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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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Conclusion partielle

L'étude du bilinguisme sous ses différentes facettes met en lumière la complexité et la diversité des trajectoires linguistiques des individus et des familles en situation de contact de langues. Les définitions et typologies du bilinguisme montrent qu'il ne s'agit pas d'un état figé, mais d'un processus évolutif influencé par de multiples facteurs. L'étude des théories d'acquisition met en lumière l'importance de l'exposition linguistique et des interactions familiales dans le développement des compétences bilingues.

Le bilinguisme ne se limite pas à un phénomène strictement linguistique ; il touche également aux dimensions identitaires et émotionnelles des locuteurs. Pour les familles, en particulier celles vivant dans des environnements où une langue dominante exerce une forte pression, maintenir un équilibre entre les langues peut être un véritable défi. Si le bilinguisme est une richesse, il peut aussi être une source de tensions dans la famille, quand l'usage d'une langue est perçu comme une contrainte par l'enfant ou engendrer des tensions avec les parents.

Ainsi, cette réflexion sur le bilinguisme et ses implications dans un contexte de contact de langues pose les bases nécessaires pour aborder plus spécifiquement la place du français dans les foyers francophones expatriés aux Émirats arabes unis. L'enjeu central réside dans les stratégies familiales mises en place pour assurer la transmission du français tout en favorisant l'épanouissement bilingue des enfants dans un environnement où l'anglais s'impose comme langue dominante.

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Chapitre 3 : Politique linguistique familiale : enjeux et défis

Lorsque la langue première est minorée dans la société, la famille devient le principal vecteur de sa transmission et de sa préservation. En l'absence d'un soutien institutionnel, ce sont les pratiques linguistiques familiales qui déterminent en grande partie le maintien ou l'érosion de la langue à travers les générations. Ce chapitre explore le rôle central de la politique linguistique familiale dans ce processus, en analysant les stratégies mises en place par les parents, les facteurs qui influencent leurs choix, ainsi que les défis qu'ils doivent surmonter face à la pression de la langue dominante.

3.1. Transmission, maintien et perte de langue : le rôle de la famille

La transmission, le maintien et la perte des langues au sein des familles constituent un champ d'étude central en sociolinguistique. (Fishman, 1991 ; Spolsky, 2009). Ces processus sont façonnés par divers facteurs, parmi lesquels les représentations familiales et la loyauté linguistique jouent un rôle déterminant (Guardado, 2002 ; Curdt-Christiansen, 2016). Les travaux de Spolsky (2009) sur la gestion familiale des langues soulignent l'importance des attitudes et des representations parentales dans le maintien d'une langue minorée. Dans cette perspective, la loyauté linguistique, définie comme l'attachement affectif et identitaire à une langue (Weinreich, 1953), apparaît comme un facteur clé dans les choix linguistiques familiaux.

Les représentations familiales et la loyauté linguistique, étroitement liées, constituent en effet des facteurs essentiels pour comprendre les dynamiques de maintien et de transmission linguistique au sein des familles.

Les représentations consistent en un ensemble de jugements de valeur et sur les formes de discours produites et sur les locuteurs qui les produisent, transmis par la famille d'abord, l'école ensuite, les divers groupes sociaux fréquentés enfin. Elles se constituent essentiellement en fonction de normes sociales dominantes imposées, acceptées, ignorées ou rejetées. (M.Akinci ,2008)

Ces représentations construisent la manière dont les parents perçoivent la langue minoritaire. Ainsi, une représentation positive de la langue minoritaire renforce la motivation des parents à la transmettre activement, alors qu'une perception négative ou neutre peut mener à un désinvestissement linguistique (Guardado,2018).

Nous faisons l'hypothèse que ces représentations ont un effet sur la motivation des parents à mettre en place des stratégies éducatives pour faciliter l'appropriation du français mais aussi sur la motivation des enfants à s'approprier le langage.

