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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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4.2.3 Répartition des langues dans le foyer

Cette section explore les pratiques langagières des familles interrogées. Dans un premier temps, nous nous sommes intéressés aux langues utilisées au sein du foyer, d'abord par la mère, puis par le père :

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Figure 4 : Les langues au sein du foyer avec la mère Figure 5 : avec le père

L'analyse des données issues du questionnaire met en évidence des différences notables dans l'usage des langues parlées à la maison en fonction du parent. Cette situation reflète des tendances souvent observées dans les contextes d'immigration ou d'expatriation, où les stratégies de transmission linguistique varient en fonction des membres de la %fa7 m% ille.

6%

Notre questionnaire met en évidence une utilisation du français plus importante chez la mère. En effet, les résultats montrent que 89,3 % des familles déclarent que la mère parle exclusivement français avec son/ses enfant(s). Ce phénomène s'inscrit dans une tendance déjà documentée dans la littérature sur le maintien des langues minoritaires. Plusieurs études, notamment celles de Guardado (2002, 2018) et De Houwer (2007), ont souligné le rôle prépondérant des mères dans la transmission de la langue familiale. Ce constat a été observé dans divers contextes, notamment chez

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les familles hispanophones aux États-Unis ou les communautés turques en Allemagne, où la mère agit souvent comme un rempart face à l'érosion linguistique causée par l'environnement linguistique de la société extérieure.

Néanmoins, une minorité des familles (2 familles seulement) déclare utiliser l'anglais avec la mère, un chiffre qui témoigne de l'influence de la langue dominante sur certaines familles. Cette situation pourrait s'expliquer par plusieurs facteurs, notamment un choix stratégique des parents visant à renforcer la compétence de l'enfant en anglais, pour une meilleure intégration dans l'environnement anglophone, ou encore une plus grande facilité pour la mère à s'exprimer en anglais en raison de son propre parcours linguistique. J'ai d'ailleurs rencontré l'une de ces deux familles, où les deux parents, pourtant francophones et ayant un niveau moyen en anglais, ont tout de même décidé de ne parler qu'en anglais à leur fils de 4 ans, estimant que le français n'était pas nécessaire. Ils l'ont scolarisé dès son plus jeune âge dans une garderie anglophone, ce qui soulève la question de l'impact à long terme sur la communication familiale. Bien que ce cas reste marginal, il illustre une réalité qui existe.

Contrairement aux interactions avec la mère, celles avec le père sont plus variées. Si le français demeure la langue principale (64,3 %), il est moins exclusif, et d'autres langues sont introduites dans les échanges.

L'arabe apparaît comme une langue importante, seule ou en combinaison avec le français, représentant environ 21,5 % des réponses. L'introduction de l'arabe dans les interactions père-enfant pourrait également s'expliquer par un attachement identitaire plus fort du côté paternel, ou encore par des stratégies éducatives visant à assurer un bilinguisme fonctionnel. En effet, comme nous l'avions évoqué précédemment, de nombreuses familles interrogées sont issues de l'immigration maghrébine, un facteur qui pourrait avoir influencé leur choix des E.A.U comme destination d'expatriation plutôt que des pays comme le Canada ou le Royaume-Uni. En tant que pays arabe, les E.A.U offrent un environnement où la langue arabe, bien que fragilisée par l'anglais, reste présente à l'école et dans l'administration, ce qui peut représenter une opportunité pour ces familles de maintenir un lien avec cette langue et de la transmettre à leurs enfants. Il est clair que l'arabe possède une dimension religieuse. Plusieurs études ont montré que les familles musulmanes, quelles que soit leurs origines attachent souvent une importance particulière à la transmission de l'arabe non seulement pour des raisons identitaires, mais surtout pour des considérations spirituelles (Suleiman, 2013). Ainsi, au-delà des stratégies de préservation du français, le maintien de l'arabe apparaît également comme un enjeu pour certaines familles francophones installées aux Émirats.

L'anglais, quant à lui, est utilisé uniquement avec le père dans 7,1 % des cas. L'opposition entre une transmission linguistique plus forte du français chez la mère et une diversité plus marquée chez le père rappelle des tendances observées dans d'autres contextes multilingues. Ces comparaisons permettent d'affirmer que la situation observée dans les familles francophones aux E.A.U s'inscrit dans une dynamique globale où la mère agit souvent comme un vecteur central de transmission linguistique, tandis que le père introduit une plus grande flexibilité dans les pratiques langagières. Toutefois, un élément distinctif dans ce contexte est l'importance de l'arabe dans les interactions avec le père, ce qui témoigne d'une dynamique de transmission trilingue, moins fréquente dans d'autres études portant sur des situations de bilinguisme dominant.

Les entretiens nous apportent un éclairage supplémentaire sur ce phénomène puisque deux des familles interrogées déclarent que le père mélange parfois le français avec des mots de dialecte

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marocain ou algérien. ll s'agit davantage de l'insertion ponctuelle de termes isolés dans une phrase en français que de véritables échanges en arabe dialectal.

Selon les travaux de Fishman (1991) sur le passage intergénérationnel des langues, le maintien d'une langue minoritaire dans un environnement dominé par une autre langue repose sur des pratiques rigoureuses de transmission, ce qui semble ici être davantage le rôle de la mère. En effet, l'asymétrie observée dans la répartition des langues selon le parent - avec une transmission plus exclusive du français par la mère, s'inscrit dans les résultats des recherches de De Houwer (2007) sur le rôle central des mères dans le maintien de la langue familiale en contexte minoritaire.

En conclusion l'analyse des langues parlées à la maison avec les parents met en évidence des stratégies familiales différenciées dans la transmission du français. Alors que la mère apparaît comme le principal agent de maintien du français, le père joue un rôle plus diversifié en intégrant l'arabe et, dans une moindre mesure, l'anglais. Cette situation illustre une tendance déjà observée dans d'autres contextes multilingues, où la mère est souvent la gardienne de la langue d'origine. Toutefois, la spécificité du contexte émirien réside dans la cohabitation de trois langues (français, arabe et anglais), ce qui complexifie encore davantage la dynamique familiale et le développement linguistique des enfants.

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