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Le maintien du francais en contexte d expatriation


par Julie Horel
Universite de Rouen Normandie - Master Sciences du langage 2025
  

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Conclusion partielle

L'analyse de la situation linguistique de la communauté française aux E.A.U met en lumière la complexité des rapports entre langues, migration et mobilité géographique. La distinction entre expatriation et immigration influence non seulement les trajectoires socioprofessionnelles des individus, mais aussi leurs pratiques et représentations linguistiques. Dans un contexte marqué par une diversité linguistique importante, les contacts de langues façonnent les usages quotidiens et soulèvent des enjeux majeurs en matière de transmission et de maintien des langues minoritaires. Un enjeu particulier concerne les enfants francophones scolarisés dans les écoles anglophones du pays, où la pression de l'anglais est omniprésente. Cette situation soulève la question du maintien du français dans un contexte éducatif qui favorise l'Anglais, notamment dans les usages scolaires et sociaux. Ces transformations linguistiques s'inscrivent également dans un cadre identitaire où les langues jouent un rôle central dans la construction et la négociation des appartenances culturelles. L'expérience de l'expatriation, en modifiant les repères sociaux et linguistiques, bouscule les identités et redéfinit le rapport à la langue première. Ce processus, souvent marqué par des tensions entre intégration et préservation linguistique,

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influence les trajectoires linguistiques et identitaires des individus, en particulier celles des enfants grandissant dans un système éducatif anglophone. Ainsi, cette première partie a permis de poser les bases théoriques et contextuelles nécessaires pour comprendre les enjeux du maintien du français dans un environnement.

Ce chapitre a mis en évidence les dynamiques complexes qui façonnent l'usage et la transmission des langues en situation de mobilité. Elle conduit naturellement à une réflexion plus large sur le bilinguisme, en particulier sur la manière dont les familles naviguent entre plusieurs langues et adaptent leurs pratiques linguistiques face aux défis du contact des langues.

Chapitre 2 : Du bilinguisme en général au bilinguisme des familles en situation de contacts de langues.

Cette section propose d'explorer la littérature et les cadres théoriques pertinents pour comprendre cette dynamique, en s'appuyant sur les concepts d'acquisition du langage en contexte de plurilinguisme, de transmission linguistique intergénérationnelle, et de politique linguistique familiale. Elle tente également de comprendre et d'étudier les facteurs qui influencent l'acquisition/développement ou le maintien des compétences linguistiques chez l'enfant bilingue.

De nombreuses recherches nous ont permis de comprendre le processus d'acquisition du langage chez l'enfant ainsi que les dynamiques propres au bilinguisme. Les concepts serviront de cadre pour orienter nos analyses.

Les premières études se sont intéressées au bilinguisme familial, certains chercheurs ayant même observé leurs propres enfants dans un cadre quotidien, documentant les stratégies utilisées pour transmettre deux langues et les éventuels défis liés à cette transmission. Ces travaux ont posé les bases de la recherche de l'impact du contexte familial sur le développement bilingue des enfants.

Avec les mouvements de population, la mondialisation, le champ de la recherche s'est élargi, apportant de nouvelles problématiques et des perspectives différentes. (Sociolinguistique, écolinguistique etc.) Le maintien de la langue maternelle dans des contextes multilingues est une problématique centrale dans les études de sociolinguistique et d'éducation bilingue. Nombreux sont les travaux qui ont permis de comprendre le processus d'acquisition du langage et du bilinguisme.

2.1. Comprendre le bilinguisme : typologies et définitions

Le bilinguisme est un phénomène complexe, défini et interprété de diverses façons selon les disciplines et les contextes. En linguistique, Bloomfield (1933), dans une définition souvent citée, décrit le bilinguisme comme la maîtrise native de deux langues. Cette vision, idéaliste, est, pour une grande majorité de chercheurs inadaptée à la plupart des bilingues, car elle repose sur une idée difficilement tenable de compétences parfaitement identiques dans deux langues. En d'autres termes, cela supposerait que le bilingue utilise ses deux langues comme le ferait un monolingue natif. Cette vision du bilinguisme, très restrictive,

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est liée à une autre notion discutable qui est celle du « bilingue parfait », supposant un équilibre parfait entre la maîtrise de deux langues, elles-mêmes parfaitement maîtrisées (Comblain, 2022).

Ainsi, un enfant bilingue n'est pas la somme de deux bilingues, mais il construit un parcours d'apprentissage langagier qui lui est particulier, spécifique. La coexistence et l'interaction constante des deux langues chez le bilingue ont produit un système linguistique différent mais complet. » F. Grosjean (2008 , 13 :14)

Les travaux plus récents proposent une approche plus large et réaliste, appelée holistique fonctionnelle (F. Grosjean 1989, 2015), (Ludi et Py, 1986). En effet, Grosjean (2010 :4), entre autres, considère le bilinguisme comme l'utilisation régulière de deux langues, indépendamment du niveau de maîtrise. Cette définition s'éloigne de l'exigence d'une maitrise parfaite et met plutôt l'accent sur l'usage et la pratique des langues dans des contextes spécifiques. Par exemple, un enfant peut utiliser une langue (le français) dans le cadre familial et une autre (l'anglais) à l'école, sans pour autant atteindre un niveau similaire dans les deux langues.

De manière complémentaire, Barbara Pearson (2008) souligne que le bilinguisme n'est pas un état binaire (bilingue ou non), mais un continuum, où les individus peuvent naviguer entre différentes compétences et usages linguistiques. Cette perspective est importante pour comprendre que les enfants bilingues évoluent constamment en fonction de leur environnement, de leurs besoins communicatifs, et de leur exposition aux langues.

