3.2.3.3.- L'augmentation du taux de la criminalité et
la pratique de la vengeance privée
Le dysfonctionnement de notre système judiciaire
contribue à l'augmentation catégorique du taux de la
criminalité dans le pays. Les organismes de défense des droits
humains parlent d'une société en pleine déliquescence.
Les juristes répètent avec raison qu'un système
judiciaire efficace s'affirme dans la mesure où les règles
édictées assurent la satisfaction des intérêts
des parties au procès et consacrent en même temps
l'inutilité de tout recours à la vengeance
privée.
Quand des délinquants qui violent impunément la
loi sont relâchés par les tribunaux, le contrat social est
à refaire. Tout le monde sait qu'une absence de preuve peut
entraîner la libération même des criminels les plus
endurcis et occasionner également la détention d'un innocent.
Mais, lorsqu'un tribunal ou un juge le fait sciemment, des
mécontentements surgissent de toute part, que ce soit du
côté du détenu, de la victime ou des gens du corps
social. Alors, cette justice tant réclamée confond sa
mission en s'engageant dans des luttes partisanes, ce qui ne manque
pas d'encourager la manifestation de la violence individuelle en tant qu'unique
recours pour sauvegarder les intérêts privés et
légitimes. Entretemps, `'on fourbit ses armes contre la justice'',
disait le juriste Haïtien Maitre Camille Leblanc. Dans certaines
Communes et Sections Communales de la juridiction du TPI des Cayes, entre 2019
à 2022, les Organismes de défense des droits humains ont
répertorié plusieurs cas de présumés
délinquants lynchés par la population qui les a surpris en
flagrant délit. Dans d'autres endroits du pays, c'est le
phénomène « bwa kale » qui a vu le jour.
Parfois, grâce à la corruption, certains
délinquants échappent au châtiment que méritent
leurs crimes ; d'autres ont fait objet d'un verdict de condamnation
ou d'une décision de détention provisoire mais finiront par
s'évader dans les prisons avec la complicité de certaines
autorités judiciaires. En dehors de la prison, ces
évadés ne sont pas pour autant hors de tout danger parce
qu'ils sont souvent lynchés par la population ou par les proches de la
victime.
Maintenant que les causes et les conséquences de la
surpopulation carcérale sont connues, nous allons consacrer le dernier
chapitre du travail à proposer certaines mesures de redressement
à l'Etat afin de promouvoir le respect des droits des détenus en
Haïti, plus particulièrement au sein de la Prison civile des
Cayes.
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