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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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Chapitre 6 : Entre idéal et réalité : les défis du maintien de la langue en contexte d'expatriation

3.1 Le défi du maintien linguistique dans la durée ..................................................................................73 3.2. Le maintien linguistique à l'épreuve des contraintes du quotidien ..................................................................................74 3.3. La charge mentale liée à la transmission linguistique ..................................................................................75 3.4. L'enfant au coeur du processus ..................................................................................76 3.5. Quel avenir pour le français chez ces enfants expatries aux E.A.U? ..................................................................................77 Conclusion générale ..................................................................................79 Bibliographie ..................................................................................80 Annexe 1.............................................................................................................................................83 Annexe 2.............................................................................................................................................88 Annexe 3.............................................................................................................................................89

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Introduction :

Mon intérêt pour ce sujet a d'abord été éveillé par l'observation de la situation de la langue arabe aux Émirats Arabes Unis (E.A.U), confrontée à un déclin progressif face à la domination de l'anglais, en particulier dans les milieux éducatifs et professionnels et les efforts déployés par le gouvernement émirien pour le maintien de la langue arabe. Cette situation m'a amenée à m'interroger sur le maintien d'autres langues dans un contexte similaire. En effet, le maintien de la langue première est une question fréquemment abordée parmi les expatriés, que ce soit pour l'espagnol, le russe, ou d'autres langues. Ainsi, cela m'a conduite à me demander comment le français, dans cet environnement multilingue, parvient à se maintenir parmi les enfants scolarisés dans les écoles internationales. Cette question de la transmission linguistique est au coeur de ma réflexion et de cette recherche.

De plus, en tant que francophone vivant aux E.A.U et mère d'enfants scolarisés dans un système international anglophone, j'ai rapidement été confrontée à une question essentielle : comment préserver et transmettre la langue française dans un environnement où l'anglais est omniprésent, aussi bien à l'école que dans la vie quotidienne ?

Au fil du temps et des rencontres, cette question est devenue une véritable préoccupation. J'ai échangé avec de nombreuses familles francophones dont les enfants, bien que issus de foyers francophones, s'expriment majoritairement, voire exclusivement, en anglais. Ce constat a renforcé mon intérêt pour les dynamiques de transmission linguistique et les défis auxquels ces familles sont confrontées.

Pour beaucoup de parents, maintenir le français dans un environnement largement dominé par l'anglais représente un effort constant, parfois vécu comme une lutte. Entre la nécessité de rappeler sans cesse aux enfants de parler en français, l'organisation d'activités pour renforcer leur exposition à la langue et la peur qu'ils finissent par s'éloigner de leur héritage linguistique, cette transmission devient une responsabilité qui s'ajoute à la charge mentale quotidienne. Cette pression, bien que portée par l'amour de la langue et le désir de la transmettre, peut parfois engendrer du stress et une forme de lassitude.

À travers ce mémoire, mon objectif est d'explorer les stratégies mises en place par ces familles pour maintenir le français au sein du foyer, d'analyser leurs motivations, leurs difficultés et leurs réussites. Je souhaite apporter une réflexion sur le maintien du français en contexte d'expatriation et, plus largement, sur la cohabitation des langues dans un monde de plus en plus globalisé.

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Contexte général et situation linguistique aux Émirats arabes unis

Le paysage linguistique des Émirats arabes unis (E.A.U) est, il me semble, unique au monde. La population est composée de plus de 80% d'expatriés venus du monde entier. La population locale, les arabes émiratis, représente moins de 12 % des résidents, les autres étant des expatriés originaires des quatre continents. Les plus grandes communautés expatriées proviennent du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh) et des Philippines, suivies par des populations provenant d'autres pays arabes (Égypte, Jordanie, Liban, etc.), d'Europe et du continent américain. Situés au carrefour de cultures, d'Histoire et de développement économique rapide, les Émirats offrent un paysage sociolinguistique particulier où différentes langues et dialectes coexistent au sein d'une même société

Il est difficile de donner un chiffre exact concernant le nombre de langues parlées aux Émirats arabes unis tant il y en a, mais il est estimé qu'environ 80 à 100 langues sont utilisées quotidiennement, reflétant la diversité de la population expatriée.

