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Les nouveaux défis du processus de formulation de budget de performance


par YETINGNON BARTHELEMY MAGBONDE
Université d'Abomey-Calavi - Administrateur des Finances _ Master professionnel 2015
  

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Paragraphe2 :Réflexions suggestives

Les véritables problèmes qui minent le système béninois de préparation et de budgétisation à l'ère de la nouvelle LOLF sont identifiés. Les sources de ces différentes insuffisances sont décelées. Il nous appartient donc d'agir ; agir pour anéantir ou détruire les causes et renforcer les atouts. Nous allons, à cet effet, proposer des solutions susceptibles de rendre plus dynamique et efficace le processus budgétaire sous le régime de la nouvelle LOLF. Ces solutions vont nécessiter certaines actions préalables et une certaine coordination et coopération pour leur efficacité ; c'est pourquoi des recommandations seront faites à l'endroit de tous les acteurs intéressés.

I- Propositions de solutions

Les solutions que nous proposons ici constituent des approches. Les problèmes spécifiques en résolution feront objet de solution deux à deux.La première sous-rubrique est consacrée aux approches de solutions des problèmes spécifiques n°1 et n°2, tandis que les deux derniers problèmes spécifiques trouveront leurs approches de solutions à la deuxième sous-rubrique.

A- Approches de solutions aux problèmes spécifiques n°1 et n°2

D'après le diagnostic, nous savons que le problème de la non-disponibilité de certaines données nécessaires à la formulation du budget est, en grande partie, dû au défaut de dépôt de bilans de certains organismes publics à la DGAE, mais aussi à la livraison tardive de certaines statistiques de l'INSAE. Pour résoudre ce problème, c'est-à-dire pour une exhaustivité dans les prévisions budgétaires et en conséquence pour une sincérité du processus budgétaire, nous devons agir sur les deux principales causes. Une action qui doit consister à garantir l'exhaustivité en temps opportun des données utilisables dans le processus de formulation budgétaire. Cela doit donc se traduire par la mise en place d'une base de données performante relative à la situation financière des organismes publics autres que les administrations centrales ou déconcentrées. Ces données doivent englober les états financiers tels que recommandé par le système normal de l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA). Sur ce point il n'est plus à démontrer que l'existence de bases de données et la mise au point de procédures de mises à jour régulières de ces bases de données, par des données fiables, est une condition nécessaire pour un suivi efficace de la performance. Des actions visant à améliorer les systèmes de collecte de l'information existants seront souvent nécessaires pour établir un système robuste de suivi de la performance. Signalons qu'à l'intérieur du DPBEP les éléments suivants doivent apparaitre :

-les hypothèses économiques précises et justifiées : les éléments du cadrage macroéconomique pluriannuel doivent désormais apparaitre comme justification des choix budgétaires ;

- les perspectives de recettes du secteur public sur la période couverte par le

DPBEP (au minimum trois ans) ;

-les perspectives de dépenses du secteur public sur la même période ;

- l'évolution de la dette du secteur public, et

- les perspectives financières pour les entreprises publiques en précisant les transferts que l'État peut opérer à leur profit.

Toutes ces perspectives s'appuient sur des données rétrospectives et présentes, de l'ensemble du secteur public pour anticiper sur l'avenir ; d'où la nécessité de mobiliser toutes les informations nécessaires à une bonne formulation du budget.

Rappelons à cet effet que dans le cadre de la procédure budgétaire, le DPBEP a deux objectifs :

-il est le point de départ de l'exercice de formulation de la loi de finances. Selon les termes de l'article 52 il sert de référence pour l'élaboration du projet de loi de finances de l'année. En ce sens, sa mise à jour ou son élaboration sur la base des hypothèses du cadrage macroéconomique constitue la phase initiale de la procédure budgétaire pour l'année n+1. L'objectif est de corréler les perspectives d'évolution macro-économiques et de recettes aux projections de dépenses : le DPBEP procède à l'allocation des enveloppes budgétaires sectorielles en fonction des priorités nationales et des perspectives de ressources. A ce titre, il joue un rôle central dans la traduction budgétaire des documents de stratégies pluriannuelles (ex. document de réduction de la pauvreté, stratégies de croissance).

-en fin de procédure budgétaire, le DPBEP, doit offrir une vision synthétique et globale des perspectives d'évolution des finances publiques à moyen terme.En ce sens, il doit être cohérent avec les arbitrages budgétaires et de ce fait avec le projet de loi de finances (pour la première année du DPBEP) et les Documents de Programmation Pluriannuelledes Dépenses (DPPD) (sur l'ensemble de la période). Techniquement, le DPBEP apparait comme une version obligatoire, qui se veut plus exhaustive et synthétique des anciens Cadres de Dépenses à Moyen Terme (CDMT) et Cadres Budgétaire à Moyen Terme (CBMT).

Il est clair que dans ces conditions, rien ne doit être laissé de côté. Mais pour que les informations nécessaires soient rendues disponibles en temps opportun, il faudrait qu'elles soient d'abord produites. C'est pour cela qu'il faille placer au sein de chaque établissement public, chaque entreprise publique, chaque société ou office d'Etat, un spécialiste de la comptabilité générale et approfondie qui se retrouve dans la production et le maniement des bilans, des comptes de résultat, bref des états financiers publics. Ce spécialiste doit avoir sa comptabilité reliée automatiquement à la base de données exploitable par la DGAE.

