3.6. La lecture : un levier pour renforcer l'exposition
Parmi les stratégies de résistance, la lecture
semble être une stratégie de résistance efficace dans le
cadre du maintien linguistique. Elle joue un rôle central en
renforçant l'exposition à la langue minoritaire, en enrichissant
le vocabulaire, et en créant un lien émotionnel et culturel avec
la langue. La lecture est souvent une activité partagée,
notamment avec les jeunes enfants. Cela renforce le lien affectif autour de la
langue d'héritage et donne un sens émotionnel à son
apprentissage.
Les recherches existantes ont aussi largement mis en
évidence l'importance de la lecture dans l'acquisition d'une langue
(Krashen, 2004 ; Day, R. R., & Bamford, J. , 1998). Elle offre à
l'enfant une exposition à un vocabulaire varié, favorise la
consolidation des connaissances acquises et encourage le développement
de nouvelles compétences linguistiques.
La lecture extensive, particulièrement lorsqu'elle est
volontaire et motivée, est une source essentielle d'input linguistique
compréhensible, un facteur clé dans le développement des
compétences linguistique (Krashen, 2004).
La théorie de l'interdépendance linguistique
de J.Cummins (1979) éclaire notre compréhension de la `'bi
littératie», entendue comme la capacité à maitriser
la lecture et l'écriture dans les deux langues. Cette théorie
introduit le concept de Compétence cognitive sous-jacente commune
(Common Underlying Proficiency,), qui met en évidence la
manière dont les compétences et les connaissances
développées dans une langue peuvent transférer ou soutenir
l'acquisition d'une seconde langue. En effet, selon lui, les compétences
linguistiques telles que la compréhension de texte et la pensée
critique entre autres, sont transférables à une autre langue,
facilitant ainsi l'apprentissage bilingue.
Aussi, en ce qui concerne l'apprentissage de la lecture, nous
avons constaté que de nombreuses familles interrogées pour notre
étude déclarent avoir fait le choix d'attendre que l'enfant
maitrise la lecture en anglais pour commencer l'apprentissage de la lecture en
français, la proximité des deux langues permet en effet de
faciliter le transfert des compétences nécessaires.
Cependant, il semblerait que bien que la lecture autonome ait
des bénéfices indéniables, elle ne peut suffire à
accroitre les connaissances linguistiques de l'enfant. Par exemple, un enfant
s'il lit seul, lorsqu'il rencontre un mot inconnu aura tendance à
l'ignorer et à se contenter d'une compréhension globale de la
phrase ou du texte. Cette lecture apportera surement des
bénéfices (renforcement du lexique) mais elle ne suffira pas
à accroitre les connaissances de l'enfant en termes de connaissance
lexicale ou de vocabulaire. Une lecture accompagnée, où un adulte
guide l'enfant dans la compréhension des textes, semble souvent
essentielle. Ce soutien permet de surmonter les obstacles lexicaux, d'affiner,
de nuancer et la bonne compréhension permettra à l'enfant de
réutiliser le mot ou le concept nouveau dans un contexte
diffèrent.
Cette idée rejoint la théorie socio
constructiviste de Vygotsky, qui souligne l'importance de l'interaction sociale
dans le développement cognitif (étayage). Dans ce cadre, l'adulte
agit
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comme un médiateur, facilitant l'accès au sens
et renforçant les liens entre la langue et la pensée.
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