4.2.2. Mélange des langues dans le cadre
familial
L'influence du contexte scolaire et social est un
élément crucial : les enfants scolarisés dans des
écoles internationales anglophones sont exposés quotidiennement
à l'anglais, ce qui peut favoriser une transition progressive vers cette
langue dans les échanges familiaux, d'autant plus que les parents, eux
aussi immergés dans un environnement anglophone au travail, commencent
souvent à intégrer des mots anglais dans leur discours
quotidien.
Ainsi, les familles où le français est «
parfois » ou « rarement » utilisé pourraient être
celles où les enfants, bien que comprenant le français,
préfèrent répondre en anglais ou qui ont recours au
code-
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mixing. Le code-mixing, ou mélange de codes, se
réfère à l'utilisation simultanée de deux langues
ou plus dans un même énoncé ou conversation. C'est un
phénomène linguistique courant dans les contextes multilingues,
comme celui décrit où les enfants sont exposés à
plusieurs langues, telles que le français à la maison et
l'anglais à l'école.
Les chercheurs notent que le code-mixing peut survenir pour
plusieurs raisons et dans divers contextes, par exemple les enfants bilingues
peuvent utiliser le code-mixing pour s'exprimer plus facilement lorsque
certains mots ou concepts leur viennent plus naturellement dans une langue
spécifique s'il est plus familier avec le terme dans l'autre langue(
Grosjean : 1982,2010). Aussi, dans un environnement où l'anglais est
dominant à l'école, les enfants peuvent préférer
répondre en anglais à la maison pour des raisons de
commodité ou d'habitude acquise à l'école, sachant que de
toutes façons ils seront compris par leur interlocuteur.
En résumé, le code-mixing est une
stratégie adaptative utilisée par les enfants exposés
à plusieurs langues, souvent influencée par le contexte
linguistique dominant dans leur environnement scolaire et social. Cela
reflète leur flexibilité linguistique et leur manière de
naviguer entre différentes langues selon les besoins et les normes
sociales perçues. Le recours fréquent au code-mixing chez les
enfants, notamment dans les échanges entre frères et soeurs,
illustre la dimension dynamique du bilinguisme décrite par De Houwer
(2009) .
Pour évaluer la fréquence avec laquelle ces
enfants mélangent les langues, nous avons sollicité l'avis des
parents sur cette question :

10.3%
6.9%
Figure 4 : Le mélange des langues au sein du
foyer
Une large majorité des parents interrogés (58,6
% + 24,1 %, soit 82,7 %) déclarent que leurs enfants mélangent
très souvent ou souvent les langues dans leurs conversations
quotidiennes. Ce constat met en évidence une forte tendance au
bilinguisme actif, où l'alternance entre les langues est une pratique
courante et spontanée chez ces enfants.
Une minorité qui observe un mélange moins
fréquent : environ 10.3% des parents indiquent que leurs enfants
mélangent parfois les langues, tandis que 6.9 % affirment que cela se
produit rarement. Bien que cette proportion soit plus faible, elle
révèle que tous les enfants ne développent pas
nécessairement les mêmes habitudes linguistiques.
Nous pouvons remarquer une absence de réponse «
jamais » : aucun parent n'a déclaré que son enfant ne
mélange jamais les langues. Cette absence souligne que le bilinguisme
chez ces enfants s'accompagne systématiquement d'un certain degré
d'alternance codique. Cela confirme que, dans
un environnement multilingue, le passage d'une langue à
l'autre est une stratégie linguistique naturelle, plutôt qu'une
exception.
En effet, en fréquentant une école où
l'anglais domine, ils développent des habitudes langagières
qu'ils reproduisent naturellement dans leurs échanges quotidiens. Enfin,
certains parents ont souligné que ce mélange des langues entre
enfants (fratrie, amis...) était parfois plus marqué que dans
leurs échanges avec les adultes. Cela suggère que le code-mixing
ne résulte pas nécessairement d'un manque de compétence
dans une langue, mais plutôt d'une habitude de communication propre aux
jeunes bilingues, qui jonglent avec leurs langues en fonction du contexte et de
l'interlocuteur.
Plutôt que de considérer le mélange des
langues comme un obstacle, il peut être perçu comme
un signe de flexibilité et d'aisance linguistique.
Les familles interrogées lors des entretiens ont en
grande majorité confirmé cette tendance, en précisant que
le mélange des langues était particulièrement
fréquent entre frères et soeurs. Plusieurs parents ont
observé que leurs enfants alternaient spontanément entre le
français et l'anglais au sein de la fratrie, souvent sans même
s'en rendre compte. Nous aborderons ce point en détails dans la section
suivante : la fratrie.
Nous avons remarqué cette même tendance chez
quatre des familles interrogées lors des entretiens.
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