![]() |
La répression des infractions minières et pétrolières au Camerounpar Léopold TCHOUMI Université de Maroua - Master 2 en droit des industries extractives et questions environnementales 2023 |
Paragraphe 2 : Le recours aux infractions d'emprunt dans l'activité minière ou pétrolièreLe caractère transversal des activités minières et pétrolières fait qu'elles empruntent aux règles régissant divers autres secteurs d'activités ou de la vie socio-institutionnelle pour compléter et enrichir leur régime juridique, le droit applicable à telle ou telle situationspécifique. C'est ainsi que s'y invitent, s'y greffent et s'y incrustent des règles régissant les infractions relatives à la terre, l'environnement, l'hygiène, la sécurité et de droit commun (A), mais aussi les infractions fiscales, douanières, comptables et financières (B). A. Les infractions relatives à la terre, l'environnement, l'hygiène, la sécurité et de droit communLes codes minier et pétrolier font allusion aux infractions sur les déchets toxiques et dangereux85(*), la gestion de l'environnement86(*), les établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes87(*), le régime de l'eau88(*), le régime des forêts, de la faune et de la pêche89(*), la répression de la piraterie, du terrorisme et des atteintes contre la sécurité de la navigation maritime et des plateformes90(*), ainsi qu'aux règles relatives à la responsabilité sociale de l'entreprise extractive, celles du code du travail et des instruments internationaux y relatifs. Le code minier prescrit « la protection de l'environnement »91(*), qui est l'ensemble d'éléments naturels ou artificiels et des équilibres biogéochimiques auxquels ils participent, ainsi que les facteurs économiques, sociaux et culturels qui favorisent l'existence, la transformation et le développement du milieu, des organismes vivants et des activités humaines92(*). Afin d'assurer une exploitation rationnelle des ressources minières et de carrières en harmonie avec la protection de l'environnement, les titulaires de titres miniers et de carrières doivent veiller à : la prévention des géo-risques et géo-catastrophe ; la prévention ou la minimisation de tout déversement dans la nature, la protection de la faune et de la flore ; la promotion ou le maintien de la bonne santé générale de la population ; la diminution des déchets ; la disposition des déchets non recyclés d'une façon adéquate pour l'environnement, après information et approbation des Administrations en charge des mines et de l'environnement ; la gestion des déchets conformément à la législation et à la réglementation en vigueur93(*). Les sociétés minières et pétrolières doivent se plier aux principes de précaution, d'action préventive, de pollueur-payeur, de responsabilité, de participation et au principe de subsidiarité94(*). Le code pétrolier prescrit aussi «la protection de l'environnement »95(*). Le titulaire doit installer, à ses frais, des équipements en vue de prévenir ou de faire disparaître les causes de danger que ses opérations pétrolières font courir à la sécurité publique, à la sécurité civile, à son personnel, à l'hygiène, à l'environnement ou à la conservation des sites et réserves classés, des sources ainsi que des voies publiques96(*). Il doit prendre les mesures nécessaires suivantes : souscription et renouvellement des polices d'assurance couvrant les dommages aux personnes et aux biens résultant des opérations pétrolières réalisées par le titulaire ; réduction au strict minimum des dommages causés à l'environnement sur le périmètre contractuel résultant des opérations pétrolières ; mise en place d'un système rigoureux de prévention et de contrôle de la pollution résultant des opérations pétrolières, ainsi qu'un système de prévention d'accidents et les plans d'urgence à adopter en cas de sinistre ou de menace de sinistre présentant un danger pour l'environnement et la sécurité des personnes et des biens ; traitement, élimination et contrôle des émissions de substances toxiques issues des opérations pétrolières, susceptibles de causer des dommages aux personnes, aux biens et à l'environnement ; installation d'un système de collecte des déchets et de matériel usagé issus des opérations pétrolières ; sauvegarde et préservation des sites archéologiques, touristiques et réserves de faune97(*) ; la protection contre la contamination due aux hydrocarbures98(*) ; un plan de gestion des déchets basé sur un système intégré de contrôle de pollution99(*) ; et lesdits déchets comprennent : les déblais de forage ; les boues à base d'huile, d'eau et de tout autre fluide ; les eaux de production, les eaux usées et les sédiments de toute nature issus des opérations pétrolières ; les produits chimiques, les déchets sanitaires et de drain ; les fumées et autres émissions de gaz de toute nature ; les déchets classés dangereux selon la législation et la réglementation en vigueur notamment, et sans que cette énumération soit exhaustive, les déchets inflammables, corrosifs, réactifs, toxiques ou radioactifs ; les déchets ménagers produits pendant la réalisation des opérations pétrolières ; les huiles usagées100(*) ; y compris respecter les activités de navigation, de pêche et l'environnement marin101(*) ; réaliser une étude d'impact environnemental et social102(*) qui est l'examen systémique visant à déterminer les effets favorables et défavorables susceptibles d'être causés par un projet sur l'environnement naturel et humain. Elle permet d'atténuer, d'éviter, d'éliminer ou de compenser les effets néfastes d'un projet tant sur l'environnement que sur les personnes affectées par celui-ci103(*). C'est donc à dessein que les codes minier et pétrolier subordonnent l'exploitation des ressources minières et des hydrocarbures à une