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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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4.1.2.Profil des familles ayant participé à l'entretien

Les entretiens ont été menés auprès de cinq familles francophones installées aux E.A.U depuis plus de six ans. Ce critère a été retenu afin d'avoir un recul suffisant sur l'évolution des pratiques linguistiques au sein du foyer. Les familles présentent des profils variés en termes de nombre d'enfants, de types de scolarisation et de stratégies mises en place pour maintenir le français. Les deux parents sont francophones.

Le tableau suivant synthétise leurs caractéristiques :

Durée de résidence

Famille aux EAU Nombre d'enfants Type d'école Langues parlées à la maison

Famille 1

10 ans

3

Britannique

Français avec mélange fréquent d'anglais

Famille 2

6 ans

2

Américaine

Français exclusivement avec les parents, anglais dominant ailleurs

Famille 3

12 ans

2

Britannique

Mélange frequent français-anglais

Famille 4

7 ans

1

Americaine

Français avec correction systématique, anglais
en dehors du cadre parental

Famille 5

9 ans

3

Americaine

Français avec les parents, mais anglais dominant entre frères et soeurs

Figure 1 : profil des familles ayant participé à l'entretien 4.1.3. Motivations du choix d'expatriation

Comme nous l'avons vu précédemment, la décision d'expatriation vers les E.A.U est devenue une option de plus en plus prisée par les Français ces dernières années. Cette section explorera les motivations qui incitent les familles françaises à choisir l'expatriation. Comprendre ces motivations est important pour éclairer la manière dont les familles abordent la préservation de la langue française au sein de leur foyer.

Les motivations qui poussent les familles à s'expatrier sont variées. Le graphique ci-dessous présente les principales raisons déclarées par les participants au questionnaire.

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Figure 2 - Raisons ayant motivé l'expatriation aux Émirats arabes unis

Tout d'abord, l'expatriation semble être avant tout un choix pragmatique. En effet, les opportunités professionnelles constituent la principale motivation, mentionnée par 78,6 % des enquêtés. Cette donnée suggère que l'installation aux E.A.U répond principalement à des impératifs de carrière, ce qui pourrait influencer le mode de vie des familles expatriées. En effet, les journées et les semaines de travail y sont souvent plus longues et plus denses qu'en France, avec un rythme professionnel soutenu. Cette intensité peut limiter le temps disponible pour les activités familiales et réduire les occasions de s'engager dans des pratiques culturelles et linguistiques spécifiques, telles que la transmission du français au sein du foyer. La recherche d'une meilleure qualité de vie est également un facteur important (50 %), traduisant une aspiration à un cadre de vie plus favorable, sans pour autant être la motivation première.

Par ailleurs, un autre élément marquant est la prévalence des motivations liées à des conditions jugées défavorables en France. Ainsi, 57,1 % des répondants déclarent s'être expatriés pour fuir le climat économique, social et politique, tandis que 57,1 % évoquent l'échappatoire à une situation de discrimination. Il est intéressant de noter que ce type de migration peut influencer le rapport à la langue et à l'identité : certaines familles pourraient renforcer la transmission du français comme un ancrage identitaire, tandis que d'autres pourraient être davantage tournées vers l'intégration dans un environnement anglophone perçu comme plus porteur d'opportunités. Il ressort en effet de notre enquête et de nos entretiens qu'une grande majorité des répondants sont des Français « d'origine étrangère ».

Les motivations liées à des conditions défavorables en France, notamment un climat économique, social ou politique particulier, ainsi que des situations de discrimination, jouent un rôle significatif dans la décision d'expatriation de nombreux musulmans français. Des chercheurs ont étudié ce phénomène, mettant en lumière une émigration parfois contrainte plutôt que volontaire.

Le sociologue Olivier Esteves, dans cet ouvrage coécrit La France, tu l'aimes mais tu la quittes, souligne que l'islamophobie ambiante en France pousse certains musulmans, notamment les plus diplômés, à envisager l'expatriation vers des pays comme le Royaume-Uni, les Émirats Arabes Unis ou le Canada. Esteves observe que beaucoup de ces individus, malgré leur haut niveau de qualification, se sentent constamment renvoyés à leurs origines et se sentent la cible de discours de méfiance voire de rejet dans l'espace médiatique et public français.

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De même, un article d'Arab News en 2024 rapporte que cette atmosphère d'islamophobie conduit à une « fuite des cerveaux », où des professionnels musulmans quittent la France pour des pays perçus comme plus accueillants. Esteves affirme que de plus en plus de musulmans français ne se sentent plus chez eux en France, ce qui les incite à chercher des opportunités ailleurs.

Ainsi, les motivations d'expatriation, qu'elles soient liées à des discriminations ou à la recherche d'un meilleur climat socio-économique, vont jouer un rôle crucial dans les choix linguistiques et identitaires des familles françaises à l'étranger.

D'autres motivations apparaissent plus secondaires. Par exemple, seulement 17,9 % des répondants citent l'environnement scolaire et éducatif comme un facteur déterminant de leur expatriation. Cette donnée suggère que, bien que l'éducation puisse jouer un rôle dans les décisions familiales, elle n'est pas un moteur principal d'installation aux E.A.U. De même, l'envie de découvrir de nouvelles cultures (7,1 %) et le rapprochement familial (3,6 %) sont des motivations très marginales, ce qui tend à confirmer une expatriation avant tout utilitaire et non culturelle ou affective. Enfin, l'expérience temporaire liée à une affectation professionnelle est mentionnée par 10,7 % des répondants, ce qui souligne que certains expatriés n'envisagent pas une installation durable, ce qui pourrait influencer aussi, dans une certaine mesure, leur investissement dans la transmission du français à leurs enfants.

Ces résultats permettent de mieux comprendre le profil des familles expatriées aux E.A.U. et les enjeux qui entourent le maintien du français dans ce contexte. Ce graphique apporte ainsi un éclairage utile sur la manière dont les motivations d'expatriation influencent potentiellement les stratégies linguistiques des familles francophones aux Émirats arabes unis.

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