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Culture managériale et pérennisation des projets de développement au Cameroun: cas du nazareth agro pastoral training and production centre de menteh (bamenda)

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par Albert Legrand TODJOM MABOU
Université Catholique d'Afrique Centrale - Master Développement et Management des Projets en Afrique 2014
  

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B. Impact des particularités socioculturelles et de la logique d'acteurs dans la pérennisation des projets

La mondialisation fait que les cultures semblent converger.  Néanmoins, les fondements socioculturels de chaque localité restent présents et se distinguent toujours les uns des autres. Les particularités socioculturelles et les logiques d'acteurs sont par conséquent d'importantes sources de richesse et d'inspiration dans la conduite du développement.  En utilisant les différences entre les cultures et entre les individus, il est possible de transformer cette énergie latente en valeur. Par ailleurs, les négliger peut hypothéquer ou freiner la croissance et la pérennité des actions entreprises. En d'autres termes, les mêmes atouts peuvent avoir un impact négatif s'ils sont convoqués sans discernement ni analyse dans la mise en oeuvre des projets de développement.

1. Prise en compte des particularismes socioculturels et son impact sur la pérennisation

La socio-anthropologie considère le développement comme une forme particulière de changement social, qu'un ensemble complexe d'intervenants tels que les ONGs et les agences nationales et internationales de développement cherche à impulser auprès de groupes cibles, eux-mêmes divers et évoluant selon leurs dynamiques propres. Cette approche peut contribuer, pour une part modeste mais réelle, à améliorer la qualité des services que les institutions de développement proposent aux populations, en permettant une meilleure prise en compte des dynamiques locales. Ces phénomènes sont particulièrement importants en Afrique, en raison du rôle qu'y jouent les flux d'aide et les projets de tous ordres. Comme le suggère Jean Pierre Olivier de Sardan, il faut déconstruire en Afrique les discours et les visions sur le développement qui réduisent celui-ci  « à un seul modèle, hégémonique et maléfique »262(*) pour proposer 

« Un point de vue sur le développement qui réintègre celui-ci comme un objet digne d'attention pour l'anthropologie académique, et qui explore minutieusement les interactions de toutes natures intervenant dans le monde du développement, mettant en jeu représentation et pratiques, stratégie et structures, acteurs et contextes ».263(*)

Les projets de développement ne peuvent pas conduire véritablement à un changement social s'ils n'associent pas les populations bénéficiaires dans leur planification, conception, réalisation et suivi. Selon Jean Pierre Olivier de Sardan, les projets doivent être conçus comme le transfert d'une certaine manière de faire ou de vivre d'un lieu à un autre. Et cela ne peut se faire sans un engagement véritable de part et d'autre : 

« Le développement peut être envisagé comme un transfert de savoir-faire : mais dans ce transfert le savoir-faire des développeurs doit être combiné aux savoirs techniques populaires et aux savoirs des chercheurs en sciences sociales. Il est vrai que la participation de ceux-ci ne va pas de soi ce qui peut les conduire à se retrancher dans une attitude purement critique ».264(*)

En effet, il est important d'analyser les représentations et les pratiques des développés en faisant ressortir les logiques de leurs réactions mais aussi leurs ambivalence car celles combinent très souvent « Confrontation, négociation, rejet, détournement, accommodations, subversion, rapport de force, compromis, transactions (...) »265(*) et dans certaines circonstances, elles mobilisent différents types de liens sociaux qui peuvent faire avancer le projet ou le freiner. En reprenant les idées du sociologue et écrivain camerounais Jean Marc Ela, Akam Motaze constate l'échec des initiatives de développement rural de l'Etat camerounais à cause de son interventionnisme et de l'aliénation des cultures paysannes:

« Non seulement ce que l'on a considéré dans les années 1980 comme interventionnisme étatique en milieu rural a procédé à la marginalisation paysanne, mais les objectifs inavoués de cette politique portée à bout de bras par de grands organismes agro-alimentaires et agro-industriels, (SEDECAO, SODECOTON, SOCAPALM, SODEBLE, etc.) ont été la promotion des dynamiques de dépendances et de dominations paysannes au profit des proto-bourgeoisies locales et le capitalisme international, au plan extérieur ».266(*)

Cette conception du développement corrobore la pensée de Guy Belloncle qui, en réfutant une affirmation de Albert Meister sur la thèse de la déculturation, met en garde contre le rejet ou le mépris des cultures dites traditionnelles parce qu'elles ne favorisent pas le développement :

« Dans son ouvrage intitulé L'Afrique peut-elle partir ?, Albert Meister s'est fait l'avocat passionné de la thèse de la déculturation que nous évoquions tout à l'heure, en partant du postulat que les sociétés africaines traditionnelles étaient nécessairement bloquées, sclérosées, incapables d'évolution. En ce qui nous concerne, depuis dix ans que nous travaillons au contact direct de ces sociétés dites « traditionnelles », ce qui nous frappe au contraire, c'est leur immense capacité d'innovation, de transformation, d'autocritique même, pourvu que la pédagogie utilisée à leur égard soit respectueuse de leur génie et de leurs cultures propres ».267(*)

Par ailleurs, la prise en compte des particularités culturelles et sociales des populations bénéficiaires dans la conduite des projets de développement est différente selon que l'on est en zone rurale ou en zone urbaine. En effet, en zone rurale, il est plus facile de faire face à une homogénéité culturelle et sociale, car les populations d'une localité ont généralement les mêmes origines ancestrales ou au moins les mêmes représentations sociales. En zone urbaine, l'homogénéité culturelle et sociale n'est pas très souvent évidente, car les populations qui se retrouvent dans une même zone géographique sont parfois d'origines culturelles et sociales très variées, et forcément ont des représentations différentes. Toutefois, la zone urbaine à ses avantages dans le sens où l'ouverture d'esprit et la formation intellectuelle portent les citadins à percevoir rapidement le bien fondé d'une action pour le développement et à y adhérer ; alors qu'en zone rurale, il faut parfois plusieurs sessions de sensibilisation pour que la population se laisse convaincre et s'approprie le projet. Ainsi, l'une et l'autre situation présente des avantages et des inconvénients et l'acteur de développement est invité à composer avec les particularités de chacune en capitalisant ce qui est utile.

