1.5 Langue et construction identitaire
Si la perte de la langue française devient une source
d'inquiétude pour les parents c'est bien parce qu'elle reflète
une peur plus profonde : la perte d'une part essentielle de leur
identité.
Les recherches existantes ont largement démontré
le lien étroit entre la langue et l'identité d'un individu ainsi
que le rôle fondateur de la langue dans les constructions identitaires.
Par exemple, Norton (2013) explore le lien entre l'apprentissage des langues et
la construction identitaire des individus, en montrant que l'appropriation
d'une langue ne se réduit pas à une simple acquisition de
compétences linguistiques, mais implique également des enjeux
sociaux et identitaires. Selon elle, les apprenants ne sont pas de simples
réceptacles de savoirs linguistiques ; ils adoptent, négocient ou
rejettent des identités en fonction des contextes dans lesquels ils
évoluent. Par exemple, un apprenant issu d'une minorité
linguistique peut hésiter à utiliser sa langue d'origine s'il
perçoit qu'elle est socialement dévalorisée. En ce sens,
l'apprentissage d'une langue ne se limite pas à une dimension cognitive,
mais constitue un processus identitaire dynamique.
Aussi, d'après l'hypothèse de Sapir Whorf, la
langue façonne notre manière de voir le monde en nous fournissant
des grilles de lecture-compréhension du réel, grilles elles
même élaborées par l'expérience d'un groupe
linguistique. Les grilles de lecture font référence aux cadres
cognitifs et culturels que la langue fournit pour comprendre et
interpréter le monde. Cette hypothèse met en avant la langue
comme étant le reflet de la culture, des traditions, et des besoins
spécifiques des locuteurs qui l'ont façonnée au fil du
temps. La langue est, en effet, bien plus qu'un outil de communication mais un
héritage, et perdre une langue c'est perdre une partie de cet
héritage collectif et une façon unique de voir le monde.
L'apprentissage d'autres langues et la confrontation à
des cultures différentes permettent de prendre pleinement conscience de
l'idée que la langue façonne notre perception du monde.
L'expérience de l'expatriation, en particulier, amplifie cette prise de
conscience.
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