INTRODUCTION
1. ETAT
DE LA QUESTION
Cette étude n'est pas la première à
aborder cette thématique dans le cadre de la recherche scientifique.
Que ce soit au niveau mondial, continental, régional, national ou local,
certains chercheurs ont déjà eu à aborder des aspects
liés à la culture du caféier.
A cet effet ; nous avons fait une revue des
différents résultats de recherche disponible en rapport avec
notre sujet de recherche. Ce ci, pour nous éclairer sur les
réalisations déjà faites par d'autres auteurs ; ce
qui nous a permis d'orienter notre étude en démontrant la
spécificité de notre recherche par rapport à celles
déjà réalisées.
L'organisation internationale du café
O.I.C (2013) dans son rapport, indique qu'en 2012 ; autour
de 80 % du marché mondial du café était
contrôlé par sept compagnies : par ordre de taille, Nestlé
(Suisse), Mondelez International, Starbucks et Cargill (États-Unis),
Tchibo (Allemagne), Lavazza (Italie) et Demb1753 (Pays-Bas). L'OIC dans ce
rapport, précise que ces firmes perçoivent 65 à 75 % du
prix de vente alors que les petits producteurs touchent 10 à 15 %.
Le pourcentage du café vendu sous le commerce équitable
représente 1,6 % de la production mondiale.
L'OIC signale néanmoins que c'est dans ce contexte de
quasi-monopole que se crée un espace pour les compagnies de café
très spécialisées.(1)
Ces chiffres montrent à quel point, il existe encore
des écarts considérables en ce qui concerne les revenus que
génère le café sur le marché mondial par rapport
à ce que gagneraient les petits producteurs situés aux premiers
niveaux de la chaine de valeur du café.
BENOIT DAVIRON ET STEPHANE PONTEdans leurs
ouvrage « Le paradoxe du café
2007 » ont fait un constat selon lequel des nouveaux
modes de consommation émergent sous la forme des
cafés `'durables'', et que le café devenait une boisson
à la mode avec la multiplication de bars spécialisés,
pendant que les producteurs perçoivent une part de plus en plus faible
du prix final. Le café vendu par les producteurs agricoles est de plus
en plus différent du `'café'' acheté par les
consommateurs.
Ce ne sont guère des attributs matériels que les
consommateurs achètent à un prix élevé mais des
symboles et des services personnalisés. Pour améliorer leur
situation, les producteurs doivent tenter de contrôler une partie de ces
attributs immatériels sous forme, par exemple, de labels et
d'indications géographiques.(2)
LUCIEN RAMAZANI KALYONGO (2018) : a
mené une étude sur : « l'organisation
économique des caféiculteurs congolais dans la région du
Nord Kivu à KASHENDA : Analyse du poids réel des
coopératives sur l'échiquier du système économique
mondial ».
Dans cette étude l'auteurexplique que la
libération progressive des marchés après les années
1980 a mené l'économie mondiale à un climat
d'échange concurrentiel, asymétrique et instable forçant
les petits producteurs des pays du Sud à traiter directement avec des
acteurs économiques internationaux émanant des pays
industrialisés. Il montre qu'à part l'organisation de ces paysans
en filière par les États ou les compagnies d'exportation et de
vente, ce contexte historique a également généré
des formes diverses de développement rural. Celles-ci ont donné
lieu, par ailleurs, à des regroupements associatifs indépendants,
tel que le Groupement d'intérêt économique Tufaidike, dans
le territoire de Masisi au Nord-Kivu sur lequel l'auteur amené sa
recherche.
Cette coopérative vise l'amélioration des
revenus des caféiculteurs par la mise en commun des fruits de la
récolte et la mise à disposition des caféiculteurs d'une
station de lavage, triage et séchage permettent aux membres de
commercialiser un produit à plus forte valeur ajoutée, une forme
de compétitivité et ainsi un accès au marché
mondial. Traiter directement avec les acheteurs internationaux avec un produit
transformé leur a permis de payer les agriculteurs plus que le double du
prix initialement pratiqué sur les marchés locaux».(3)
NYAMWIRAHIRA (2015) : a mené une
recherche sur la « Commercialisation du café et son
impact socio - économique dans les ménages du groupement de
Bushumba et Lugendo en territoire de Kabare : état des lieux et
perspectives ».
