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Droit international et changement climatique. Impact des marchés-carbone sur la protection de l'environnement.

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par Cédric Jean-Jacques TWANA SHERIYA
Université de Kinshasa - Licence 2011
  

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§2. Les marchés-carbone

Il sera question dans ce paragraphe de cerner la typologie de ces marchés(1),

leurs acteurs(2) ainsi que leur dynamique(3), ceci après avoir dit un mot sur l'historique de

leur apparition. Cependant, comprendre les marché-carbone nécessite préalablement

d'appréhender la notion même du marché.

49

v Notion générale du marché

Dans le langage courant, qui remonte sans doute à 1' Antiquité, on utilise le

mot marché pour désigner un lieu géographique où s'échangent des produits. On parlera ainsi

de la place du marché où l'on ira faire ses courses le dimanche.

En analyse économique, on s'est peut-être inspiré de cet ancien vocabulaire,

mais on en a étendu progressivement le sens jusqu'à faire disparaître, à la limite, les connotations

physiques d'origine. Aujourd'hui, dans son sens le plus général, un marché est un réseau

d'échanges au sein duquel on retrouve l'ensemble des acheteurs et des vendeurs, observés ou

potentiels, d'un produit donné.83

Augustin Cournot va plus loin quand il dit qu' «...on sait que les économistes

entendent par marché, non pas un lieu déterminé où se consomment les achats et les ventes,

mais tout un territoire dont les parties sont unies par des rapports de libre commerce, en sorte

que les prix s'y nivellent avec facilité et promptitude.»84

La lecture combinée de cette observation de Cournot et de la définition donnée

ci-haut permet de dégager certains éléments caractéristiques du marché qui, confrontés à la

pratique des transactions ou d'échange des crédits-carbone, permettent d'affirmer que ces

derniers sont véritablement des marchés :

- Un produit donné car un marché se définit toujours par « ...référence à un bien qui

doit être clairement identifié et homogène ...».85 Dans le cadre des transactions sous

examen, le produit est bel et bien les émissions de CO2 (unité de quantité attribuée et

crédits) et, en dépit du fait que le Protocole de Kyoto impose des limites de réduction

concernant six GES, l'unité de mesure des quotas qui est l'équivalent carbone assure

une homogénéité du produit.

- Des acheteurs et des vendeurs qui sont les acteurs du marché. A l'origine de

l'essentielle de l'offre et de la demande 86, ils sont, dans le cadre de Kyoto de nature

très diverse, partant des Etats aux simples particuliers, en passant par les personnes

83 RAYNAULD (A.), « Observations sur la notion de marché », in L'Actualité économique, vol. 67, n° 2, 1991, p.

219

84 COURNOT (A.), Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, citées par RAYNAULD

(A.), Op cit, p. 219

85 RAYNAULD (A.), Op cit, p.220

86 http://www.fimarkets.com/finance-carbone/introduction.html

50

morales, tant de droits publics que de droits privées, les organisations nongouvernementales...

- Un prix qui varie selon le rapport offre-demande. Chaque marché carbone est doté de

caractéristiques propres tant en termes d'industries et de gaz couverts qu'en termes

d`objectifs de réduction. Ces différences d'ambitions expliquent pourquoi le prix de la

même commodité, une tonne d'équivalent CO2, peut varier de moins d'1 € à presque

20 € suivant le marché carbone.87

v Historique des marchés-carbone

En 1920, Arthur-Cecil Pigou (1877 - 1959), économiste libéral britannique,

met en lumière le problème des externalités. Ce terme recouvre les impacts, positifs ou négatifs,

qu'une activité économique peut avoir sur d'autres acteurs sans qu'ils soient reflétés dans

le prix final.88

Pigou prend pour exemple les escarbilles, ces morceaux de charbon incandescents

qui sont éjectées par la cheminée des locomotives de l'époque et qui provoque des incendies

à proximité des voies de chemins de fer. Il s'agit d'un cas typique d'externalité négative

: l'activité ferroviaire crée un préjudice économique et environnemental pour lequel la

société de chemin de fer ne paie pas. Pigou suggère donc que l'Etat impose aux sociétés de

chemin de fer une taxe assise sur les risques de dommages provoqués par les escarbilles. Cette

taxe devrait inciter les sociétés de chemins de fer à équiper leurs locomotives de systèmes anti-

escarbilles et permettra également de dédommager les victimes. La première écotaxe vient

de voir le jour.89

Quarante ans plus tard, un autre économiste, Ronald Coase, critique cette solution

fiscale qui repose en grande partie sur l'intervention de l'état et qui nuit à l'efficacité

économique du système. En effet, il implique une augmentation du prix du billet de train.

