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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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1.3. Les représentations familiales

Dans notre cadre théorique, nous avons mis en évidence l'importance des représentations familiales dans le processus de transmission linguistique d'après les recherches existantes sur le sujet. Les perceptions qu'ont les parents de la langue première, de son utilité et de son statut dans leur environnement influencent directement les stratégies qu'ils adoptent pour en assurer le maintien au sein du foyer. Ces représentations jouent un rôle central dans la continuité intergénérationnelle, en orientant les pratiques langagières et les choix éducatifs. Afin d'examiner comment ces dynamiques se manifestent concrètement parmi les familles francophones des E.A.U, nous présentons ici les résultats des questionnaires et entretiens menés auprès des parents, qui permettent d'analyser leurs attitudes et motivations face à la transmission du français à leurs enfants.

1.3.1. Les représentations parentales sur la langue familiale

Le graphique suivant met en évidence la diversité des opinions des familles quant à l'importance du français pour l'avenir de leurs enfants. Il révèle un équilibre entre l'attachement à l'identité, les considérations scolaires et une approche pragmatique face à la prédominance de l'anglais.

Figure 8 : Le français et l'avenir

Les résultats montrent une diversité d'opinions quant au rôle du français, oscillant entre une forte valorisation culturelle et une perception plus utilitaire ou secondaire face à l'anglais.

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Le premier constat est que 37,9 % des parents considèrent le français comme : très important pour l'identité et la culture de leur enfant. Cette proportion élevée témoigne d'un attachement à la langue, non seulement en tant qu'outil de communication, mais aussi comme un élément clé de transmission culturelle et identitaire. Les entretiens avec les familles révèlent que l'attachement au français dépasse souvent la simple transmission linguistique : il s'inscrit dans une volonté plus large de préserver un lien identitaire fort avec les origines familiales. Pour de nombreux parents, le français est essentiel pour entretenir le lien avec la famille élargie, notamment les grands-parents restés dans le pays d'origine, et permet aux enfants de maintenir des relations affectives et culturelles avec leur héritage francophone. Certains évoquent également le rôle du français dans la transmission des valeurs et des traditions familiales, qu'il s'agisse des références littéraires, des habitudes de communication ou des pratiques éducatives.

Par contre, seulement 13,8 % des parents estiment que le français est important pour les opportunités académiques et professionnelles de leurs enfants. Ce chiffre relativement bas s'explique par le fait que l'anglais est la langue dominante des études supérieures et du monde du travail, notamment dans un contexte international comme celui des Émirats. La faible proportion de parents ayant choisi cette réponse confirme que, dans la hiérarchie des langues d'avenir, l'anglais l'emporte largement en tant que langue des opportunités économiques et professionnelles. Cela pourrait expliquer pourquoi certains parents sont moins stricts quant à l'apprentissage formel du français, considérant qu'il ne constitue pas un réel atout professionnel.

Une autre tendance intéressante ressort des données : 31% des parents estiment que le français est : assez important, mais pas essentiel. Cette réponse traduit une position intermédiaire : ces parents reconnaissent l'intérêt de la langue, mais sans pour autant la considérer comme indispensable dans le parcours de leur enfant. Il est probable que dans ces familles, le français soit maintenu dans certaines pratiques du quotidien (conversation en famille, culture, voyages) mais sans un engagement strict à assurer une instruction formelle approfondie. L'apprentissage du français peut alors être perçu comme un avantage culturel, sans pour autant nécessiter un investissement aussi poussé que l'anglais.

Enfin, 17,2% des répondants jugent que : le français n'est pas très important, l'anglais est suffisant. Cette donnée révèle que près d'un parent sur cinq ne considère pas le maintien du français comme une priorité pour l'avenir de son enfant. Ces familles ont sans doute fait le choix de s'adapter pleinement à l'environnement anglophone des E.A.U et de privilégier l'intégration académique et sociale par l'anglais. Cette tendance semble être particulièrement marquée dans les familles où l'anglais est devenu quasiment la langue dominante à la maison, notamment ceux chez qui les fratries qui interagissent en anglais au quotidien.

Les choix en matière d'études supérieures jouent un rôle important dans la hiérarchisation des langues par les familles. De nombreuses familles aux Émirats envisagent des études supérieures au Royaume-Uni ou au Canada, ce qui peut expliquer pourquoi elles ne placent pas le français au centre de leurs priorités académiques. L'anglais, perçu comme la langue dominante dans l'enseignement supérieur et le monde professionnel, tend alors à s'imposer dans les stratégies éducatives des parents.

Les entretiens révèlent également des inquiétudes et des incertitudes quant aux choix de scolarisation universitaire, en particulier chez les familles installées depuis longtemps aux Émirats. Pour ces parents, l'idée d'envoyer leur enfant étudier en France suscite une certaine appréhension. Ayant eux-mêmes quitté ce pays pour diverses raisons, ils craignent de le voir y retourner, redoutant un climat social et économique qu'ils avaient souhaité fuir. À l'inverse, envisager un départ vers des

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destinations anglophones, comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, soulève d'autres préoccupations : l'éloignement géographique plus important et l'inconnu que représente un pays qu'ils ne connaissent pas bien.

Les entretiens montrent clairement que l'avenir académique des enfants et le choix du pays d'études supérieures sont largement influencés par le climat social en France. Toutes les familles interrogées ont abordé ce sujet, exprimant des préoccupations quant aux conditions d'accueil, aux perspectives professionnelles et au cadre de vie en France. Malgré l'attachement à la langue française, ces inquiétudes peuvent favoriser une orientation vers des études dans des pays anglophones, renforçant ainsi le poids de l'anglais dans les choix stratégiques langagiers des familles. Cette situation montre comment des facteurs comme la situation sociale et politique peuvent influencer la transmission de la langue première à la maison.

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