L'arabe demeure la langue officielle mais l'anglais s'est imposé au fil du temps comme langue véhiculaire, une lingua franca, utilisée dans les affaires, l'éducation et la vie quotidienne.

La diversité culturelle se retrouve naturellement dans les écoles privées `'internationales», qui sont pour la plupart composées d'élèves d'une centaine de nationalités différentes et qui suivent soit le programme britannique ou américain.

Dans ce contexte cosmopolite, où plus de 200 nationalités se côtoient, la diversité linguistique est omniprésente et fait partie intégrante de la vie quotidienne.

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a. La communauté française aux Émirats

Le nombre de Français résidant aux Émirats Arabes Unis a considérablement augmenté depuis les années 2000. À l'époque, environ 2 000 Français étaient enregistrés dans les registres consulaires aux Émirats. Depuis, cette population a connu une croissance exponentielle. En 2013, le nombre d'expatriés français atteignait environ 15 000. Par la suite, cette augmentation s'est poursuivie, atteignant 45 000 Français en 2023, principalement répartis entre Dubaï et Abu Dhabi. Dubaï accueille la majorité de cette communauté. Cette croissance est largement due à l'expansion économique des Émirats et aux opportunités offertes dans tous les secteurs d'activités.

On constate que les français choisissent de s'expatrier aux E.A.U pour plusieurs raisons. Tout d'abord, pour des raisons économiques : les Émirats offrent des opportunités professionnelles dans des secteurs en pleine croissance comme les nouvelles technologies, la finance, le tourisme, et l'innovation auxquelles s'ajoute une absence d'impôt sur le revenu, ce qui rend les salaires très attractifs. Ensuite, la sécurité est un facteur important : les EAU sont considérés comme l'un des pays les plus sûrs au monde, avec un taux de criminalité très bas, ce qui séduit les expatriés cherchant un environnement sain pour leur famille.

Un autre facteur, plus social, est la perception de discriminations en France, notamment à l'égard de la population issue de l'immigration, les Français dits `'d'origine étrangère». Certains expatriés expliquent leur départ par une recherche d'un environnement où les compétences sont davantage valorisées indépendamment des origines. Dubaï et Abu Dhabi, étant des hubs internationaux, offrent une diversité culturelle et semble moins discriminatoire pour certains Français qui ont pu ressentir un sentiment d'exclusion dans leur pays d'origine (Dubucs, 2018).

En effet, nous avons pu observer que de nombreuses familles françaises expatriées aux E.A.U présentent un profil similaire : des Français `'d'origine étrangère», cadres supérieurs ou ayant des diplômes universitaires, ayant affirmé avoir été sujets à des discriminations en matière d'emploi ou de progression sociale en France. Ces discriminations prennent diverses formes, allant des difficultés à accéder à certains postes en raison de préjugés sur leurs noms ou origines, et à des limitations dans leurs perspectives de carrière.

Aux E.A.U, l'identification des individus repose avant tout sur la nationalité inscrite sur le passeport et non sur l'origine ethnique. Les Français d'origine étrangère sont donc reconnus comme français, valorisés pour leurs compétences et la qualité de leur formation, modifiant en même temps la façon dont ils s'identifient et se présentent aux autres. Ce changement de contexte social va modifier leur lien au pays d'origine et leur sentiment d'appartenance. Le sentiment d'appartenance à une catégorie valorisée peut en effet renforcer une identité nationale qui semblait parfois moins évidente en France.

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La littérature sur le sujet a démontré comment l'expatriation transforme le rapport des individus à leur identité, notamment en ce qui concerne le lien avec le pays d'origine. Des chercheurs comme Stuart Hall (1996) ont démontré que l'identité est un processus dynamique, influencé par les expériences personnelles. Pour les Français expatriés aux E.A.U, ce changement dans le rapport identitaire est particulièrement marqué, car ils évoluent dans un environnement où la culture locale se mêle à une forte dominance de l'anglais et à une présence internationale.

Plus généralement, l'expérience de l'expatriation aux Émirats conduit de nombreux Français à redéfinir leur identité culturelle, et à jongler entre le maintien de traditions francophones et l'ouverture aux influences multiculturelles de leur nouvel environnement.

