1.3. Les représentations familiales
Dans notre cadre théorique, nous avons mis en
évidence l'importance des représentations familiales dans le
processus de transmission linguistique d'après les recherches existantes
sur le sujet. Les perceptions qu'ont les parents de la langue première,
de son utilité et de son statut dans leur environnement influencent
directement les stratégies qu'ils adoptent pour en assurer le maintien
au sein du foyer. Ces représentations jouent un rôle central dans
la continuité intergénérationnelle, en orientant les
pratiques langagières et les choix éducatifs. Afin d'examiner
comment ces dynamiques se manifestent concrètement parmi les familles
francophones des E.A.U, nous présentons ici les résultats des
questionnaires et entretiens menés auprès des parents, qui
permettent d'analyser leurs attitudes et motivations face à la
transmission du français à leurs enfants.
1.3.1. Les représentations parentales sur la langue
familiale
Le graphique suivant met en évidence la
diversité des opinions des familles quant à l'importance du
français pour l'avenir de leurs enfants. Il révèle un
équilibre entre l'attachement à l'identité, les
considérations scolaires et une approche pragmatique face à la
prédominance de l'anglais.

Figure 8 : Le français et l'avenir
Les résultats montrent une diversité d'opinions
quant au rôle du français, oscillant entre une forte valorisation
culturelle et une perception plus utilitaire ou secondaire face à
l'anglais.
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Le premier constat est que 37,9 % des parents
considèrent le français comme : très important pour
l'identité et la culture de leur enfant. Cette proportion
élevée témoigne d'un attachement à la langue, non
seulement en tant qu'outil de communication, mais aussi comme un
élément clé de transmission culturelle et identitaire. Les
entretiens avec les familles révèlent que l'attachement au
français dépasse souvent la simple transmission linguistique : il
s'inscrit dans une volonté plus large de préserver un lien
identitaire fort avec les origines familiales. Pour de nombreux parents, le
français est essentiel pour entretenir le lien avec la famille
élargie, notamment les grands-parents restés dans le pays
d'origine, et permet aux enfants de maintenir des relations affectives et
culturelles avec leur héritage francophone. Certains évoquent
également le rôle du français dans la transmission des
valeurs et des traditions familiales, qu'il s'agisse des
références littéraires, des habitudes de communication ou
des pratiques éducatives.
Par contre, seulement 13,8 % des parents estiment que le
français est important pour les opportunités académiques
et professionnelles de leurs enfants. Ce chiffre relativement bas s'explique
par le fait que l'anglais est la langue dominante des études
supérieures et du monde du travail, notamment dans un contexte
international comme celui des Émirats. La faible proportion de parents
ayant choisi cette réponse confirme que, dans la hiérarchie des
langues d'avenir, l'anglais l'emporte largement en tant que langue des
opportunités économiques et professionnelles. Cela pourrait
expliquer pourquoi certains parents sont moins stricts quant à
l'apprentissage formel du français, considérant qu'il ne
constitue pas un réel atout professionnel.
Une autre tendance intéressante ressort des
données : 31% des parents estiment que le français est :
assez important, mais pas essentiel. Cette réponse traduit une
position intermédiaire : ces parents reconnaissent
l'intérêt de la langue, mais sans pour autant la considérer
comme indispensable dans le parcours de leur enfant. Il est probable que dans
ces familles, le français soit maintenu dans certaines pratiques du
quotidien (conversation en famille, culture, voyages) mais sans un engagement
strict à assurer une instruction formelle approfondie. L'apprentissage
du français peut alors être perçu comme un avantage
culturel, sans pour autant nécessiter un investissement aussi
poussé que l'anglais.
Enfin, 17,2% des répondants jugent que : le
français n'est pas très important, l'anglais est suffisant.
Cette donnée révèle que près d'un parent sur
cinq ne considère pas le maintien du français comme une
priorité pour l'avenir de son enfant. Ces familles ont sans doute fait
le choix de s'adapter pleinement à l'environnement anglophone des E.A.U
et de privilégier l'intégration académique et sociale par
l'anglais. Cette tendance semble être particulièrement
marquée dans les familles où l'anglais est devenu quasiment la
langue dominante à la maison, notamment ceux chez qui les fratries qui
interagissent en anglais au quotidien.
Les choix en matière d'études supérieures
jouent un rôle important dans la hiérarchisation des langues par
les familles. De nombreuses familles aux Émirats envisagent des
études supérieures au Royaume-Uni ou au Canada, ce qui peut
expliquer pourquoi elles ne placent pas le français au centre de leurs
priorités académiques. L'anglais, perçu comme la langue
dominante dans l'enseignement supérieur et le monde professionnel, tend
alors à s'imposer dans les stratégies éducatives des
parents.
Les entretiens révèlent également des
inquiétudes et des incertitudes quant aux choix de scolarisation
universitaire, en particulier chez les familles installées depuis
longtemps aux Émirats. Pour ces parents, l'idée d'envoyer leur
enfant étudier en France suscite une certaine appréhension. Ayant
eux-mêmes quitté ce pays pour diverses raisons, ils craignent de
le voir y retourner, redoutant un climat social et économique qu'ils
avaient souhaité fuir. À l'inverse, envisager un départ
vers des
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destinations anglophones, comme le Royaume-Uni ou les
États-Unis, soulève d'autres préoccupations :
l'éloignement géographique plus important et l'inconnu que
représente un pays qu'ils ne connaissent pas bien.
Les entretiens montrent clairement que l'avenir
académique des enfants et le choix du pays d'études
supérieures sont largement influencés par le climat social en
France. Toutes les familles interrogées ont abordé ce sujet,
exprimant des préoccupations quant aux conditions d'accueil, aux
perspectives professionnelles et au cadre de vie en France. Malgré
l'attachement à la langue française, ces inquiétudes
peuvent favoriser une orientation vers des études dans des pays
anglophones, renforçant ainsi le poids de l'anglais dans les choix
stratégiques langagiers des familles. Cette situation montre comment des
facteurs comme la situation sociale et politique peuvent influencer la
transmission de la langue première à la maison.
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