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Les défis d'encadrement des petits producteurs du café dans le groupement de Lugendo en territoire de Kabare au sud-Kivu


par James BIBENTYO KAMUNGU
Institut supérieur de Développement Rural ISDR/Bukavu - Master 2023
  

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INTRODUCTION

1. ETAT DE LA QUESTION

Cette étude n'est pas la première à aborder cette thématique dans le cadre de la recherche scientifique. Que ce soit au niveau mondial, continental, régional, national ou local, certains chercheurs ont déjà eu à aborder des aspects liés à la culture du caféier.

A cet effet ; nous avons fait une revue des différents résultats de recherche disponible en rapport avec notre sujet de recherche. Ce ci, pour nous éclairer sur les réalisations déjà faites par d'autres auteurs ; ce qui nous a permis d'orienter notre étude en démontrant la spécificité de notre recherche par rapport à celles déjà réalisées.

L'organisation internationale du café O.I.C (2013) dans son rapport, indique qu'en 2012 ; autour de 80 % du marché mondial du café était contrôlé par sept compagnies : par ordre de taille, Nestlé (Suisse), Mondelez International, Starbucks et Cargill (États-Unis), Tchibo (Allemagne), Lavazza (Italie) et Demb1753 (Pays-Bas). L'OIC dans ce rapport, précise que ces firmes perçoivent 65 à 75 % du prix de vente alors que les petits producteurs touchent 10 à 15 %. Le pourcentage du café vendu sous le commerce équitable représente 1,6 % de la production mondiale.

L'OIC signale néanmoins que c'est dans ce contexte de quasi-monopole que se crée un espace pour les compagnies de café très spécialisées.(1)

Ces chiffres montrent à quel point, il existe encore des écarts considérables en ce qui concerne les revenus que génère le café sur le marché mondial par rapport à ce que gagneraient les petits producteurs situés aux premiers niveaux de la chaine de valeur du café.

BENOIT DAVIRON ET STEPHANE PONTEdans leurs ouvrage « Le paradoxe du café 2007 » ont fait un constat selon lequel des nouveaux modes de consommation émergent sous la forme des cafés `'durables'', et que le café devenait une boisson à la mode avec la multiplication de bars spécialisés, pendant que les producteurs perçoivent une part de plus en plus faible du prix final. Le café vendu par les producteurs agricoles est de plus en plus différent du `'café'' acheté par les consommateurs.

Ce ne sont guère des attributs matériels que les consommateurs achètent à un prix élevé mais des symboles et des services personnalisés. Pour améliorer leur situation, les producteurs doivent tenter de contrôler une partie de ces attributs immatériels sous forme, par exemple, de labels et d'indications géographiques.(2)

LUCIEN RAMAZANI KALYONGO (2018) : a mené une étude sur : « l'organisation économique des caféiculteurs congolais dans la région du Nord Kivu à KASHENDA : Analyse du poids réel des coopératives sur l'échiquier du système économique mondial ».

Dans cette étude l'auteurexplique que la libération progressive des marchés après les années 1980 a mené l'économie mondiale à un climat d'échange concurrentiel, asymétrique et instable forçant les petits producteurs des pays du Sud à traiter directement avec des acteurs économiques internationaux émanant des pays industrialisés. Il montre qu'à part l'organisation de ces paysans en filière par les États ou les compagnies d'exportation et de vente, ce contexte historique a également généré des formes diverses de développement rural. Celles-ci ont donné lieu, par ailleurs, à des regroupements associatifs indépendants, tel que le Groupement d'intérêt économique Tufaidike, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu sur lequel l'auteur amené sa recherche.

Cette coopérative vise l'amélioration des revenus des caféiculteurs par la mise en commun des fruits de la récolte et la mise à disposition des caféiculteurs d'une station de lavage, triage et séchage permettent aux membres de commercialiser un produit à plus forte valeur ajoutée, une forme de compétitivité et ainsi un accès au marché mondial. Traiter directement avec les acheteurs internationaux avec un produit transformé leur a permis de payer les agriculteurs plus que le double du prix initialement pratiqué sur les marchés locaux».(3)

NYAMWIRAHIRA (2015) : a mené une recherche sur la « Commercialisation du café et son impact socio - économique dans les ménages du groupement de Bushumba et Lugendo en territoire de Kabare : état des lieux et perspectives ».