Les conséquences de cette dynamique, notamment en ce qui concerne la question de la volonté de transmission de la langue française au sein des foyers, constituent un point important pour notre étude.

Cette étude porte en effet sur les familles francophones aux E.A.U qui, pour des raisons que nous détaillerons, ont choisi d'inscrire leurs enfants dès le début de leur scolarité dans des établissements internationaux plutôt que dans les écoles françaises du pays (il existe à ce jour huit écoles françaises aux E.A.U). Ces établissements internationaux, alignés en majorité sur les curriculums américains ou britanniques, offrent un cadre multiculturel a des élèves venant des quatre coins du monde et où l'anglais prédomine comme langue d'enseignement. Les enfants sont alors immergés dans un environnement anglophone la majeure partie du temps («bain linguistique»), réservant l'usage du français au cercle familial.

b. Un contexte linguistique unique aux E.A.U

Le contexte linguistique des Émirats arabes unis présente une configuration unique qui la distingue d'autres zones d'expatriation. L'arabe est la langue officielle et la langue maternelle de la population locale. Cependant, elle est de plus en plus marginalisée dans les échanges quotidiens et dans le domaine de l'enseignement. Depuis 2010, les écoles publiques et les universités ont progressivement adopté l'anglais comme principal médium d'enseignement, dans le cadre de réformes éducatives visant à améliorer la maîtrise de l'anglais parmi les citoyens émiratis.

L'anglais, omniprésent dans les échanges du quotidien et professionnels, est principalement utilisé comme lingua franca, c'est-à-dire comme outil de communication intercommunautaire dépourvu d'un ancrage culturel fort (Farrugia, 2009). Contrairement à des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, où la langue anglaise est liée à une culture, aux Émirats, elle fonctionne davantage comme un instrument pratique, pour communiquer dans une société plurilingue et multiculturelle.

L'usage de « cette langue sans culture » permet aux expatriés de maintenir plus facilement leur propre identité culturelle tout en maîtrisant l'anglais. Malgré tout, cet état de fait, nous le verrons, elle pose également des défis : l'usage dominant de l'anglais, notamment dans les écoles internationales, peut limiter le temps et la qualité de l'exposition des enfants à leur langue d'origine (Todeva & Cenoz, 2009).

c. 10

La langue comme ancrage culturel

Toute personne vivant loin de son pays d'origine prend particulièrement conscience du lien fort qui existe entre la langue, la culture et l'identité, surtout lorsque cette langue est exclusivement parlée au sein du foyer. Le français en contexte d'expatriation devient un pilier central de l'identité familiale, un refuge et un héritage. Mahmood Darwich(2000 :30), le célèbre poète palestinien disait : «Lorsqu'on me demande qui je suis, je réponds : je suis ma langue. Pour lui, la langue arabe était bien plus qu'un moyen de communication, elle est un héritage, un point d'ancrage face à l'effacement culturel et territorial. Dans une moindre mesure, la plupart des français vivant loin de leur pays donnent une valeur symbolique à la langue française, nous l explorerons plus en détail un peu plus loin dans notre mémoire.

Dans un contexte où l'anglais est présent dans tous les aspects de la vie quotidienne, la responsabilité de la transmission du français repose principalement sur les parents. Ceux-ci endossent alors le rôle de gardiens de leur langue maternelle, et portent seuls la responsabilité de la transmission de la langue française en essayant de cultiver l'identité culturelle de ces enfants. Nous verrons en quoi cette tâche, loin d'être simple, peut être une source de stress et de tensions pour ces familles.

Pour les familles francophones expatriées aux E.A.U, le choix de maintenir le français au sein du foyer ne se réduit donc pas à une simple décision pratique. Il s'agit d'un choix réfléchi, identitaire, une volonté de préserver une partie essentielle de leur patrimoine culturel. En effet, parler français à la maison devient alors un moyen pour les enfants de rester connectés à leurs racines culturelles et familiales malgré un environnement extérieur qui privilégie une autre langue. La langue, dans ce cas, n'est pas seulement un outil de communication, mais aussi le symbole d'une histoire familiale et d'un lien affectif avec le pays d'origine.

d. Problématique et questions de recherche

Dans ce contexte, ces familles font face à un défi : comment préserver et transmettre la langue française tout en permettant l'intégration de leurs enfants dans un système éducatif anglophone ?

