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L'intangibilité constitutionnelle à l'aune de la consolidation du constitutionnalisme en afrique : cas de la RDC, du Bénin et du Sénégalpar Néhémie KIEMBA MATONDO Université de Kinshasa - Licence en droit 2025 |
Section 1ère : Les cadres constitutionnels et les dispositions intangibles§1. Les dispositions intangibles en République Démocratique du Congo En République Démocratique du Congo, les dispositions intangibles sont explicitement consacrées à l'article 220 de la Constitution du 18 février 2006. A. Les matières verrouilléesLa Constitution du 18 février 2006, en son article 220 consacre les matières qui ne peuvent faire l'objet de révision constitutionnelle. 1. La forme républicaine de l'État Le constituant originaire a fait de la forme républicaine de l'État, l'une des matières verrouillées ne devant faire l'objet d'une révision constitutionnelle. En effet, la forme républicaine de l'État congolais est consacrée à l'article 1er alinéa 1 de la Constitution du 18 février 2006 qui dispose notamment que la RDC est un État de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc. Pour cerner cette consécration, il convient de maîtriser la portée de la notion de République. Jadis, la République a d'abord signifié l'État, la res publica, par opposition aux affaires privées. Ensuite, elle a pris le sens opposé de la Monarchie, elle a signifié le pouvoir non personnel ou non héréditaire.113 Pierre AVRIL et Jean GICQUEL définissent la République comme un type de gouvernement où les dirigeants accèdent au pouvoir par les élections et non pas par voie héréditaire.114 113 Ministère de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, « Que sont les principes républicains ? », 2021, p.3. disponible sur https://www.education.gouv.fr , consulté le 12 août 2025 114 P. AVRIL et J. GICQUEL, Lexique de droit constitutionnel, op.cit., p.125. [36] GUINCHARD et DEBARD définissent une République comme un régime politique où le pouvoir est chose publique (res publica) et s'exerce ainsi grâce à un mandat donné par la société.115 De ce qui précède, il importe alors de noter que la République se présente à la fois comme une forme d'État ou de gouvernement, une philosophie politique et un ensemble de principes. Déclarer la RDC comme une République, cela implique notamment la consécration de la souveraineté populaire, consacrée à l'article 5 de la Constitution, l'égalité des citoyens, l'Etat de droit, l'intérêt général, l'organisation des élections démocratiques, inclusives et transparentes... La Constitution qui consacre la République, la protège également contre toute transformation en monarchie, c'est une garantie pour préserver la souveraineté populaire, l'égalité des citoyens et l'État de droit.
Cette limitation est celle qui tente le plus les acteurs politiques, elle fait couler beaucoup d'encre et de salives et constitue l'une des matières qui mobilisent davantage l'attention des acteurs de la société. Dans l'exposé des motifs de la Constitution du 18 février 2006, les préoccupations majeures qui fondent l'organisation des institutions de l'État sont clairement posées. Il s'agit notamment la lutte contre toute tentative de dérive autoritaire et de la promotion de l'alternance démocratique. La limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels vise donc à prévenir la présidence à vie, les dérives autoritaires, à promouvoir la volonté du peuple et à 115 S. GUINCHARD et T. DEBARD (dir.), Lexique des termes juridiques, op.cit., p.817. 116 P. MABIALA MANTUBA-NGOMA, Les élections dans l'histoire politique de la République Démocratique du Congo (1957-2011), op.cit., p.111, 113 et 120. Lire aussi, J. DJOLI ESENG'EKELI, Droit constitutionnel. L'expérience congolaise (R.D.C), op.cit., p.39. 117 A. KAMUKUNY MUKINAY, Cours de Droit constitutionnel congolais, Université de Kinshasa, Faculté de Droit, Deuxième année de graduat, Année académique 2014-2015, p. 346. [37] assurer l'alternance démocratique. Ces considérations ont donc milité pour la limitation du nombre et de la durée des mandats présidentiels. Ainsi, en RDC, aucune révision constitutionnelle ne peut avoir pour objet le nombre ou la durée du mandat présidentiel, cette matière est intangible.
En vue de consolider le régionalisme et la décentralisation consacrés dans la Constitution, le Constituant a décidé de protéger cette consécration constitutionnelle de toute révision constitutionnelle. Aucune révision ne peut donc supprimer la décentralisation ou retirer aux provinces et entités territoriales décentralisées leurs compétences notamment la libre administration, l'autonomie financière et la personnalité juridique. Les articles 197, 198, 199, 201 à 206 qui sont des dispositions intangibles implicites, ne peuvent faire l'objet de révision, sauf dans le sens du renforcement, selon l'esprit même de l'alinéa 2 de l'article 220 de la Constitution. 118 Article 4 de la Constitution du 24 juin 1967, Moniteur congolais n°14 du 15 juillet 1967. 119 E. MABI MULUMBA, Congo-Zaïre : Les coulisses du pouvoir sous Mobutu. Témoignage d'un ancien Premier Ministre, Liège, Les Editions de l'Université de Liège, 2011, p.25. 120 Loi n°70-001 du 23 décembre 1970 portant révision de la Constitution, Moniteur congolais, 12ème année, Kinshasa, n°1 du 1er Janvier 1971 et la Loi n°74-020 du 15 aout 1974 portant révision de la Constitution du 24 juin 1967, Journal Officiel, 14ème année, Kinshasa, numéro spécial du 1er janvier 1975. [38] L'inventaire des dispositions intangibles matérielles que nous avons établi, concernent les principes fondamentaux relatifs à l'organisation et au fonctionnement de l'État. B. Fondements et finalité des dispositions intangibles en ROC Ces intangibilités matérielles témoignent la volonté du constituant de préserver les valeurs et fondements de l'ordre constitutionnel congolais. En érigeant ces matières comme telles, le Constituant entend ainsi les soustraire à toute révision, en vue de garantir la continuité et la stabilité de l'Etat, mais aussi de protéger l'identité constitutionnelle de la République. Cette consécration résulte surtout d'un contexte historique particulier marqué par des conflits, des transitions politiques sensibles et une méfiance généralisée à l'égard du pouvoir exécutif. En érigeant certaines matières telles que la forme républicaine de l'État, le nombre et la durée des mandats présidentiels, le Constituant s'inscrit dans la logique de la préservation du noyau dur de valeurs et principes non négociables, sur lequel repose la légitimité de l'ensemble de l'architecture institutionnelle. De ce qui précède, les éléments du constitutionnalisme qui sont protégés notamment la séparation des pouvoirs, les valeurs démocratiques et de l'État de droit convainquent que ces dispositions s'inscrivent véritablement dans une logique de consolidation du constitutionnalisme en RDC. Elles traduisent une volonté d'établir une culture du respect des normes suprêmes, dans un contexte africain souvent marqué par des révisions opportunistes. Par ce verrouillage, le Constituant congolais espère empêcher les manipulations du texte fondamental, en ancrant les institutions dans une continuité historique et normative. Toutefois, la portée réelle de ces dispositions dépend en dernière analyse de la volonté politique de les respecter mais surtout de l'efficacité du contrôle par le juge constitutionnel. §2. Les dispositions intangibles en République du Bénin |
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