Et démontre démontre une situation de
déséquilibre entre l'offre et la demande observé sur le
marché mondial ce qui a provoqué une chute historique des prix
et la qualité du café marchand. En termes de réponse
à cette crise, l'auteur propose une indentification des contraintes
ainsi que les facteurs d'accroissement du circuit économique du
café pour espérer bâtir un développement
économique solide et une amélioration des activités dans
le secteur du café, dans le but d'impulser une sécurité
alimentaire de producteurs du café de Bushumba et Lugendo et contribuer
aussi à la réduction de la pauvreté des ménages.
(4)
JANOT NDARUME(2020) a mené une
étude sur L' « analyse des atouts et contraintes de la
production du café à BUNYAKIRI » il
soulève que dans le territoire de Kalehe à Bunyakiri, l'espoir
des paysans réside dans les activités agricoles entre autres la
culture du café. Cependant, les agriculteurs éprouvent plusieurs
difficultés parmi lesquels la difficulté d'acheminer leurs
produits vers le marché faute d'impraticabilité des routes.
Comme pistes des solutions à ce problème; l'auteur propose
la réhabilitation des routes des dessertes agricoles pour permettre aux
agriculteurs d'acheminer leurs produits vers le marché. (5)
STEVEN RUSANGWA en menant une étude
sur l' « Apport des coopératives dans la chaine des
valeurs du café dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu
» soulève que le Territoire de Kalehe est l'un de
rares territoires qui, malgré les défis trouvés dans son
secteur a conservé la caféiculture connaissant sa valeur
ajoutée dans l'économie paysanne ; il montre qu'à Kalehe,
le caféier se cultive en association avec le bananier, baptisée
« Banque du Paysan) qui, avant d'être dévasté par le
Wilt Bactérien constituait aussi la source permanente des revenus des
plusieurs ménages. (6)
Une étude de l'ONG RIKOLTO sur
« Le retour sur investissement dans La filière
café en RDC ») dans son programme café
mis en oeuvre par en RDC dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du
Sud-Kivu pour la période 2017- 2021, avec pour objet d'analyser
l'efficacité et le rapport coût-bénéficie par le
biais de calcul de la valeur du retour social sur investissement (SROI) voulait
voir « Les caféiculteurs organisés en entreprises
coopératives, efficientes et efficaces, accédant aux
marchés principaux, reconnus et respectés par les autres parties
prenantes dans la filière et par les autorités, en créant
pour leurs membres les conditions pour générer à travers
leurs activités durables les revenus qui leur permettent de mener une
vie décente et équilibrée».
Cette étude est aboutie à des conclusions selon
lesquelles ; la présence de Rikolto, en tant que garantie morale, a
motivé les acheteurs (Ethiquable, Colruyt) et les prêteurs (SIDI,
Root Capital, Alterfin, COOPEC le Grenier) à accorder des
préfinancements et des crédits commerciaux et cela a permis
d'augmenter le volume de préfinancement pour les coopératives
appuyées. L'amélioration du revenu et de la marge
bénéficiaire des coopératives, l'amélioration des
revenus et des connaissances du personnel des coopératives dans divers
domaines du café constituent aussi les avantages du programme aux
coopératives.
Pour les agriculteurs, le revenu des caféiculteurs
membres des coopératives, la Valeur de terres certifiées
biologiques et l'amélioration des connaissances ont été
notées (7)
Cette étude nous a éclairées sur l'appui
apportée par Rikolto aux différents groupements
d'intérêt commun avec lesquelles elle a travaillée dans le
cadre de son programme café, un appui qui a eu des résultats
positifs sur les revenus des petits producteurs du café regroupés
au sein des coopératives , ce qui a permis d'améliorer leur
conditions socio-économique car un accent étant mis sur le
retour sur investissement social tel que démontré ci-haut par les
résultats de l'étude. En ce sens, Rikolto à subventionner
un montant total de 196 298,8 $ pour les cinq ans, pour l'achat des terrains,
la construction des bâtiments des coopératives ainsi que les
matériels pour la construction des micros stations de lavage
café ; ainsi que 451 699,3 $ pour d'autres subventions
accordées aux coopératives de 2017-2021
POLE INSTITUTE ; un institut
interculturel dans la région de Grands lacs dans son rapport
publié en mars 2014
intitulé « Construction de la cohésion
transfrontalière par la caféiculture ? »
a mené une expérience auprès des deux
coopératives dont la `'coopératives pour la promotion des
activités du café'' (COOPAC) du Rwanda, et la solidarité
pour la promotion des actions du café et le développement
intégral (SOPACDI) de Kalehe en RDC.