Dans ce mémoire, nous tenterons de comprendre comment les familles francophones maintiennent le français chez elles dans un environnement anglophone? Quelles sont les stratégies éducatives mises en place par les parents pour favoriser l'appropriation du français malgré l'influence de l'anglais ?

En explorant les politiques linguistiques et les pratiques éducatives familiales, nous chercherons à comprendre comment ces familles naviguent entre la domination de l'anglais et la volonté de maintenir le français dans cet environnement. L'objectif est d'analyser les

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pratiques langagières de ces familles et les stratégies mises en place pour favoriser le maintien et l'appropriation du français à la maison et assurer sa transmission aux enfants.

Aussi nous explorerons les représentations parentales concernant l'importance de la transmission du français dans ce contexte linguistique particulier.

Nous verrons quelles sont les croyances, les idéologies des parents qui motivent la politique linguistique familiale.

Nous partirons de l'hypothèse que les représentations / attitude des parents à l'égard de leur langue maternelle jouent un rôle central dans le processus de maintien / transmission linguistique. En effet, la manière dont les parents perçoivent et valorisent le français influence directement leur engagement à maintenir cette langue au sein du foyer (Guadardo ;2002,2018). Ces représentations sont souvent façonnées par des facteurs socioculturels et personnels, et peuvent varier d'une famille à l'autre.

Ainsi, nous faisons l'hypothèse que plus les parents attribuent une valeur symbolique élevée au français, plus ils sont susceptibles de mettre en place des stratégies actives pour encourager son usage quotidien chez leurs enfants (De Houwer, 1999).

e. Méthode

Dans le cadre de cette recherche, nous avons privilégié une approche qualitative afin de comprendre les stratégies déployées par les familles francophones pour favoriser l'appropriation du français dans un environnement où l'anglais domine. Pour ce faire, des entretiens semi-directifs et des questionnaires ont été réalisés auprès de parents francophones (25 familles) résidant aux émirats. Cette méthodologie permet de recueillir des données nuancées sur leurs pratiques linguistiques, leurs motivations, ainsi que les défis rencontrés dans leur quotidien de parents élevant des enfants bilingues.

Dans le cadre de cette étude, il est important de préciser que nous ne chercherons pas à tester le niveau langagier des enfants en français. En effet, notre objectif principal est d'examiner et de se concentrer sur les stratégies mises en oeuvre par les parents pour maintenir la langue française dans un environnement anglophone.

Nous nous concentrerons donc sur les actions, les choix, et les pratiques familiales qui favorisent l'appropriation du français. Ces stratégies incluent, par exemple, les habitudes de communication à la maison, le choix des supports éducatifs, et la place attribuée au français dans les interactions quotidiennes. En procédant ainsi, notre démarche vise à mieux comprendre comment les familles tentent de préserver leur langue d'héritage dans ce contexte linguistique particulier...

Aussi, nous nous intéresserons à des familles où le français est la langue unique des parents, ce qui exclut les familles dites mixtes (où chaque parent parle une langue différente). Ce choix méthodologique vise à simplifier les variables et à explorer de manière approfondie les stratégies spécifiques aux familles francophones dans un contexte migratoire anglophone.

f. Plan du mémoire

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Afin de répondre à notre problématique et de comprendre les mécanismes et les stratégies déployées pour le maintien du français parmi les familles francophones aux U.A.E, ce mémoire est structuré en trois chapitres principaux, allant de la théorie à l'analyse des données recueillies.

Le premier chapitre établit le cadre théorique de l'étude. Il examine les concepts fondamentaux liés au bilinguisme, à la relation entre langue et identité en contexte d'expatriation, ainsi qu'aux politiques linguistiques familiales (PLF) en contexte migratoire. Ce chapitre permettra de situer notre recherche dans le cadre des études sur la transmission linguistique, le bilinguisme et le rôle de la famille dans des contextes plurilingues.