Coase propose donc d'attribuer des droits de propriété de l'environnement. Ensuite, ces

87 DELBOSC (A.) et PERTHUIS (C.), Op cit, p.12

88 http://www.CO2solidaire.com/ prise-conscience.html

89 http://www.CO2solidaire.com, Op cit.

51

droits sont échangeables sur un marché par transactions privées entre les différents acteurs

concernés.90

Dès le début des années 1960, les Etats-Unis lance un plan de lutte contre une

pollution atmosphérique persistante : le Clean air act. En 1990, un volet y est ajouté afin

d'intégrer le problème des pluies acides, provoquées notamment par la combustion du charbon

dans les centrales électriques thermiques, qui émet de fortes quantités de dioxyde de

souffre (SO2) : le programme Acid Rain. Il prévoit un véritable marché des droits à polluer,

suivant en cela les préconisations de Coase. En fonction d'un objectif de réduction fixé à

l'avance, le pouvoir politique attribue aux industriels ce que l'on peut concevoir comme des

tickets de rationnement de SO2, appelés «permis d'émissions». A la fin de l'année,

l'exploitant est tenu de présenter aux autorités autant de permis que de tonnes de SO2 réellement

émises. Entre les deux, le marché, qui autorise un échange de quotas entre les acteurs,

sans droit de regard des autorités. Cette technique des quotas échangeables, appelée Cap and

trade (attribution d'un plafond d'émissions - cap - et échange sur un marché - trade) constituera

le socle des mécanismes du Protocole de Kyoto. Ce sont donc les Etats-Unis, sur la base

des résultats positifs de leur programme Acid Rain, qui auront façonné le Protocole de Kyoto...

sans jamais le ratifier.91

Appliqués aux émissions de GES dans le cadre du Protocole de Kyoto, puis à

différents niveaux régionaux et multinationaux, les marchés-carbone sont en plein expansion.

Le plus développé à ce jour est le marché européen d'échange de quotas de CO2 (EU ETS

pour European Union Emissions Trading Scheme).

1. Types de marché-carbone

Il existe deux grands types de marchés-carbone. D'une part, les marchés régulés

(1.1) qui font intervenir des acteurs qui ont des engagements de réduction d'émission dans

le cadre d'accords internationaux ou de politiques nationales. D'autre part, les marchés volontaires

(1.2), qui fonctionnent en dehors d'engagements formels de réduction.

90 http://www.CO2solidaire.com, Op cit

91 Idem

52

1.1 Les marchés régulés

Les marchés de carbone régulés sont ceux où les Etats ou opérateurs économiques

sont contraints par des plans de réduction d'émissions de carbone issus d'accord internationaux

ou régionaux.

a) Les marchés régulés du système de Kyoto

Dans le cadre du Protocole de Kyoto, les directives européennes (2003/87/EC

dite « quotas » et 2004/101/EC dite « projets ») ont défini un marché européen du carbone,

effectif depuis le 1er janvier 2005. Ce marché, appelé EU ETS (European Union Emission

Trading System), est une mesure communautaire pour réduire les émissions et atteindre les

objectifs de Kyoto. Il concerne environ 12.000 sites industriels émetteurs de gaz à effet de

serre en Europe. Les entreprises se voient attribuer des quotas d'émission au travers des Plans

Nationaux d'Attribution des Quotas (PNAQ) et peuvent échanger des quotas. Une entreprise

qui ne respectera pas ses engagements se verra attribuée une pénalité de 40 € par tonne de

CO2 émise en plus de son quota. Cette taxe est passée à 100 € en 2008.

