1.3 La langue française aux E.A.U
Louis Jean Calvet (1999) propose une classification des
langues à travers un modèle dit `'constellaire». Aux E.A.U,
le français occupe une position intermédiaire entre les langues
hyper-centrales (l'anglais) et les langues périphériques (les
langues régionales ou communautaires comme l'hindi ou le tagalog).
Dans ce modèle, les langues sont classées selon
leur importance et leur influence à l'échelle mondiale. Certaines
sont centrales, et d'autres langues vont graviter autour, elles vont servir de
pivot et tiennent le rôle de langue véhiculaire dans certaines
régions. (Le français en Afrique, l'espagnol en Amérique
du Sud par exemple).
Le français, selon ce modèle, tient un
rôle de langue centrale au même titre que l'espagnol, l'hindi ou le
chinois.
Bien que le français aux E.A.U ne figure pas dans les
langues dominantes de ce pays, il a tout de même une image de langue
»prestigieuse» comme en témoigne le nombre important de locaux
inscrit aux cours de FLE des instituts de la région. Aux E.A.U, l'arabe
est la langue officielle, et l'anglais occupe une place majeure dans la vie
sociale, économique et éducative. Le français est donc une
langue secondaire dans l'espace public, ne jouant pas un rôle dominant
dans les interactions quotidiennes des Émirats. Ce statut du
français pourrait le placer dans la catégorie des langues non
sociétales, c'est-à-dire des langues qui ne sont pas largement
parlées ou reconnues par la majorité de la population locale.
Dans ses travaux, Guardado(2018 :22) utilise le concept de
communauté diasporique pour décrire des groupes
linguistiques et culturels vivant hors de leur pays d'origine tout en
maintenant des liens avec celui-ci.
Selon lui une communauté diasporique se caractérise
par :
? La dispersion géographique : Un groupe
dispersé loin de son territoire d'origine,
souvent à travers des contextes migratoires variés
(volontaires ou contraints).
? Le maintien de liens symboliques avec le pays d'origine
: Ces liens peuvent être linguistiques, culturels, identitaires ou
économiques.
? Un sentiment d'appartenance collective : Les
membres d'une communauté diasporique partagent une identité
commune basée sur leur langue, leur culture, ou leur histoire.
? Des pratiques transnationales : Les membres
entretiennent des relations actives avec leur pays d'origine ou entre les
membres de la diaspora dans d'autres parties du monde.
Le caractère perçu comme provisoire de
l'expatriation, qu'elle soit de courte ou de longue durée éloigne
peut-être un peu la communauté française du concept de
communauté diasporique présenté par Guadardo, mais de
nombreuses similarités dans les dynamiques
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sociales et linguistiques rendent les travaux existants sur
les langues de diaspora particulièrement pertinents pour notre sujet sur
le maintien/ la transmission linguistique. Par ailleurs, l'immigration
française aux E.A.U étant relativement récente et massive,
elle reste difficile à anticiper dans son évolution future
d'autant plus que le gouvernement émirien multiplie depuis quelques
années les initiatives visant à stabiliser la population
expatriée, notamment avec des dispositifs tels que le `''Golden
Visa», qui permet aux retraités disposant d'une situation
financière confortable de rester dans le pays même après la
fin de leur contrat de travail, ce qui n'était pas envisageable
auparavant.
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