WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

3.5. La famille et son rôle clé dans l'exposition à la langue : des enjeux cruciaux pour l'apprentissage

Aux E.A.U, l'anglais est omniprésent dans les interactions sociales, les médias et le système scolaire, et l'enfant est, dans son quotidien, beaucoup plus exposé à cette langue qu'au français. Il bénéficie d'un input plus diversifié et abondant que le français. La langue d'héritage, le français est entendue/pratiquée presque exclusivement dans le cadre familial, ce qui, selon la littérature existante la rend plus vulnérable. En effet, sans efforts délibérés pour maximiser l'exposition à la langue d'héritage, celle-ci risque de devenir une langue passive, voire d'être progressivement abandonnée ( Pearson,2008).

Certains chercheurs distinguent l'input, qui désigne les données linguistiques accessibles à l'apprenant, de l'exposition, qui renvoie au simple contact avec la langue sans garantie d'assimilation par l'enfant (Krashen, 1985); (Lightbown & Spada, 2006).

La distinction entre l'input, défini comme les données linguistiques accessibles et potentiellement assimilables par l'apprenant, et l'exposition, qui implique un simple contact avec la langue sans nécessairement aboutir à une acquisition, permet de mieux comprendre et analyser les défis auxquels fait face la langue d'héritage dans un contexte multilingue. Cependant, dans la littérature l'input et l'exposition sont souvent utilisés comme synonymes, leur définition exacte ainsi que leurs différences restent floues et divergent selon les chercheurs.

38

Pour De Houwer (2009), la notion générale d'input sert à désigner toute parole entendue, qu'elle soit adressée directement aux enfants ou reçue indirectement, intentionnellement ou non. Le terme « exposition » peut être utilisé pour référer plus précisément aux mesures de quantité de l'input.

La notion d'exposition couvre alors ce qui est mesurable et observable dans un contexte d'apprentissage particulier, tel que le discours adressé à l'enfant, alors que celle d'input concerne les constructions pertinentes pour la solution d'un problème particulier d'apprentissage (Carroll, 2017).

Pour S. Krashen (1982) : l'input linguistique est l'ensemble des données compréhensibles que l'apprenant reçoit, et c'est cet input qui est le principal moteur de l'acquisition d'une langue.

Il est largement accepté que l'exposition et l'input jouent un rôle essentiel dans le développement langagier (Brehmer & Kurbangulova, 2017 ; Schalley & Eisenchlas, 2022)

Que ce soit en milieu scolaire ou familial, l'exposition régulière à une langue permet aux enfants de développer leurs compétences linguistiques, notamment en vocabulaire, syntaxe, et phonologie. Cummins (2000) met en avant l'importance de cet input pour favoriser le transfert inter linguistique, un aspect clé du bilinguisme. De même, Genesee (2006) souligne que des environnements riches en input dans les deux langues renforcent la capacité des enfants à naviguer efficacement entre ces dernières.

La quantité d'input nécessaire pour le développement optimal des compétences linguistiques bilingues est un sujet débattu parmi les chercheurs. Selon Genesee, sur la base des travaux de Thordardottir et al. (2011), une exposition d'au moins 40 % à chaque langue est le seuil critique pour garantir un bon développement linguistique dans les deux langues. Cette estimation permet l'acquisition des compétences linguistiques sans qu'une langue ne devienne dominante au détriment de l'autre.

Toutefois, il ne s'agit pas seulement de la quantité d'input, mais surtout de sa qualité. D'autres études, comme celles de Hoff et Core (2013), soulignent que, même en cas d'exposition moindre, une qualité élevée de l'input peut compenser une quantité plus réduite, en particulier si l'input est diversifié et interactif. De la même façon, Paradis (2011) montre que l'interaction dans des contextes signifiants, où l'enfant est engagé dans des échanges réels et variés, favorise un meilleur développement linguistique que de simples expositions passives.

Les études récentes confirment que les enfants développent des compétences plus solides lorsqu'ils sont exposés à un langage riche, diversifié et contextuellement pertinent, même si le temps d'exposition est limité.

En effet, ce n'est pas simplement l'exposition à une langue qui détermine le niveau de compétence, mais surtout le type d'interactions auxquelles l'enfant participe. Des échanges riches et variés, par exemple, des conversations où l'enfant est encouragé à poser des questions, formuler des hypothèses ou résoudre des problèmes stimulent davantage le développement linguistique que des expositions passives, comme regarder la télévision.

39

La diversité lexicale, syntaxique et pragmatique de l'input permet aux enfants de mieux comprendre les subtilités des langues qu'ils apprennent. Ces éléments mettent en lumière l'importance de créer des environnements d'apprentissage où la langue est utilisée de manière significative et engageante (Paradis, 2011).

De Houwer (2009) évoque la « fréquence d'exposition linguistique » comme le facteur environnemental le plus important influençant probablement l'acquisition bilingue en termes de production orale. Sur la base de ses études, la chercheuse attribue les différences dans les divers domaines d'utilisation linguistique des enfants en ASLA (Acquisition précoce d'une seconde langue) principalement à l'âge d'exposition de l'enfant à la langue et à la durée pendant laquelle l'enfant entend la ou les langues. (Andritsou, 2022). En effet, un enfant exposé quotidiennement à un français riche et varié aura davantage de chances de maîtriser cette langue de manière complète.

Cependant, ces facteurs seuls ne suffisent pas. Pearson (2008) met en avant l'importance de la motivation de l'enfant à utiliser chaque langue. Cette motivation peut être influencée par les représentations familiales, le rôle affectif, ou encore la dynamique familiale, nous y reviendrons un peu plus tard dans ce mémoire.

La littérature démontre donc que la quantité, la fréquence et la qualité d input jouent un rôle essentiel dans l'appropriation d'une langue.

En conséquence, l'un des défis majeurs pour les familles francophones des E.A.U va être d'accroitre la quantité et la fréquence d'exposition/d'input dans un environnement essentiellement anglophone. Pour relever ce défi, ces familles mettent en place diverses stratégies de résistance visant à préserver l'usage du français malgré la prédominance de l'anglais dans leur environnement quotidien.

La notion de résistance linguistique fait référence aux pratiques et stratégies adoptées par des individus ou des groupes pour préserver leur langue et leur culture face à des pressions extérieures, souvent liées à la domination d'une langue majoritaire. Ces stratégies peuvent être conscientes (activisme, politiques familiales) ou inconscientes (pratiques quotidiennes, habitudes linguistiques). Comme le montrent les travaux de Guardado (2008) et de De Houwer (2009), la persistance des efforts familiaux et communautaires peut significativement retarder l'érosion linguistique.

Parmi les stratégies de résistance, la lecture en langue première semble être une stratégie de résistance efficace dans le cadre du maintien linguistique. Elle joue un rôle central en renforçant l'exposition à la langue minoritaire, en enrichissant le vocabulaire, et en créant un lien émotionnel et culturel avec la langue.

40

précédent sommaire suivant






La Quadrature du Net

Ligue des droits de l'homme