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Le refus de la linéarité dans l'adaptation cinématographique de la Rue Cases-Nègre de Joseph Zobel

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par Théophile Muhire
Université Natinale du Rwanda - Licence en Lettres 2004
  

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3.1.2.3 La durée

Le rythme, c'est précisément l'un des effets essentiels que gère la durée. Celle-ci s'évalue à partir du rapport entre l'axe du récit et celui de l'histoire. Quatre situations types sont dégagées par Genette : la scène, le sommaire, la pause descriptive et l'ellipse.

La scène, c'est, comme nous l'avons vu, là où le temps du récit est à peu près équivalent à celui nécessaire au déroulement des événements (tR=tH). Si l'on examine le film de Palcy, séquence par séquence, on remarque que la scène est la situation la plus utilisée. Le sommaire est, quant à lui, là où le temps du récit est inférieur à celui des événements. Dans l'ensemble, c'est le régime narratif le plus habituel. Le roman de Zobel se déroule, dans son ensemble, sur une période de douze ans, tandis qu'il est écrit sur 240 pages. Dans le film la même période (de 12 ans) est racontée sur une pellicule de 103 minutes.

Par contre, nous avons vu que la pause descriptive correspond aux passages dans lesquels le temps du récit a une certaine valeur tandis que l'histoire n'avance pas, que sa durée est égale à zéro (tR=n / tH=0). Cette façon de raconter une histoire est très prisée dans le roman de Zobel. Ainsi pouvons-nous avoir plusieurs passages descriptifs du type : « La rue Cases-Nègres se compose d'environ trois... » (LRCN, p. 17)

D'autre part, les anachronies observées ici et là dans le roman entravent le déroulement de l'histoire pour donner au lecteur plus de détails sur le passé ou l'avenir de l'un ou l'autre personnage. Cependant, dans le film on ne trouve pas des panoramiques dilatés, dépourvus de toute durée événementielle qui pourrait s'identifier à une pause descriptive de telle ampleur.

Enfin, l'ellipse, c'est-à-dire, là où le temps du récit est égal à zéro tandis que celui de l'histoire a une certaine valeur (tR=0 / tH=n) correspond, dans La rue Cases-Nègres aux deux papiers blancs qui, chaque fois, séparent les parties. Ils ont pour effet de permettre de fortes accélérations narratives. Ainsi la première partie se termine sur la mort de Médouze, tandis que la deuxième s'ouvre sur la vie scolaire du protagoniste. De la même sorte, la deuxième partie se ferme sur le résultat du concours des bourses et la troisième s'ouvre sur la vie de José à Fort-de-France où il devait aller poursuivre ses études. Dans le film on utilise souvent les fondus au noir, les annonces du type « trois ans plus tard », ou bien des voix off annonçant l'information nécessaire. C'est cette troisième option que le film de Palcy utilise. Ainsi, à la trente quatrième minute du film, une voix off annonce le départ pour l'école de José.

Pour être plus complet, certains auteurs comme André Gardies, ajoutent une cinquième figure, celle où le temps du récit est supérieur au temps de l'histoire (tR>tH). Cependant, ce procédé n'est utilisé ni par Zobel ni par Palcy. Il est d'usage surtout pour les effets de suspense, particulièrement dans ces ultimes instants où s'égrènent les dernières secondes avant le climax. Gaudreault et Jost appellent cette figure temporelle la « dilatation ». Il faut ajouter que les effets de ralenti ou d'accéléré sont également absents dans le film de Palcy.

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