Afin d'éclairer la diversité des approches théoriques sur le bilinguisme, le schéma ci- dessous proposé par Akinci (2024-2025) présente un continuum allant des conceptions maximalistes aux perspectives holistiques et fonctionnelles, en passant par des approches minimalistes et intégratives (Macnamara 1967 : 59.60). Cette classification reflète aussi l'évolution et la diversité des recherches sur le bilinguisme.

Figure 1 : différentes conceptions du bilinguisme (source : cours master 1 Akinci, 2023-

2024)

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Pour mieux comprendre la diversité des situations bilingues, nous nous appuierons sur le schéma suivant, extrait du cours de M. Akinci, intitulé Acquisition et Plurilittéracie."

Cette partie s'inspire largement de ce cours pour expliquer les différents types de bilinguisme et leurs implications théoriques.

Figure 2 : les différents types de bilinguisme (source Akinci, 2023-2024)

Le schéma proposé ci-dessus illustre les divers types de bilinguisme en fonction de trois axes principaux : le contexte d'acquisition, la conséquence de l'acquisition, et l'âge d'acquisition. Chacun de ces axes offre une perspective différente sur la manière dont les individus acquièrent et utilisent plusieurs langues. Ce cadre théorique est souvent exploré dans des travaux en sociolinguistique et en psycholinguistique et est en accord avec les travaux de Hamers et Blanc (2002), qui proposent une approche multidimensionnelle du bilinguisme en intégrant des facteurs cognitifs, sociaux et éducatifs.

Hamers et Blanc (2002) distinguent deux grandes catégories :

? Bilinguisme naturel : L'apprentissage des deux langues se fait dans un environnement informel, sans instruction spécifique (ex. : un enfant grandissant dans un foyer où chaque parent parle une langue différente).

? Bilinguisme scolaire : L'apprentissage d'une langue seconde a lieu dans un cadre éducatif structuré (ex. : immersion scolaire, école bilingue).

Cette distinction est essentielle car elle influence la compétence linguistique. Le bilinguisme naturel favorise généralement un développement plus intuitif des deux langues, tandis que le bilinguisme scolaire repose souvent sur un enseignement explicite et peut être plus limité à des contextes académiques.

Selon Hamers et Blanc (2022), les conséquences de l'acquisition du bilinguisme peuvent prendre deux formes principales : un bilinguisme additif, où la seconde langue s'ajoute sans

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nuire à la première, ou un bilinguisme soustractif, où la seconde langue remplace progressivement la langue initiale.

Selon Hamers et Blanc, le bilinguisme soustractif est fréquent dans les sociétés où une langue minoritaire est en contact avec une langue dominante, souvent dans un contexte d'assimilation linguistique. À l'inverse, le bilinguisme additif se développe lorsque la société accorde une reconnaissance égale aux deux langues, favorisant leur maintien.

D'autre part ,l'âge d'exposition à la deuxième langue joue un rôle central dans le développement du bilinguisme. Le schéma distingue :

? Bilinguisme précoce : Se développe dès l'enfance et peut être soit :

o Simultané : L'enfant apprend deux langues dès la naissance (bilinguisme natif).

o Successif/Séquentiel/Consécutif : Une deuxième langue est introduite après la première (souvent avant 6 ou 7 ans).

? Bilinguisme tardif : Se développe après l'enfance, souvent à l'adolescence ou à l'âge adulte.

Ce schéma illustre la complexité du bilinguisme telle que définie par Hamers et Blanc (2002) en mettant en évidence l'interaction entre plusieurs dimensions fondamentales. D'une part, le contexte d'acquisition joue un rôle déterminant, qu'il soit familial, favorisant un bilinguisme naturel, ou scolaire, où l'apprentissage est structuré. D'autre part, les facteurs sociolinguistiques influencent la dynamique du bilinguisme, pouvant être additif lorsque les deux langues coexistent sans conflit, ou soustractif lorsque la langue dominante prend le pas sur la langue minoritaire. Enfin, le facteur temporel, incluant l'âge d'acquisition et le mode d'apprentissage, impacte directement le développement des compétences bilingues, un apprentissage précoce favorisant une meilleure maîtrise et intégration des langues.

Dans cette étude, nous nous intéresserons spécifiquement au bilinguisme où le français est acquis comme langue première au sein du foyer un peu avant ou parallèlement à l'apprentissage de l'anglais. Les enfants que nous avons retenus pour notre étude ont eu leur premier contact avec l'anglais pour la grande majorité à l'âge de quatre ans, l'âge de la première scolarisation aux E.A.U et n'ont jamais été scolarisés en école française. Comme le souligne Grosjean (2015), cette distinction est cruciale, car les dynamiques d'apprentissage, d'usage, et de maintien diffèrent selon le type de bilinguisme.

Nous nous concentrerons exclusivement sur les situations où le français est la langue parlée par le père et la mère. Les familles multilingues, où plusieurs langues cohabitent à la maison et où l'anglais s'ajoute en tant que troisième langue, ont été délibérément écartées de notre étude pour des raisons que nous justifierons dans la partie méthodologie de notre mémoire.

En résumé, dans le cadre de notre étude sur le maintien du français parmi les enfants francophones scolarisés dans des écoles internationales aux E.A.U, si l'on voudrait les définir selon les critères du schéma ci-dessus : tout d'abord, ils sont exposés et acquièrent

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le français de façon naturelle, en famille et leur apprentissage continuera parallèlement à l'acquisition de la langue anglaise, qui elle, se fait dans un contexte scolaire. Concernant l'âge d'acquisition, il s'agit majoritairement d'un bilinguisme précoce séquentiel. Mais nous verrons que cette classification n'est pas cloisonnée, les parcours individuels étant souvent divers, mais nous retiendrons que l'apprentissage de l'anglais et du français pour les enfants de cette étude se font souvent en parallèle.

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