En effet, les enfants perçoivent les attitudes parentales à l'égard des langues, ce qui influence leur propre motivation à apprendre et utiliser une langue. Les représentations familiales, qu'elles soient explicites ou implicites, transmettent des messages sur la valeur de chaque langue. Ceci peut représenter alors soit un vecteur de motivation ou au contraire peut être source de désintérêt pour la langue.

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En effet, lorsque les parents expriment de la fierté pour la langue minoritaire et l'intègrent activement dans la vie quotidienne, les enfants développent une attitude positive envers cette langue. Cela les motive à l'utiliser et à en approfondir la maîtrise.

En revanche, si les parents montrent des signes d'ambivalence ou de désengagement, les enfants peuvent percevoir la langue minoritaire comme moins pertinente ou valorisée, ce qui entraîne souvent une diminution de son usage. Le décrochage linguistique est souvent lié à un manque de valorisation explicite de la langue minoritaire dans le cercle familial (Fishman, 1991).

3.2. La politique linguistique familiale : un rôle central

Un des enjeux du bilinguisme est l'équilibre entre les deux langues. La langue dominante, (l'anglais dans notre contexte) peut avoir un effet de dilution ou de perte partielle de la langue d'héritage (le français dans le cas des familles francophones)

En effet, la question de la perte et du maintien de la langue d'héritage chez les enfants bilingues a été largement étudiée dans divers contextes sociolinguistiques. Guardado (2002), dans son étude sur les familles hispanophones au Canada, analyse les facteurs influençant la transmission de l'espagnol dans un environnement où l'anglais domine. Il met en évidence que le maintien de la langue d'héritage dépend non seulement de l'exposition et de l'usage de cette langue au sein du foyer, mais aussi de beaucoup de l'attitude des parents envers cette transmission.

En contexte de migration, des représentations négatives liées à des préjugés sociaux ou au manque de valorisation de la langue d'héritage peuvent conduire à un déclin de son usage. Fishman (1991) souligne que l'abandon d'une langue minoritaire au profit de la langue majoritaire est souvent lié à des dynamiques de pouvoir et à de pression. Les familles qui valorisent leur langue d'héritage tendent à mettre en place des stratégies explicites pour en favoriser l'acquisition, telles que l'utilisation exclusive de cette langue dans l'espace familial, ou encore l'inscription des enfants dans des programmes éducatifs bilingues ou communautaires.

Guardado (2008), met en évidence que ces représentations sont souvent façonnées par des facteurs externes, notamment les pressions de la société et les discours dominants sur ces langues ou sur le bilinguisme. En conséquence, les parents qui perçoivent un risque d'assimilation linguistique peuvent adopter des pratiques plus rigoureuses pour maintenir leur langue maternelle. À l'inverse, ceux qui intériorisent des discours dévalorisant leur langue tendent à réduire son usage, voire à l'abandonner.

La pression de l'assimilation linguistique peut mener à un abandon progressif de la langue d'héritage, en particulier si elle est perçue comme moins valorisée socialement que la langue dominante. Comme mentionné précédemment, il semble que la pression de l'assimilation linguistique soit atténuée dans notre cas, en raison du contexte spécifique des Émirats.

Ces études illustrent comment les représentations familiales sur la langue influencent les pratiques linguistiques, et constituent le fondement de la politique linguistique familiale.

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Les représentations familiales jouent un rôle déterminant dans la transmission et l'acquisition du bilinguisme car elles influencent les pratiques linguistiques quotidiennes et les stratégies éducatives. En effet, elles posent un cadre, façonnent la politique linguistique familiale et le degré d'engagement des familles dans la transmission d'une langue.

Dans une étude menée par De Houwer (2007), les familles ayant une attitude proactive envers le bilinguisme étaient plus susceptibles de voir leurs enfants devenir véritablement bilingues.

L'importance de l'attitude des parents envers la langue d'héritage est aussi soulignée par S. Spolsky qui considère que, dans les contextes de migration, la famille est l'institution la plus influente dans les mécanismes de transmission des langues (2016).

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