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Documentation sur le statut des métis de pères Allemands au Togo entre 1905 et 1914. Présentation de documents allemands avec traductions ou résumés en français


par Essosimna Tomfei Marie-Josée ADILI
Université de Lomé (Togo ) - Maà®trise en lettres allemandes 2012
  

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4 - Commentaire récapitulatif

Il ressort de la documentation globale présentée ici que la question des « métis allemands » au Togo est apparue au grand jour avec la naissance en 1897 de Josef Comla, fils du gouverneur Köhler qui a eu du mal à camoufler cette affaire considéré comme un scandale, et qui, de surcroît, est mort peu de temps après, alors que cet enfant n'avait pas encore l'âge d'être autonome. C'est alors que l'administration coloniale a pris conscience que la question des métis n'était pas une affaire privée, mais qu'elle pouvait créer des situations sociales difficilement gérables. Elle a donc commencé à envisager des solutions, toutefois sans avoir le courage de prendre le mal à la racine, notamment en agissant en direction des administrateurs allemands. La première mesure de réglementation fut l'intervention policière sous forme de rafle, comme le prouve le cas suivant rapporté par Jürgen Petschull (1984 :124)69 : Le 10 mars 1901, l'employé de commerce Hermann Schubert écrit à la police: `Hier nuit l'indigène Eugenea Malami a été, par erreur de votre part, arrêtée comme prostituée. En fait, il s'agit de ma concubine. Je vous prie respectueusement de la remettre immédiatement à ma disposition.«

On constate donc que, faute de pouvoir agir en direction des hommes blancs qui recherchent les femmes noires, la police décide plutôt de sévir contre les femmes noires, en les arrêtant comme de vulgaires prostituées. Et cela donne comme conséquence, ce cas pénible où c'est le partenaire allemand de la femme noire qui vient réclamer, par voie officielle écrite, la restitution de sa partenaire qu'il appelle « concubine ». Il n'a donc aucune honte et aucun mal à déclarer publiquement qu'il a une concubine noire. En somme, l'administration n'a aucun moyen de lutter contre son union mixte, pourtant décriée par presque tous les Allemands de la métropole. Il est donc assuré de l'impunité, sachant que l'union mixte avec une femme noire ne constitue pas un délit.

Ainsi, lorsqu'on voit le nombre d'enfants que le Dr Ernst Krüger lui seul reconnaît avoir
engendré au Togo, ou encore le nombre des enfants du commerçant allemand Harry

69 Da schrieb am 10. März 1901 der Faktorei-Angestellte Hermann Schubert an die Polizeidienststelle Lomé: `Gestern Nacht wurde von Ihnen die Eingeborene Eugenea Malami ihrerseits irrtümlich als Prostituierte aufgegriffen. Richtigerweise handelt es sich um meine Konkubine. Ich bitte ergebenst, sie mir wieder umgehend zur Verfügung zu stellen."(cité in Jürgen Petschull 1984 :124)

Grunitzky, il y a de quoi mesurer l'ampleur du phénomène des « métis allemands » engendrés en toute impunité, et parfois négligés, voire rejetés, comme le montre le cas de la dame Afassi obligée de venir réclamer devant l'administration la pension alimentaire de l'enfant qu'elle a eu avec un noble, l'administrateur allemand Baron von Rotberg. Ce cas, comme celui de Josef Comla, fils du gouverneur August Köhler, illustre non seulement la précarité de l'existence des « métis allemands » et de leurs mères togolaises, mais surtout l'immoralité de certains pères allemands : Le Baron Wernher von Rotberg qui n'a passé que peu de temps au Togo, a eu cette liaison et cet enfant, s'est contenté de donner à la mère une somme forfaitaire dérisoire, puis a disparu du Togo sans plus jamais s'enquérir de l'avenir de sa progéniture. Où est donc la morale de la noblesse allemande? Quelle est la légitimité de tels administrateurs à «civiliser» les Noirs, si eux-mêmes se comportent d'une manière aussi immorale? Voilà des questions que soulève le cas du Baron von Rotberg, comme d'ailleurs celui de beaucoup d'autes pères de «métis allemands» du Togo.

L'autre cas, celui de Fritz Durchbach, pose la question du droit des métis à porter le nom de leur père allemand. Dans le rapport que l'administrateur Schmidt a adressé au Gouverneur en date du 15 août 1905, suite à une enquête approfondie qu'il avait menée auprès des familles les plus en vue à Aneho, il avait bien précisé le point de vue exprimé par les autochtones: «Die Häuptlinge und Erschienenen erklären einstimming, sie sähen ein Mulattenkind stets für voll an, nur müsse es den Namen seines Vaters tragen. Wie ich mich selbst überzeugt habe, ist dieses letztere auch stets der Fall und es wird streng darauf gehalten, dass das betreffende Mulattenkind, wenn es gefragt wird, stets den Namen seines Erzeugers mit angibt.»Après des pourparlers avec les représentants de tous les Allemands du Togo, l'ordonnance 18 octobre 1913 prise à ce sujet par l'administration coloniale, va totalement à l'encontre de l'avis des autochtones: un métis n'a pas le droit de porter le nom de son père allemand. Cette decision est explicitement justifiée par les discussions autour du cas de Fritz Durchbach, et révèle que l'administration coloniale ne veut pas qu'un Allemand revenu des colonies puisse avoir des enfants métis qui pourraient revendiquer les mêmes droits que des enfants allemands. On peut postuler que c'est donc l'instinct de conservation de la race qui a poussé les Allemands à refuser de reconnaître les métis.

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