Conclusion
Cette méthodologie, combinant questionnaire et
entretiens semi-directifs permet d'obtenir une vision nuancée des
pratiques et perceptions des familles françaises face à la
préservation du français. L'analyse des données
collectées offrira une compréhension approfondie des
stratégies de résistance linguistique mises en place dans un
contexte de bilinguisme dominé par l'anglais.
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Partie 3 : Présentation de l'analyse des
resultats
Cette partie constitue l'aboutissement de notre étude,
dédiée à l'analyse approfondie des données
recueillies au sein des foyers francophones établis aux E.A.U. Nous nous
pencherons sur les pratiques linguistiques observées au sein de ces
familles, les stratégies d'apprentissage mises en place par les parents
pour promouvoir l'usage du français chez leurs enfants, ainsi que les
défis significatifs qu'ils rencontrent dans un environnement où
l'anglais prédomine.
L'objectif principal de cette analyse est de comprendre les
actions concrètes mises en place par ces familles pour transmettre et
maintenir le français comme langue première, ainsi que les
stratégies qu'elles adoptent pour résister à la pression
de l'anglais.
Nous explorerons en détail les résultats obtenus
pour nos entretiens et questionnaires, en mettant en lumière les
facteurs facilitants et les obstacles rencontrés par les familles
francophones.
Il convient toutefois de souligner que cette analyse offre une
photographie de la situation des familles à un moment donné, dans
un contexte d'expatriation en constante évolution. En effet, les
conditions de vie des expatriés peuvent être sujettes à des
changements rapides, qu'il s'agisse des opportunités professionnelles,
des choix de scolarisation ou encore des dynamiques linguistiques au sein des
foyers. Ces évolutions influencent directement les stratégies
mises en place par les familles pour maintenir le français et
résister à l'anglicisation de leur environnement quotidien.
Ainsi, les conclusions de cette étude doivent être
envisagées dans cette perspective de flexibilité et d'adaptation
propre à l'expatriation.
En effet, de nombreuses familles adaptent leur politique
linguistique au fil du temps en fonction par exemple de l'évolution de
leur enfant, notamment face aux difficultés qu'il peut rencontrer
à un niveau plus avancé dans le système britannique ou
également en fonction des perspectives d'avenir des parents, qu'il
s'agisse d'un projet de retour dans un pays francophone ou, au contraire, d'une
installation durable dans un environnement anglophone. Par ailleurs, nous avons
constaté que plusieurs enfants rejoignent le système scolaire
français sur le tard, pour des raisons que nous examinerons plus en
détail ultérieurement.
Chapitre 4 : Construire un foyer francophone à
l'étranger : profil et pratiques langagières des
familles
Afin d'examiner les stratégies familiales de maintien
du français des familles que nous avons interrogées, nous avons
privilégié une approche mixte pour l'analyse des données,
combinant des méthodes quantitatives et qualitatives. D'une part, les
questionnaires ont fait l'objet d'une analyse descriptive afin d'identifier les
tendances générales dans les réponses des parents.
Certaines corrélations ont également été
examinées, notamment entre la durée de résidence aux
E.A.U. et les difficultés perçues dans le maintien d'une
instruction formelle en français, ainsi que l'influence des
représentations familiales sur l'exigence linguistique des familles.
D'autre part, les entretiens ont été
analysés selon une approche thématique. Les réponses des
parents ont été classées en grands thèmes,
permettant d'identifier les discours dominants, le rapport à la langue
française et les stratégies mises en place dans le cadre
familial.
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4.1Portrait des familles
4.1.1. Familles ayant répondu au questionnaire
Avant d'analyser les réponses recueillies, il est
important de préciser le profil des familles ayant participé
à l'étude, ainsi que les facteurs ayant influencé le taux
de participation au questionnaire.
Le regroupement des questionnaires et des entretiens dans une
même section se justifie par la complémentarité des
données obtenues. Les questionnaires fournissent des résultats
quantitatifs permettant d'identifier les tendances générales et
les perceptions majoritaires des familles quant au maintien du français.