Dans le deuxième chapitre, nous exposerons la démarche méthodologique. Nous détaillerons le choix d'une approche qualitative basée sur des entretiens semi-directifs et des questionnaires destinés aux parents francophones des E.A.U. Nous présenterons le processus de sélection des enquêtés, les critères d'éligibilité, ainsi que les outils de collecte de données utilisés. De plus, nous discuterons des défis rencontrés lors de la collecte des données, notamment les contraintes liées à l'accessibilité aux familles et à la diversité des contextes sociolinguistiques.

Le dernier chapitre sera consacré à l'analyse des données recueillies et à leur interprétation. Nous y explorerons les pratiques linguistiques observées dans les foyers francophones, les stratégies employées par les parents pour encourager l'usage du français, ainsi que les obstacles et contraintes auxquels ils font face dans un environnement anglophone. Enfin, nous discuterons des implications de nos résultats pour la préservation du français comme langue d'héritage dans un contexte international et mettrons en lumière les pistes éventuelles qui pourraient soutenir davantage les familles dans leurs efforts de transmission linguistique.

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Partie 1 : Cadre théorique : bilinguisme, mobilité et transmission linguistique Chapitre 1 : Langues, migration et mobilité géographique : le cas des E.A.U

Dans un contexte de mobilité internationale croissante, les familles expatriées font face à un défi majeur : celui du maintien de leur langue d'origine dans un environnement linguistique souvent dominé par une autre langue. Pour les francophones vivant à l'étranger, notamment aux Émirats arabes unis (EAU), cette question revêt une importance particulière.

Aussi, la question du maintien du français en situation d'expatriation est intrinsèquement liée aux enjeux de l'identité linguistique. Comme l'a démontré Fishman (1991), la langue ne constitue pas seulement un moyen de communication, mais aussi un vecteur essentiel de l'identité culturelle et de la cohésion familiale. La pression du passage à l'anglais, qui est souvent perçu comme un outil indispensable d'intégration et de réussite sociale, peut ainsi fragiliser la place du français au sein des familles expatriées. Ce phénomène est d'autant plus visible lorsque la scolarisation des enfants se fait en anglais, ce qui réduit les occasions d'exposition au français en dehors du cercle familial.

Dans cette perspective, plusieurs chercheurs se sont penchés, nous le verrons, sur les stratégies familiales mises en place pour résister à l'érosion linguistique. (Spolsky, 2012)( Guardardo, 2008) (Haque,2019). Les recherches sur la transmission des langues minoritaires en contexte migratoire mettent en évidence le rôle central des parents dans la pérennité d'une langue minoritaire face à la pression linguistique dominante.

L'expatriation des familles francophones aux EAU pose la question du maintien du français non seulement en tant que langue de communication, mais aussi en tant qu'élément clé de l'identité individuelle et collective. Ce chapitre propose d'examiner ces enjeux en mobilisant les concepts de bilinguisme, de mobilité géographique et de transmission linguistique. Nous analyserons les défis auxquels font face les familles françaises expatriées dans un environnement dominé par l'anglais et explorerons les stratégies mises en place pour préserver le français dans ce contexte.

1.1 Expatriation vs immigration : implications

L'expatriation et l'immigration, bien qu'associées à la mobilité internationale, impliquent des dynamiques sociales et linguistiques différentes. L'immigration implique souvent un déplacement permanent ou de longue durée, ou l'on suppose une intégration progressive dans la culture et la langue du pays d'accueil, parfois au détriment de la langue d'origine (Pavlenko, 2004). En effet, les immigrants sont soumis à une pression d'assimilation linguistique, ce qui peut entraîner un phénomène de substitution linguistique sur une ou deux générations (Fishman, 1991).

À l'inverse, l'expatriation est généralement perçue comme temporaire, bien que la durée varie considérablement. Les expatriés conservent souvent une identité culturelle et linguistique forte liée à leur pays d'origine. Ainsi, les stratégies linguistiques des expatriés visent moins à s'assimiler qu'à s'adapter, tout en préservant leur patrimoine linguistique et

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culturel. Ces différences fondamentales influencent les trajectoires bilingues des enfants et la manière dont les familles perçoivent et valorisent le bilinguisme.

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