Et démontre démontre une situation de déséquilibre entre l'offre et la demande observé sur le marché mondial ce qui a provoqué une chute historique des prix et la qualité du café marchand. En termes de réponse à cette crise, l'auteur propose une indentification des contraintes ainsi que les facteurs d'accroissement du circuit économique du café pour espérer bâtir un développement économique solide et une amélioration des activités dans le secteur du café, dans le but d'impulser une sécurité alimentaire de producteurs du café de Bushumba et Lugendo et contribuer aussi à la réduction de la pauvreté des ménages. (4)

JANOT NDARUME(2020) a mené une étude sur L' « analyse des atouts et contraintes de la production du café à BUNYAKIRI » il soulève que dans le territoire de Kalehe à Bunyakiri, l'espoir des paysans réside dans les activités agricoles entre autres la culture du café. Cependant, les agriculteurs éprouvent plusieurs difficultés parmi lesquels la difficulté d'acheminer leurs produits vers le marché faute d'impraticabilité des routes. Comme pistes des solutions  à ce problème; l'auteur propose la réhabilitation des routes des dessertes agricoles pour permettre aux agriculteurs d'acheminer leurs produits vers le marché. (5)

STEVEN RUSANGWA en menant une étude sur l' « Apport des coopératives dans la chaine des valeurs du café dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu » soulève que le Territoire de Kalehe est l'un de rares territoires qui, malgré les défis trouvés dans son secteur a conservé la caféiculture connaissant sa valeur ajoutée dans l'économie paysanne ; il montre qu'à Kalehe, le caféier se cultive en association avec le bananier, baptisée « Banque du Paysan) qui, avant d'être dévasté par le Wilt Bactérien constituait aussi la source permanente des revenus des plusieurs ménages. (6)

Une étude de l'ONG RIKOLTO sur « Le retour sur investissement dans La filière café en RDC ») dans son programme café mis en oeuvre par en RDC dans les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour la période 2017- 2021, avec pour objet d'analyser l'efficacité et le rapport coût-bénéficie par le biais de calcul de la valeur du retour social sur investissement (SROI) voulait voir « Les caféiculteurs organisés en entreprises coopératives, efficientes et efficaces, accédant aux marchés principaux, reconnus et respectés par les autres parties prenantes dans la filière et par les autorités, en créant pour leurs membres les conditions pour générer à travers leurs activités durables les revenus qui leur permettent de mener une vie décente et équilibrée».

Cette étude est aboutie à des conclusions selon lesquelles ; la présence de Rikolto, en tant que garantie morale, a motivé les acheteurs (Ethiquable, Colruyt) et les prêteurs (SIDI, Root Capital, Alterfin, COOPEC le Grenier) à accorder des préfinancements et des crédits commerciaux et cela a permis d'augmenter le volume de préfinancement pour les coopératives appuyées. L'amélioration du revenu et de la marge bénéficiaire des coopératives, l'amélioration des revenus et des connaissances du personnel des coopératives dans divers domaines du café constituent aussi les avantages du programme aux coopératives.

Pour les agriculteurs, le revenu des caféiculteurs membres des coopératives, la Valeur de terres certifiées biologiques et l'amélioration des connaissances ont été notées (7)

Cette étude nous a éclairées sur l'appui apportée par Rikolto aux différents groupements d'intérêt commun avec lesquelles elle a travaillée dans le cadre de son programme café, un appui qui a eu des résultats positifs sur les revenus des petits producteurs du café regroupés au sein des coopératives , ce qui a permis d'améliorer leur conditions socio-économique car un accent étant mis sur le retour sur investissement social tel que démontré ci-haut par les résultats de l'étude. En ce sens, Rikolto à subventionner un montant total de 196 298,8 $ pour les cinq ans, pour l'achat des terrains, la construction des bâtiments des coopératives ainsi que les matériels pour la construction des micros stations de lavage café ; ainsi que 451 699,3 $ pour d'autres subventions accordées aux coopératives de 2017-2021

POLE INSTITUTE ; un institut interculturel dans la région de Grands lacs dans son rapport publié en mars 2014 intitulé « Construction de la cohésion transfrontalière par la caféiculture ? » a mené une expérience auprès des deux coopératives dont la `'coopératives pour la promotion des activités du café'' (COOPAC) du Rwanda, et la solidarité pour la promotion des actions du café et le développement intégral (SOPACDI) de Kalehe en RDC.