étude d'impact environnemental et social, une étude de dangers et des risques, et un plan de gestion environnementale et sociale pour la fin de l'exploitation, à l'exception des activités artisanales, de même que la restauration, la réhabilitation et la fermeture systématique des sites, gisements et puits, y compris l'enlèvement des usines et installations par les opérateurs, pour que ces sites et gisements retrouvent leur état stable et sécurisant antérieur104(*). « Les infractions relatives aux terres mises à la disposition des titulaires des titres, permis, ou autorisation d'exploitation sont sanctionnées conformément à la législation foncière et domaniale »105(*). Pour recenser les infractions relatives aux terres mises à la disposition des titulaires des titres, permis ou autorisation d'exploitation des mines et carrières, il faudra donc faire appel aux textes régissant le régime foncier106(*), le régime domanial107(*), la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique et aux modalités d'indemnisation108(*), l'organisation cadastrale109(*), la répression des atteintes à la propriété foncière et domaniale110(*), le régime foncier de l'immatriculation111(*) pour ses dispositions encore applicables, les conditions d'obtention du titre foncier112(*), les modalités de gestion du domaine national113(*), les modalités de gestion du domaine privé de l'Etat114(*), ainsi que les dispositions pénales concernant le trouble de jouissance115(*), la destruction116(*), la destruction des bornes et clôtures117(*), l'incendie et destruction118(*), etc. Par ailleurs, les activités minières et pétrolières touchant divers pans importants de la vie sociale, économique et financière, il n'est pas rare que des infractions de droit commun soient commises par les acteurs directs et indirects, dont les agissements, comportements et intentions ne sont pas toujours des plus sains ou conformes à la loi pénale. Il arrive ainsi que les activités minières et pétrolières soient gangrenées par diverses infractions, à l'instar de la corruption active119(*), de la corruption passive120(*), de l'intérêt dans un acte121(*), du délit d'initié122(*), de faux dans un acte123(*), du faux et usage de faux en écritures publiques et authentiques124(*), des activités dangereuses125(*), des substances explosives126(*), des déchets toxiques (pas de sursis, et fermeture établissement)127(*), etc. C'est aussi en cela qu'on peut apprécier le particularisme des infractions minières et pétrolières, combinant aussi des infractions fiscales, douanières, comptables et financières. * 85 Loi n° 89/27 du 29 décembre 1989 sur les déchets toxiques et dangereux. * 86 Loi n° 96/12 du 05 août 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l'environnement. * 87 Loi n° 98/015 du 14 juillet 1998 relative aux établissements classes dangereux, insalubres ou incommodes. * 88 Loi n° 98/005 du 14 avril 1998 portant régime de l'eau. * 89 Loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche. * 90 Loi n° 2022/017 du 27 décembre 2022 portant répression de la piraterie, du terrorisme et des atteintes contre la sécurité de la navigation maritime et des plateformes. * 91 Chapitre 5 du Titre 5 du code minier camerounais. * 92 Article 2 du décret n° 2023/232 du 04 mai 2023 fixant les modalités d'application de la loi n°2019/008 du 25 avril 2019 portant code pétrolier. * 93 Article 102 du code minier camerounais. * 94 Article 9 de la loi n° 96/12 du 05 août 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l'environnement. * 95 Chapitre 4 du Titre 5 du code pétrolier camerounais. * 96 Article 80 alinéa du code pétrolier camerounais. * 97 Article 80 du décret n°2023/232 du 04 mai 2023 portant application du code pétrolier camerounais. * 98 Article 81 du décret n°2023/232 du 04 mai 2023. * 99 Article 82 du décret n°2023/232 du 04 mai 2023. * 100 Article 83 du décret n°2023/232 du 04 mai 2023, op. cit. * 101 Article 104 du décret n° 2023/232 du 04 mai 2023. * 102 Article 90 alinéa 1 du code pétrolier camerounais et article 87 du décret n° 2023/232 du 04 mai 2023. * 103 Article 2 du décret n°2023/232 du 04 mai 2023 fixant les modalités d'application de la loi n°2019/008 du 25 avril 2019 portant code pétrolier. * 104 Article 103 de la loi n°2023/014 du 19 décembre 2023 portant code minier camerounais. * 105 Article 185 du code minier camerounais. * 106 Ordonnance n° 74/01 du 06 juillet 1974 fixant le régime foncier. * 107 Ordonnance n° 74/02 du 06 juillet 1974 fixant le régime domanial. * 108 Ordonnance n° 74/03 du 06 juillet 1974 relative à la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique. * 109 Loi n° 76/25 du 14 décembre 1976 portant organisation cadastrale. * 110 Ordonnance n° 80/22 du 14 juillet 1980 portant répression des atteintes à la propriété foncière et domaniale. * 111 Décret du 21 juillet 1932 relatif au régime foncier de l'immatriculation. * 112 Décret n° 76/165 du 27 avril 1976 fixant les conditions d'obtention du titre foncier. * 113 Décret n° 76/166 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du domaine national. * 114 Décret n° 76/167 du 27 avril 1976 fixant les modalités de gestion du domaine privé de l'Etat. * 115 Article 239 du code pénal camerounais. * 116 Article 316 du code pénal camerounais. * 117 Article 317 du code pénal camerounais. * 118 Article 237 du code pénal camerounais. * 119 Article 134 du code pénal camerounais. * 120 Article 134-1 du code pénal camerounais. * 121 Article 135 du code pénal camerounais. * 122 Article 135-1 du code pénal camerounais. * 123 Article 144 du code pénal camerounais. * 124 Article 205 du code pénal camerounais. * 125 Article 228 du code pénal camerounais. * 126 Article 229 du code pénal camerounais. * 127 Article 229-1 du code pénal camerounais. |
|