Le marché européen est connecté au marché MDP. Selon la directive "projets",

les entreprises européennes peuvent également avoir recours à des crédits issus de projets

MDP ou MOC en plus des quotas internes à l'Europe. Toutefois, selon cette directive, seuls

les projets de réduction d'émissions (projets énergétiques et industriels) sont concernés, les

crédits issus de projets MDP forestiers ne sont pas utilisables. Des propositions ont été soumises

par des ONG ou des scientifiques dans le but d'étendre le marché ETS aux crédits MDP

forestiers.92

Quant au marché-carbone anglais, il a été mise en place d'un marché national

du carbone dès 2002. Les entreprises ont des objectifs de réduction et peuvent s'échanger des

permis d'émission. Ce marché est intégré dans le marché de l'Union Européenne, mais il concerne

un éventail plus large d'entreprises.93

Le Canada et le Japon mettent également en oeuvre des marchés nationaux pour

veiller au respect des engagements du Protocole de Kyoto. Par exemple, dans le cadre du

92 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Les marchés du carbone forestier : Comment un projet forestier peut-il

vendre des crédits carbone ?, Paris, CIRAD, 2007, p.12

93 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Op cit, p.12

53

JVETS (Japan's Voluntary Emission Trading Scheme), les industriels japonais s'engagent volontairement

à réduire leurs émissions et peuvent échanger des permis.94

b) Les marchés régulés en dehors du système de Kyoto

Aux Etats-Unis et en Australie, des marchés-carbone ont vu le jour bien que

ces pays aient décidé de ne pas ratifier le protocole de Kyoto. En Australie, un système de réduction

des émissions est en place depuis janvier 2003 dans l'Etat de la Nouvelle Galles du

Sud et depuis 2005 dans l'Etat d'ACT (Territoire de la Capitale Australienne, Canberra). Les

entreprises productrices d'énergie doivent réduire leurs émissions et peuvent s'échanger des

permis.95

Aux Etats-Unis, malgré l'absence d'initiative du gouvernement fédéral, les

gouvernements d'Etats se sont concertés pour la mise en place de marchés régionaux. En Décembre

2005, l'initiative RGGI (Regional Greenhouse Gas Initiative) a vu le jour dans sept

Etats du Nord-Est et, en Février 2007, la WRCAI (Western Regional Climate Action Initiative)

a été décidée pour cinq Etats de l'Ouest. Ces deux initiatives sont des systèmes de "capand-

trade", c'est à dire des systèmes où l'on fixe un objectif de réduction d'émissions avec

possibilité d'échanger des permis, comme pour le Protocole de Kyoto ou le marché EU

ETS.96

1.2 Les marchés volontaires

A coté des marchés régulés, il existe des marchés volontaires où des organisations

ou des individus cherchent à acheter des crédits-carbone pour compenser leurs émissions,

pour des raisons éthiques ou d'image publique.97Ils se distinguent des marchés

d'engagements par :

- Leur cadre réglementaire défini directement l'opérateur du marché (le Chicago

Climate Exchange par exemple) ou selon une norme spécifique (par exemple le

Voluntary Carbon Standar) ;

- Des objectifs de réduction d'émissions sur base volontaire de l'industriel adhérent

au marché ;

94 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Op cit, p.12

95 Idem

96 Ibid., p.13

97 http://www.fimarkets.com, Op cit.

54

- La diversité des participants. Il n'existe en général pas de restriction ni sur le

secteur industriel ni sur sa localisation ;

- Les produits échangés qui peuvent être des produits carbones existants sur des

marchés régulés ou des produits carbones standardisés, propres à ce marché là

c'est-à-dire issu d'un projet non éligible selon les critères d'un cadre réglementé.

Aux Etats-Unis, la bourse d'échanges de Chicago (CCX, Chicago Climate Exchange)

regroupe des entreprises ayant décidé de réduire volontairement leurs émissions. Sur

ce marché effectif, les entreprises échangent des permis d'émissions et des crédits issus de

projets.98

Le marché de détail concerne les particuliers ou les entreprises qui cherchent à

compenser leurs émissions, généralement en finançant des projets de réduction d'émissions ou

des projets de séquestration de carbone. De nombreux intermédiaires existent et s'emparent de

niches de marchés, comme celle de la compensation des émissions des voyages aériens.99

Les marchés volontaires peuvent quelquefois être liés aux autres marchés. Par

exemple, certaines compagnies proposant des compensations d'émissions, comme Atmosfair1

et MyClimate2, achètent des crédits de projets MDP et les annulent pour qu'ils ne permettent

d'autoriser des émissions par ailleurs. D'autres organisations permettent à des particuliers

d'acheter des crédits sur le marché européen pour les annuler. Les crédits achetés par des particuliers

réduiront la quantité d'émissions totales permises pour les entreprises sur le marché

réglementé.100

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"Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur portée"   François de la Rochefoucauld