Cette étude dont l'objectif s'inscrit dans la le cadre de la politique de POLE INSTITUTE, celle d'initier l'émergence d'une culture de négociation contre une culture de la mort, basée sur des intérêts des uns et des autres ; voulait analyser les dynamiques des secteurs du café en RDC et au Rwanda, plus particulièrement dans les zones situées au bord du lac Kivu en démontrant les efforts considérables accomplis par ces pays pour accroitre la production du café et améliorer sa qualité , mais également analyser la manière dont la coopérative transfrontalière dans le secteur du café peut être un facteur de stabilité régionale.

Ce rapport est abouti à des conclusions selon lesquelles ; l'encadrement des exploitants du café en intrants, en pépinières, en régulation de la qualité et du prix, prérogatives de l'office des produits agricoles du Congo (ONAPAC), est quasiment inexistant.

L'étude a également démontré que l'expérience de la SOPACDI pour son ouverture non seulement à la production de café de spécialité mais aussi à l'exportation de ses produits au marché international est à la base de l'apparition d'autres coopératives.

Ce rapport montre à quel point les échanges d'expériences entre deux coopératives transfrontalières a permis aux caféiculteurs de Kalehe regroupés au sein de la SOPACDI , d'améliorer leurs conditions de vie en produisant un café de qualité qui leurs génèrent plus de revenus mais également cela a contribué à améliorer les relations entre les populations de ces deux régions transfrontalières souvent théâtre des conflits armées qui ont dégradés la cohabitation entre les deux peuples (8).

CATHOLIC RELIEF SERVICES C.R.S : Dans son rapport sur le projet « Kahawa Bora Ya Kivu, analyse de performances » montre qu'une étude menée à la fin du projet a voulu évaluer les performances réalisées dans le cadre du projet Kahawa Bora Ya Kivu financé par USAID ainsi que d'autres partenaires et mis en oeuvre dans les territoires de Kabare et Kalehe au Sud-Kivu . Ce Projet, avait pour but d'améliorer la qualité de vie des producteurs, et le rapport d'analyse indique que sur les 5759 personnes vivantes dans les ménages touchés par l'évaluation, 2179 vivaient avec moins de 1,25$ (1250fc) par jour par personne après le projet.

D'après ce rapport, les bénéficiaires ont établi une association entre l'accroissement du revenu de vente de café et l'amélioration du prix, en indiquant que le projet à ramener la présence du marché de café en précisant qu'avant, ils vendaient une mesure locale de café parche (1 ,5kg) à 500 -600fc alors qu'avec la venue du projet, les coopératives leurs achètent la même quantité de café à 1500 voir 1750 FC entre 2014 et 2015.

Les analyses de cette étude ont montrées que la participation des producteurs au projet café à augmenté le revenu de 47 ,8% des ménages ; alors que 30,4% des ménages estiment que leurs revenu est resté le même et seulement 21,8% remarquent que leurs revenu à diminué au cours des quatre dernières années.(9)

Cependant, nous nous sommes appuyés aux idées des différents auteurs cité ci-haut en voulant étudier les défis liés à l'encadrement des paysans producteurs du café dans le groupement de Lugendo en territoire de Kabare , où les caféiculteurs se retrouvent dans des conditions de vie constante malgré le fait qu'il soit les principaux producteurs de l'or vert .

Ainsi, par rapport à ce que d'autres auteurs ont écrit à ce sujet, notre étude vise à identifier, analyser à fin de comprendre les contraintes auxquels se butent les petits producteurs du café dans le groupement de Lugendo mais également à chercher à comprendre le rôle que jouent certains autres acteurs de la chaines des valeurs du café dans la province spécialement ceux dont l'encadrement des producteurs du café rentre dans leur missions.

Toutes ces études ont tentées d'apporter tant soit peu une partie de la solution aux différents défis auxquels les caféiculteurs sont confrontés, mais cela, reste encore insuffisant, car pour espérer à un développement durable du secteur café, un meilleur encadrement des caféiculteurs est très indispensable , c'est dans cette optique que s'inscrit notre étude qui débouchera sur des stratégies à mettre en place pour apporter un meilleur encadrement aux caféiculteurs du groupement de Lugendo qui font l'objet de la présente étude .

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