La prise en compte des particularismes socio culturels des populations du Nord Ouest, de Nkwen et même de Menteh est importante pour garantir la pérennisation du projet du NAPTPC. En effet, les premiers promoteurs du projet ont considéré ces populations comme la cible de leurs actions et ils les ont impliquées dans la planification et la mise en oeuvre du projet. Aujourd'hui on se rend compte qu'elles ne sont plus très associées dans le suivi des activités. C'est pourquoi une étude approfondie des particularités agropastorales des populations pourra aider le NAPTPC à éviter de s'investir dans des activités peu captivantes pour les bénéficiaires ou qui ne correspondent pas à leur train de vie. Comme le pense Guy Belloncle, il est nécessaire d'aimer réellement la population locale ainsi que l'équipe locale du projet pour instaurer une synergie d'ensemble parmi les populations, plateforme essentielle à la recherche des solutions lorsque surgissent des problèmes. Cette animation doit être bien planifiée.268(*)

En illustration au danger que court le NAPTPC quand il investit dans des activités peu captivantes pour les populations, on peut citer, l'unité de production des haulacodes très peu développée déficitaire. En effet, le bilan financier de cette unité affiche un déficit de 283.212 FCFA au 15 octobre 2013 (Cf. ANNEXE N° 17). L'unité compte uniquement 34 haulacodes et occupe un personnel à plein temps. Ajoutons que le personnel qui y travaille à perte est pourtant payé. D'autres difficultés s'enchaînent dans cette unité : difficultés de fonctionnement, car le responsable n'est pas qualifié dans l'élevage de ces animaux dont les recherches sont par ailleurs très peu développées ; difficultés dans les ventes qui sont très réduites, car le coût de production conditionne le prix de vente. En effet, une haulacode mature coûte entre 30.000 et 35.000 F CFA. Ce montant est largement au-dessus de la bourse de la population locale ; difficultés également de prophylaxie : fréquemment on enregistre plusieurs cas de décès suite aux maladies que ni le responsable de l'unité, ni le directeur du NAPTPC ne peuvent diagnostiquer. Plusieurs femelles reproductrices décèdent pendant qu'elles mettent bas après une période de gestation d'environ huit mois, ce qui réduit ainsi la capacité de production déjà amoindrie de l'unité.

L'unité de production des lapins connaît également des difficultés de fonctionnement semblable à ceux de l'unité des haulacodes : le bilan financier de cette unité est déficitaire de 154.807 F CFA au 15 octobre 2013. L'effectif réduit à 234 lapins seulement, occupe un personnel à temps plein et non qualifié. La consommation des lapins n'entre pas dans les habitudes culinaires de la localité à cause du coût d'une tête qui vaut entre 3000 et 5000 F CFA.

Pour accroître la productivité des deux unités concernées, le NAPTPC se peut mettre en place une stratégie qui les rende plus rentables. Il lui est spécialement recommandé de :

- recruter un technicien vétérinaire pour éradiquer le problème de prophylaxie et assurer le suivi technique des autres unités de production ;

- augmenter la productivité de chacune de ces unités en achetant de nouveau reproducteurs et reproductrices.

- prospecter la clientèle en dehors de la population locale notamment auprès des hôtels, restaurants et communautés religieuses des villes de Bamenda, Bafoussam, Douala et Yaoundé ;

- concevoir sous la conduite du directeur des ventes et marketing un plan de communication auprès des clients potentiels;

- fixer des prix spéciaux pour la population environnante du NAPTPC, afin d'encourager la consommation locale des produits de la ferme ;

- sensibiliser les populations dans tous leurs lieux de rencontre : marchés périodiques, chapelles de la localité ....

- mener une étude sur la formation agropastorale des jeunes du village Nkwen et adapter le curriculum de formation aux aspirations des populations.

Au demeurant, en plus du style managérial, la prise en compte des particularismes socio culturels des populations cibles conditionne considérablement la réussite d'un projet de développement et sa pérennisation.

* 262 Jean Pierre OLIVIER DE SARDAN, «  Les trois approches en anthropologie du développement », in Revue Tiers-Monde, N° 168, Vol. XLII, Octobre-Décembre 2001, p. 729.

* 263 Id., p. 730

* 264Jean Pierre OLIVIER DE SARDAN, Anthropologie et développement, Essai en socio-anthropologie du changement social,  Op. cit., p. 222.

* 265 Ibid.

* 266 Akam MOTAZE, La sociologie de Jean Marc Ela, Les voies du social, Harmattan, Paris, Etudes africaines, 2011, p. 51.

* 267 Guy BELLONCLE, Le chemin des villages, formation des hommes et développement rural en Afrique, Paris, Harmattan, 1979, pp. 50-51.

* 268 Guy BELLONCLE, Le chemin des villages, formation des hommes et développement rural en Afrique, Paris, Harmattan, 1979, pp 37-46.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.