Cette étude dont l'objectif s'inscrit dans la le cadre
de la politique de POLE INSTITUTE, celle d'initier l'émergence d'une
culture de négociation contre une culture de la mort, basée sur
des intérêts des uns et des autres ; voulait analyser les
dynamiques des secteurs du café en RDC et au Rwanda, plus
particulièrement dans les zones situées au bord du lac Kivu en
démontrant les efforts considérables accomplis par ces pays pour
accroitre la production du café et améliorer sa qualité ,
mais également analyser la manière dont la coopérative
transfrontalière dans le secteur du café peut être un
facteur de stabilité régionale.
Ce rapport est abouti à des conclusions selon
lesquelles ; l'encadrement des exploitants du café en intrants, en
pépinières, en régulation de la qualité et du prix,
prérogatives de l'office des produits agricoles du Congo (ONAPAC), est
quasiment inexistant.
L'étude a également démontré que
l'expérience de la SOPACDI pour son ouverture non seulement à la
production de café de spécialité mais aussi à
l'exportation de ses produits au marché international est à la
base de l'apparition d'autres coopératives.
Ce rapport montre à quel point les échanges
d'expériences entre deux coopératives transfrontalières a
permis aux caféiculteurs de Kalehe regroupés au sein de la
SOPACDI , d'améliorer leurs conditions de vie en produisant un
café de qualité qui leurs génèrent plus de revenus
mais également cela a contribué à améliorer les
relations entre les populations de ces deux régions
transfrontalières souvent théâtre des conflits
armées qui ont dégradés la cohabitation entre les deux
peuples (8).
CATHOLIC RELIEF SERVICES C.R.S : Dans
son rapport sur le projet « Kahawa Bora Ya Kivu, analyse
de performances » montre qu'une étude
menée à la fin du projet a voulu évaluer les
performances réalisées dans le cadre du projet Kahawa Bora Ya
Kivu financé par USAID ainsi que d'autres partenaires et mis en oeuvre
dans les territoires de Kabare et Kalehe au Sud-Kivu . Ce Projet, avait
pour but d'améliorer la qualité de vie des producteurs, et le
rapport d'analyse indique que sur les 5759 personnes vivantes dans les
ménages touchés par l'évaluation, 2179 vivaient avec moins
de 1,25$ (1250fc) par jour par personne après le projet.
D'après ce rapport, les bénéficiaires ont
établi une association entre l'accroissement du revenu de vente de
café et l'amélioration du prix, en indiquant que le projet
à ramener la présence du marché de café en
précisant qu'avant, ils vendaient une mesure locale de café
parche (1 ,5kg) à 500 -600fc alors qu'avec la venue du projet, les
coopératives leurs achètent la même quantité de
café à 1500 voir 1750 FC entre 2014 et 2015.
Les analyses de cette étude ont montrées que la
participation des producteurs au projet café à augmenté le
revenu de 47 ,8% des ménages ; alors que 30,4% des
ménages estiment que leurs revenu est resté le même et
seulement 21,8% remarquent que leurs revenu à diminué au cours
des quatre dernières années.(9)
Cependant, nous nous sommes appuyés aux idées
des différents auteurs cité ci-haut en voulant étudier
les défis liés à l'encadrement des paysans producteurs du
café dans le groupement de Lugendo en territoire de Kabare , où
les caféiculteurs se retrouvent dans des conditions de vie constante
malgré le fait qu'il soit les principaux producteurs de l'or
vert .
Ainsi, par rapport à ce que d'autres auteurs ont
écrit à ce sujet, notre étude vise à identifier,
analyser à fin de comprendre les contraintes auxquels se butent les
petits producteurs du café dans le groupement de Lugendo mais
également à chercher à comprendre le rôle que jouent
certains autres acteurs de la chaines des valeurs du café dans la
province spécialement ceux dont l'encadrement des producteurs du
café rentre dans leur missions.
Toutes ces études ont tentées d'apporter tant
soit peu une partie de la solution aux différents défis auxquels
les caféiculteurs sont confrontés, mais cela, reste encore
insuffisant, car pour espérer à un développement durable
du secteur café, un meilleur encadrement des caféiculteurs est
très indispensable , c'est dans cette optique que s'inscrit notre
étude qui débouchera sur des stratégies à mettre en
place pour apporter un meilleur encadrement aux caféiculteurs du
groupement de Lugendo qui font l'objet de la présente
étude .
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