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Documentation sur le statut des métis de pères Allemands au Togo entre 1905 et 1914. Présentation de documents allemands avec traductions ou résumés en français


par Essosimna Tomfei Marie-Josée ADILI
Université de Lomé (Togo ) - Maà®trise en lettres allemandes 2012
  

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1.2.3 - Katharina Anstrup ( ?- 1882)

Sans doute moins célèbre et moins connue que Protten et Freeman, Katharina Anstrup n'en n'est pas moins une métisse africaine comme eux. D'elle-même, on ne sait pas grand'chose, sauf qu'elle est née sur la Côte de l'Or (Gold Coast, aujourd'hui Ghana). Mais à cause de son mariage avec Christian Rottmann, elle est devenue une figure emblématique pour avoir vécu d'une manière exemplaire sa vie de « femme de couleur » mariée à un Blanc.

Afin de conforter leurs intérêts commerciaux avec leurs partenaires africains, les commerçants européens contractaient parfois des alliances avec des filles de ces familles. C'est probablement le cas de Katharina dont le père devait être un autre Européen (Hollandais) installé sur la Côte ouest africaine depuis longtemps, avec une femme noire. C'est sans doute dans le cas d'une relation d'affaires que Christian Rottmann, agent commercial de la firme allemande J. K. Vietor en Afrique de l'Ouest, a épousé cette « métisse hollandaise » nommée Katharina Anstrup (illustration n° 5). Négociant originaire d'Altona (près de Hambourg), Christian Rottmann était agent de la firme J. K. Vietor à Kéta où il épousa Katharina Anstrup le 4 mars 1863. Ils eurent 4 enfants : Gotthelf Samuel, Johannes, Bertha, et Theodora24. Katharina mourut en 1882, et son mari en 1897 (Theil 2008 :209).

Comme le fait remarquer Ilse Theil (p.209) dans sa thèse consacrée aux femmes de missionnaires allemands, Christian Rottmann est le seul agent commercial de la firme allemande J. K. Vietor qui fut autorisé à épouser une « mulâtresse ». Le couple Rottmann fut en effet un cas d'exception, car la firme Vietor, partenaire de la « Mission de Brême », avait formellement interdit de telles unions à ses agents en Afrique : « Tout employé ou collaborateur de la firme devait s'engager par écrit à s'abstenir de toute relation avec les indigènes noires lorsqu'il s'embarquait pour les territoires d'outres mer. La firme pieuse de J.K. Vietor recherchait avant tout des collaborateurs capables de respecter les principes religieux auxquels elle était attachée elle-même » (Ahadji 1976: 303). Quant à la « Mission de Brême » elle-même qui voulait anticiper ce problème pour les missionnaires qu'elle envoyait en Afrique, elle avait organisé un système bien rôdé de mariage par correspondance dont traite Ilse Theil dans sa thèse de Doctorat sous le titre Reise in das Land des Todesschattens. Lebensläufe von Frauen der Missionare der Norddeutschen Mission in Togo/Westafrika (von 1849 bis 1899) - eine Analyse als Beitrag zur pädagogischen Erinnerungsarbeit25.

24 Il serait sans doute intéressant de faire sur ces enfants, une étude similaire à la nôtre, afin de voir ce qu'ils sont devenus et comment ils ont conduit leur vie.

25 Page 4 de la couverture: Im 19. Jahrhundert entsandte die Norddeutsche Mission ihre Missionare nach Togo/Westafrika. Die Problematik der physischen und psychischen Lage der Missionare veranlasste das Komitee, Frauen als Ehefrauen nachzusenden. Ihre Mitarbeit fand innerhalb der Missionsgesellschaft kaum Beachtung. Bewegende Briefe, die Ilse Theil aus dem Missionsarchiv gesichtet und analysiert hat, dokumentieren dramatische Situationen der Überfahrt, des Krankseins und des Sterbens ihrer Kinder oder des Ehepartners, ebenso wie die Hilflosigkeit und das Alleingelassensein. Der Autorin gelingt eine andere Sicht auf die Missions- und Kolonialgeschichte, indem sie vergessenen Frauen eine Stimme gibt.«

