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Le refus de la linéarité dans l'adaptation cinématographique de la Rue Cases-Nègre de Joseph Zobel

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par Théophile Muhire
Université Natinale du Rwanda - Licence en Lettres 2004
  

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2.1.4 M'man Délia, la grande absente du film

Nous avons vu que, dans La rue Cases-Nègres de Zobel, les personnages sont beaucoup plus nombreux que dans son adaptation cinématographique, et que le film a quelque peu simplifié l'intrigue. C'est dans cette optique que Délia, la mère de José, ne fait pas partie des personnages qui ont été « portés sur écran ».

En effet, il est fréquent dans ce genre de films qu'un certain nombre de personnages soient passés sous silence. Ce qui est original avec le personnage de M'man Délia, c'est que son image domine la troisième partie du livre et que, par conséquent, il est impensable qu'un tel personnage soit escamoté. Elle avait seulement été évoquée dès le début du roman, mais elle entre elle-même en scène avec le début de la troisième partie, lorsqu'elle jurait d'aller jusqu'au bout : « Ils ne savent pas quelle femme de combat je suis » (LRCN, 168). Nous avons vu que son rôle a été phagocyté par M'man Tine dans le film. Pourtant, en l'absence de description détaillée de son personnage de la part de l'auteur du livre, n'importe quelle comédienne pouvait interpréter son rôle. Tout ce que l'on sait de sa personne, c'est qu' « elle faisait la lessive et le ménage chez les Blancs Créoles de la Route Didier » (LRCN, p. 168).

Toutefois, M'man Délia était une étrangère aux yeux de son fils. Ne le dit-il pas lui-même en ces termes ? : « Notre peu de familiarité me rendait plutôt timide avec elle » (LRCN, p. 186).

Et lorsque « le professeur avait demandé aux élèves les noms et professions des parents, sans aucune arrière pensée... c'était le nom de M'man Tine qui était sorti de [sa] bouche comme parente principale » (LRCN, p. 181).

Somme toute, on s'étonne de l'esprit créateur de Palcy qui a pu condenser deux personnages en une seule actrice. Elle y a fort bien réussi mais cette modification cinématographique atténue l'aspect autobiographique du roman.

2.1.5 Les autres personnages

Dans son récit, Zobel répertorie tous ceux qui ont été ses compagnons d'enfance, de la Rue Cases à Fort-de-France, en passant par Petit-Bourg. Cependant, dans le film, Palcy a dû faire, un choix et se limiter aux personnages qui jouent un rôle vraiment important. Il est vrai que, dans son « souvenir d'enfance », Zobel s'attarde beaucoup sur les descriptions morphologiques de ses camarades, et ce n'est pas pour rien qu'il s'efforce de mentionner leurs vrais noms comme l'ont révélé les critiques ; c'est dans le souci de les immortaliser, de faire en sorte qu'ils ne soient oubliés à jamais. Son entreprise a, en quelque sorte, réussi parce que chaque fois qu'on lit La rue Cases-Nègres, on se voit transporté dans un monde peuplé de Paul et ses deux soeurs Tortilla et Aurélie, de Gesner et Soumane, son petit frère, de Romane et Victorine, intrépides comme des garçons ainsi que de Casimir et Hector.

Outre ses camarades de la Rue Cases, l'auteur passe beaucoup de temps à décrire ses condisciples du Petit-Bourg et du Lycée Schoelcher. On retiendra entre autres Raphaël et Michel qu'on surnommait « panse parce qu'il avait un ventre épais », son frère Ernest plutôt frêle, et leur petite soeur Hortense, Sosso, le nageur, Camille, dont la culotte s'échappait de son ventre aux moments les plus imprévus, Vireil, bavard comme une pie et qui racontait souvent des histoires fantastiques, Jojo, le malheureux mulâtre battu tous les jours par sa marâtre, Christian Bussi, enfant gâté à qui sa maman donnait toujours trop à manger, Serge, le garçon le plus riche de la classe ainsi que Carmen qui sera son ami à Fort-de-France.

De tous ces camarades, ceux de la Rue Cases ont été repris dans le film, tandis que, parmi ceux de Petit-Bourg et Fort-de-France, seuls Jojo (Léopold dans le film) et Carmen se détachent des autres pour être repris chez Palcy avec quelques modifications :

- Jojo du roman a grandi « et sa bouche est soulignée d'un gros trait de moustache » (LRCN, p. 217). Par contre, dans le film, Léopold est un petit gamin d'une douzaine d'années.

- Carmen du roman est présenté comme « un jeune homme tout juste plus âgé que [José] » (LRCN, p. 197). Cependant, le film présente un garçon de loin plus âgé, et même les propos qu'il tient à José ne semblent pas coller à cause du décalage significatif d'âge entre les deux garçons.

Enfin, pour en revenir aux personnages principaux, on notera que M'man Tine et Médouze sont les deux qui changent le moins et que José et M'man Délia sont les deux qui changent le plus dans le passage du roman au film. De la croissance physique de José, on aboutit à sa stagnation formelle, et, de l'inconsistance marquée de M'man Délia, on aboutit à son absence totale.

2.3 Schématisation de La rue Cases-Nègres

Poussant plus loin la logique structurale, A.-J. Greimas35(*) montre que tout récit met en jeu six fonctions élémentaires et solidaires. Dans cette perspective, le récit minimal se décrirait ainsi : mandaté par A, B se met en quête de C pour le compte de D ; au cours de cette quête, il peut recevoir l'aide de E et faire face à l'opposition de F. Cette brève présentation sous une forme paraphrasée peut être formalisée sous le modèle actantiel proposé par Greimas.

En effet, ce que nous désignons à l'aide des lettres A,B,C,D,E,F correspond à ce que Greimas appelle les actants du récit qu'il nomme respectivement : destinateur, sujet, objet, destinataire, adjuvant et opposant.

Dans La rue Cases-Nègres les actants peuvent se schématiser comme suit :

M'man Tine

José et la population de la Rue Cases

Destinateur Destinataire

(A) (D)

José

-éducation

-liberté

-rémunération

Sujet Objet

(B) (C)

Médouze, Délia, Tine et la population de la Rue Cases

Les Blancs

Mme Léonce

L'ignorance

Adjuvant Opposant

(E) (F)

Poussant encore plus loin l'analyse des personnages, en y insérant les personnages cinématographiques, André Gardies36(*) propose un schéma qui repose sur la figure actorielle du système romanesque / filmique. Ce schéma peut nous aider dans l'appréciation des comédiens qui interprètent différents rôles et personnages dans leur passage du roman au film. En fait, cette figure résulte de la combinaison de quatre composants : l'actant, le rôle, le personnage et le comédien-interprète, chacun relevant d'un système propre.

* 35 Greimas, A.-J., Du sens, Paris, Seuil, 1970

* 36 Gardies, A, Le récit filmique, Paris, Hachette, 1993, p. 63

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