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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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3.4. Les familles en mobilité : quelle politique linguistique adopter?

Les familles en situation de mobilité sont confrontées à des choix linguistiques qui influencent le développement bilingue de leurs enfants. Selon les contextes et les dynamiques familiales, différentes stratégies peuvent être mises en place pour équilibrer l'usage des langues en présence.

En effet, dans les familles vivant en dehors de leur pays d'origine et souhaitant transmettre ou maintenir la langue première, les pratiques langagières peuvent s'organiser selon une répartition spatiale, qu'elle résulte d'un choix intentionnel ou d'une adaptation spontanée : une langue est privilégiée dans l'espace domestique, tandis que l'autre domine à l'extérieur. Annick De Houwer (2007) souligne que cette stratégie figure parmi les plus efficaces. Toutefois, elle comporte le risque d'une marginalisation progressive de la langue familiale, restreinte à la sphère privée et potentiellement sujette à une (auto)censure dans les interactions extérieures. (Beduneau,2025) Plusieurs chercheurs soulignent en effet que la limitation d'une langue au seul espace domestique peut compromettre son développement et son maintien sur le long terme (Montrul, 2013 ; Paradis et al., 2011).

Pour que l'enfant développe son bilinguisme, cette répartition langagière parmi les espaces de socialisation implique que la langue familiale fasse l'objet d'un enseignement-apprentissage, surtout si la langue de l'extérieur est aussi la langue de scolarisation et si elle entre à l'intérieur de la maison via les médias, la télévision, les activités liées à l'école, les amitiés, etc. (Akinci, 2016). De plus, comme le souligne Fishman (1991), la transmission intergénérationnelle des langues minoritaires repose en grande partie sur des pratiques langagières structurées et un investissement conscient des familles dans la transmission.

Aussi, certaines familles adoptent une répartition temporelle des langues en fonction de l'âge des enfants : une langue d'abord, ensuite l'autre, répartition très répandue et à la base du bilinguisme de nombreux enfants (Grosjean, 2015). Souvent, la première langue est la langue minoritaire.

Certaines familles adoptent une politique stricte où seule la langue minoritaire est utilisée à la maison, dans le but de renforcer son acquisition et de contrer la domination de la langue majoritaire (De Houwer, 2007). Cette approche est souvent adoptée lorsque les parents craignent une perte rapide de la langue d'origine, notamment en contexte d'immigration. Cependant, cette stratégie peut créer des tensions lorsque l'enfant perçoit une déconnexion entre la langue familiale et son environnement extérieur (Curdt- Christiansen, 2009).

A l'inverse, certaines familles, nous le verrons, décident de ne pas encadrer les choix linguistiques de leur(s) enfant(s). Ne pas adopter de politique linguistique familiale explicite constitue en réalité une politique en soi, souvent qualifiée de "laissez-faire linguistique" (Spolsky, 2004). Aux Émirats arabes unis, où l'anglais s'impose comme langue dominante dans les sphères éducatives, sociales et professionnelles, de nombreuses familles francophones n'établissent pas de règles claires quant à l'usage du français et laissent l'environnement extérieur façonner au fil du temps les pratiques linguistiques des enfants. Ce choix, qu'il soit conscient ou non, peut entraîner une érosion progressive du français,

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qui devient une langue secondaire, reléguée à des usages sporadiques (Curdt-Christiansen, 2009).

L'absence de cadre structurant pour la transmission du français permet à l'anglais de s'installer progressivement comme langue de référence, d'abord dans les interactions enfantines, puis dans les échanges familiaux, notamment lorsque les parents eux-mêmes s'adaptent aux préférences linguistiques de leurs enfants (Paradis et al., 2011). Or, plusieurs études montrent que sans un effort de maintien actif, la langue minoritaire tend à être abandonnée au profit de la langue dominante (Fishman, 1991 ; De Houwer, 2007). Ainsi, même dans les familles qui ne formulent pas explicitement de règles linguistiques, une dynamique s'opère, souvent en faveur de l'anglais, ce qui illustre bien que l'absence d'une politique familiale ne signifie pas l'absence de conséquences linguistiques.

Dans le cadre du maintien des langues minoritaires au sein des familles en situation de contact de langues, la politique linguistique familiale (PLF) n'est pas toujours fixe ni cohérente dans le temps. Elle peut évoluer en fonction des dynamiques familiales, des contraintes externes, ou encore des expériences vécues par les parents et les enfants. Ainsi, même lorsque les parents adoptent initialement des idéologies favorables au bilinguisme et expriment des attitudes positives envers la transmission de la langue première, ces intentions ne se traduisent pas systématiquement en pratiques linguistiques constantes ou en une gestion linguistique efficace. Comme l'explique Curdt-Christiansen (2016), les incohérences dans la PLF peuvent résulter de divers facteurs internes et externes, rendant difficile le maintien actif de la langue minoritaire au sein du foyer.

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