Quant à l'Institut National de la Statistique et de l'Analyse Economique, elle devra faire preuve de célérité dans les techniques de collecte, de traitement et de présentation des données utilisables par la Direction Générale des Affaires Economiques. A cet effet, l'effectif du personnel de l'INSAE mérite d'être renforcé.Il devra également disposer pour sa base de données un outil ou applicatif pouvant lui permettre de produire, en temps réel, des statistiques fiables aux sectoriels.

S'agissant de l'absence d'obligation formelle de présentation des outils de gestion pluriannuelle par les institutions constitutionnelles, le diagnostic établi révèle que la cause réelle est fondamentalement l'absence de pilotage de programmes de développement en leur sein. Pour l'endiguer, il faut revoir la formulation des articles instituant l'élaboration des Documents de Programmation Pluriannuelle des Dépenses, des Projets Annuels de Performance,.... En effet, la nouvelle Directive met en place un nouvel acteur dans le pilotage des crédits budgétaires et de l'action de l'Etat : le responsable de programme. Sous l'autorité des Ministres dont ils relèvent, les responsables de programme élaborent la stratégie du programme dont ils ont la charge et définissent ou révisent les objectifs et les indicateurs de résultats. Ils peuvent également, si l'acte de nomination le précise, être ordonnateurs secondaires des crédits ministériels pour la partie concernant le programme dont ils ont la charge. Le responsable de programme est l'acteur central de la réforme puisqu'il organise, au niveau des Services qui relèvent de son programme, le nouveau dialogue de gestion : formulation et actualisation des objectifs et des indicateurs, répartition des crédits et des emplois, préparation du rapport de performance. Il est garant de l'exécution du programme conformément aux objectifs fixés par le Ministre. Ce responsable de programme agit suivant la part annuelle du DPPD. Le DPPD est ainsi le vecteur principal de la performance. Par leur vocation à présenter à la fois les crédits des ministères et les éléments de la performance des programmes, les DPPD constituent les supports idéaux pour la présentation des Projets Annuels de Performance, des demandes de crédits des ministères et de la budgétisation en base zéro. Les Documents de Programmation Pluriannuelle des Dépenses (DPPD) constituent les supports de présentation de la performance. Par extension, on peut considérer que les Projets Annuels de Performance (PAP) visés par l'article 46 de la directive sont des éléments constitutifs du DPPD (au même titre que la présentation des crédits par programme ou de la justification des crédits en base zéro). La LOLF présente les PAP comme des annexes obligatoires au projet de loi de finances établis pour chaque programme. Ils présentent la stratégie, les objectifs et les indicateurs de performance de chacun des programmes, ainsi que des précisions sur les méthodes de renseignement des différents indicateurs. Ils précisent également les coûts des actions et des projets ainsi que la répartition, par grandes catégories, des emplois rémunérés par l'Etat, des programmes auxquels ils se réfèrent. En fin de gestion, une comparaison entre le Rapport Annuel de Performance (RAP) et le PAP permet une évaluation du responsable de programme ; les Rapports Annuels de Performance constituant les instruments clefs pour apprécier la qualité de l'action publique. Annexés au projet de loi de règlement, ils permettent d'évaluer l'atteinte des objectifs initialement fixés dans les Projets Annuels de Performance. Afin de permettre les comparaisons, les formats retenus pour les PAP et les RAP doivent être similaires.

Vu l'importance que revêt ces outils d'évaluation des crédits et de formulation de la performance des programmes budgétaires, nous estimons que l'absence de programmes de développement pilotés par les institutions constitutionnelles ne doit en aucun cas constituer un obstacle à la recherche de la performance poursuivie. Ces institutions constituent des entités publiques à part entière bénéficiant de dotations budgétaires, donc des fonds publics. De ce fait le principe de la transparence et surtout celui de la justification du crédit au premier franc doivent leur être appliqués. Il se trouve que l'instrument qui véhicule ces informations et qui fait prendre des engagements aux responsables est le PAP ; or le Projet Annuel de Performance est élaboré en vertu du DPPD, vecteur de la transparence. En conséquence, obligation doit être faite aux institutions constitutionnelles de produire des DPPD spéciaux (en absence de programmes) dans une perspective de moyen terme,assortis de PAP déclinant les objectifs et résultats attendus ainsi que les critères de performance relativement aux activités qui s'y mènent. Ces résultats, mesurés notamment par des indicateurs de performance, feront l'objet d'évaluations régulières et donneront lieux à un rapport de performance élaboré en fin de gestion par les institutions constitutionnelles concernées, au même titre que les ministères sectoriels. C'est seulement à ce prix que la budgétisation à base zéro et la justification des crédits au premier franc seraient une réalité au niveau des institutions constitutionnelles. De cette façon, le contrôle de performance peut s'effectuer aisément.

Nous tenons à souligner ici que l'on ne doit pas confondre la « démarche de performance » que nous recherchons au niveau des institutions constitutionnelles et la « budgétisation par objectif ». En effet l'orientation de la gestion vers les résultats ne doit pas être confondue avec une budgétisation par objectif qui consisterait à fixer d'abord les objectifs et les valeurs cibles souhaités puis à déterminer les enveloppes de crédits nécessaires pour les réaliser. Cela n'est pas possible pour deux raisons :d'abord le budget de l'Etat se construit sous contrainte d'enveloppe globale. La répartition des enveloppes entre programmes se fait donc au sein d'un montant global prédéterminé en fonction de la situation globale des finances publiques et du contexte macroéconomique, et, secundo le lien entre dotation budgétaire et objectifs de performance n'est pas mécanique : une amélioration des résultats socio-économiques ou de la qualité de service peut se faire à moyens constants grâce à une amélioration des modalités de mise en oeuvre des crédits ou une meilleure allocation des moyens à l'interne.

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