectivement, les missionnaires des deux confessions se sont discrédités en se rangeant sur les positions colonialistes. Le pasteur Däuble, de la Mission de Brême, a bien commencé sa réflexion en affirmant que « du point de vue religieux, il n'y a rien à dire contre les mariages mixtes«, mais en ajoutant que d'un point de vue naturel et social, il faut combattre cela«, on se demande de quelle nature il parle, sinon de la nature raciste qui guide ses opinions. En se ralliant à lui, le préfet apostolique Mgr Schönig, de la mission catholique de Steyl, commet la même erreur historique en affirmant qu'un mariage entre des Noires et des Blancs est déjà impensable en soi«. Au nom de quel dogme religieux une telle union estelle impensable? L'explication qu'il donne - («parce que l'Eglise catholique considère le mariage comme indissoluble«) - n'a rien à voir avec la race des mariés. Les églises chrétiennes, à travers la prise de position de ces deux missionnaires, ce sont discrétées au Togo sur la question du mariage mixte. Elles se sont ralliées à des positions doctrinales qui n'ont rien à voir avec les dogmes religieux (cf. également document n° 11 du présent mémoire). Mais on comprend très bien la raison de cette attitude : tant que la cohabitation entre Blancs et Noirs dans la colonie est fondée sur la politique de la séparation des races, le gouvernement ne peut pas scier la branche sur laquelle il est lui-même assis. Le racisme comme doctrine coloniale ne peut pas officiellement cohabiter avec les mariages mixtes. Donc le Conseil de Gouvernement offre une fin de non-recevoir à la demande venue du Reichstag qui s'apprêtait à envisager l'autorisation des mariages mixtes dans les colonies. De ce côté-là aussi, il s'agissait sans doute également d'une demande hypocrite : le Reichstag demande l'avis des gouverneurs coloniaux, en sachant que cet avis sera négatif. En effet, cette question avait été déjà débattue en 1911 au Reichstag, et c'est le Ministre des Colonies en personne, Wilhelm Solf, qui était venu défendre la pureté de la race devant les parlementaires en s'écriant61: « Messieurs, je prie instamment de vous laisser guider dans cette affaire,

61 Meine Herren, ich bitte Sie dringend, sich in dieser Frage von Ihren Instinkten leiten zu lassen: Wünschen Sie, dass Ihnen Ihre Söhne schwarze Schwiegertöchter ins Haus bringen? Wünschen Sie, dass sie Ihnen wollhaarige Enkel in die Wiege legen? Nein meine Herren, die ganze Nation wünscht das nicht.» (cité in Petschull 1984:121)

par vos instincts. Souhaitez-vous que vos fils vous ramènt à la maison des belles-filles noires? Souhaitez-

vous qu'ils vous déposent dans le berceau des petits-fils aux cheveux crépus? Non messieurs, la nation toute entière ne souhaite pas cela.

C'est d'ailleurs pourquoi Solf, dans une correspondance ultérieure, datée du 12 juillet 1913, salue la décision du Conseil du Gouvernement du Togo en ces termes : «Von der Entschliessung des Gouvernementsrats über die Mischehen- und Mischlingsfrage habe ich seinerzeit mit Befriedigung Kenntnis genommen.« [A cette époque, j'avais pris connaissance, avec satisfaction,de la décision prise alors par le Conseil de gouvernement au sujet de la question des mariages mixtes et des métis] (cf. document n° 10 du présent mémoire).

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