Toutefois, les entretiens, bien que plus approfondis, n'ont pas apporté
d'informations véritablement nouvelles par rapport aux réponses
recueillies par le questionnaire. Ainsi, plutôt que de leur consacrer une
section distincte, nous avons intégré les témoignages des
entretiens dans l'analyse des résultats quantitatifs, afin d'illustrer
et de nuancer certaines tendances observées. Cette approche permet
d'offrir une vision plus cohérente et synthétique des pratiques
linguistiques familiales, tout en évitant des répétitions
dans l'interprétation des données.
Mon questionnaire a reçu 26 réponses, ce qui
peut paraitre relativement peu mais qui peut s'expliquer par le fait que la
majorité des familles françaises résidant aux E.A.U
choisissent d'inscrire leurs enfants dans le système éducatif
français. Avec huit établissements homologués
répartis entre Abu Dhabi et Dubaï, ces familles disposent d'un
large choix pour maintenir la scolarisation en français.
Choisir le système éducatif français
offre une stabilité précieuse pour les familles
expatriées, notamment celles qui sont amenées à changer
fréquemment de pays. En effet, les établissements français
à l'étranger suivent des programmes homogènes,
garantissant une continuité de l'enseignement, quel que soit le pays de
résidence. Ce réseau, piloté par l'Agence pour
l'Enseignement Français à l'Étranger (AEFE), permet aux
enfants de bénéficier d'une éducation alignée avec
le système scolaire français, facilitant ainsi les transitions
d'un pays à l'autre. Cette stabilité est particulièrement
bénéfique pour les familles qui, en raison de leur
mobilité, cherchent à maintenir un cadre éducatif
relativement stable pour leurs enfants.
Cette situation réduit le nombre de foyers
concernés par la problématique du maintien du français
dans un environnement scolaire anglophone, ce qui a limité la
participation au sondage.
Dans le cadre de cette recherche, il était essentiel
d'examiner la durée de résidence des familles francophones aux
Émirats arabes unis afin d'évaluer son impact sur le maintien du
français au sein du foyer. Les résultats du questionnaire
montrent une diversité de profils : 35,3 % des répondants
résident aux E.A.U depuis 1 à 3 ans, tandis que 23,5 % y vivent
depuis 4 à 6 ans. La proportion la plus importante (41,2 %) est
constituée de familles installées depuis plus de six ans, ce qui
suggère une certaine stabilité pour une partie des
répondants. Ces tendances démographiques s'inscrivent dans le
contexte plus large du boom économique des E.A.U et de leur politique
d'ouverture, qui ont favorisé l'arrivée de nombreux
expatriés ces dernières décennies. Nous allons tenter
d'explorer dans quelle mesure la durée de résidence influence les
pratiques linguistiques familiales : les familles nouvellement arrivées
peuvent être plus enclines à mettre en place des stratégies
explicites de maintien du français, tandis que les résidents de
longue durée doivent faire face aux défis de l'anglicisation
progressive des enfants scolarisés en milieu international.
Les résultats du questionnaire montrent que la
majorité des familles interrogées ont un enfant (41,2 %) ou deux
enfants (23,5 %), tandis que 29,4 % en ont trois et 5,9 % en ont quatre. Cette
répartition est cohérente avec les tendances observées
chez les expatriés aux Émirats arabes unis, où le
coût
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de la vie et les frais de scolarité influencent souvent
la taille des familles. Ces données sont importantes pour analyser les
dynamiques linguistiques au sein des foyers, notamment en ce qui concerne la
transmission du français entre frères et soeurs.
Les âges des enfants des familles interrogées
sont très variés, allant de 5 à 16 ans, sans
prédominance d'une tranche d'âge spécifique. On note
cependant que l'âge de 7 ans est le plus représenté (11,8
%). Cette diversité d'âges permet d'examiner l'influence de la
scolarisation et de l'exposition à l'anglais sur le maintien du
français, notamment en fonction des cycles scolaires et de
l'intensité des interactions en français au sein du foyer.
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