Illustration n° 5a : Katharina Anstrup, épouse Rottmann (source : Schöck-Quinteros 1986 : 29)

Illustration n° 5b : Couple mixte Rottmann avec enfants (source: Theil 2008: 209)

29

Pour avoir une idée de la difficulté que devait représenter - pour un Européen à cette époque - l'union mixte avec une métisse, il faut prendre en considération le commentaire qui accompagne une photo du couple Rottmann dans l'ouvrage 150 Jahre Norddeutsche Missions 1836-1986:

Lucie Dahse, femme de négociant [à Kéta], écrivait le 3 février 1869 à son amie à Brême: C'est très difficile de mettre de l'ordre parmi les gens d'ici, particulièrement ici à Kéta. Et d'où vient cela? Comme la femme de monsieur R.[othmann] est une femme de couleur, les Noirs, particulièrement ceux de sa famille, se sentent jusqu'à présent comme les maîtres dans la ferme. D'ailleurs, il faut bien se garder de les appeler `negro' par exemple; ils sont plutôt des gens de couleur, et si le mot `negro' sort par hasard de notre bouche, on a alors une réponse comme celle-ci: `Moi, je ne suis pas un `negro', c'est vous qui êtes un `negro', un `negro blanc'«26

Cette légende de la photo montre déjà l'état d'esprit sur la question à cette époque (1869) : les époux Rottmann autant que leurs voisins sont confrontés au fait que deux couples doivent cohabiter : le couple mixte des Rottmann (entouré de la famille africaine) et le couple « normal » allemand des Dahse (époux allemand, épouse allemande). La question raciale n'était donc pas la moindre dans cette situation, mais il faut bien penser que les époux Rottmann ont su bien gérer les problèmes, puisqu'ils avaient pu vivre la plus grande partie de leur vie conjugale en Afrique, et qu'ils ont rejoint le pays du mari - l'Allemagne - pour la fin de leurs jours. C'est à Hambourg que tous deux sont morts.

Quelles conclusions peut-on tirer de ces trois cas cités ?

A l'exemple de Christianus Jacob Protten ou de Thomas Birch Freeman, il est aisé de constater que les métis issus d'Européens et d'Africaines (voire d'une Européenne et d'un Africain pour le cas de Freeman) n'était nullement une rareté en Afrique. La place que ces deux métis avaient prise dans la société africaine et le rôle qu'ils y avaient joué, démontrent que les Africains comme les Européens les avaient bien adoptés et acceptés. Avec l'exemple de Katharina Anstrup et Christian Rottmann, on peut aussi constater de manière empirique que c'est avec l'arrivée de missionnaires et de commerçants allemands en Afrique de l'Ouest au milieu du 19ème siècle que commencent les mesures d'interdiction et de réglementation des « mariages mixtes ». Nous verrons plus loin que, par la suite, le regard jeté sur les unions mixtes et les métis issus de ces unions commencera aussi à

26 Die Kaufmannsfrau Lucie Dahse schrieb am 3.2.1869 an ihre Bremer Freundin : `Es ist sehr schwer, Ordnung in die Leute hineinzubringen, besonders hier in Keta, und wo rührt es her ? Die Frau von Herrn R. ist ja eine Farbige und daher fühlen sich die Schwarzen, besonders die aus ihrer Verwandtschaft, bisher als Herren auf dem Hofe. Übrigens muss man sich schon sehr davor hüten, sie etwa mal `nigger' zu nennen ; sie sind coloured men, und wenn uns mal das Wort `nigger' entfliegt, dann bekommt man die zornige Antwort : `I am no nigger, you are a nigger, you are a white nigger'«. (Cité in Schöck-Quinteros & Lenz 1986:29)

changer. Avec l'avènement de la colonisation allemande en 1884, la question des « unions mixtes » va devenir une affaire problématique. Le « problème » est d'abord posé sur le plan de la morale, puis il sera un « problème de politique raciale ». Les Allemands n'étaient pas disposés à faire ce que les Portugais, les Danois, les Hollandais et les Français faisaient depuis des siècles : considérer les métis comme des hommes et des femmes à part entière.

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