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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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§ 2. Un mouvement pour lutter contre le socialisme

Le socialisme a axé sa stratégie de conquête du pouvoir par un développement de ses idées en milieu ouvrier, milieu qui concentre la majorité de la population et grâce à la pénétration de ses idées révolutionnaires ou réformistes dans ce milieu la prise du pouvoir politique en est facilitée.

Pour lutter contre le socialisme, Léon Harmel entreprend la même démarche que celle des socialistes : éduquer le peuple (A) puis dans un contexte marqué par le ralliement des Catholiques à la République, prendre le pouvoir (B).

A. Une lutte contre les idées socialistes dans les cercles chrétiens d'études sociales

À la question de savoir pourquoi il choisit la voie du syndicalisme séparés, Harmel donne une réponse sans ambages dans une lettre qu'il fait parvenir à un de ses avoués à Angoulême : « S'il m'appartenait de les empêcher, quel effet produirais-je ? Je jetterais ces ouvriers chrétiens dans les bras des socialistes. Pour maintenir les ouvriers de l'Église, il faut les former à l'étude des reformes susceptibles d'améliorer la condition ouvrière et surtout leur donner la doctrine chrétienne. »130(*)

Il constate qu'avec des méthodes analogues, les socialistes remportent de réels succès : ils «ont pu faire étudier à des ouvriers des ouvrages difficiles comme ceux de Marx ». Or, dit-il, « c'est une vérité banale de dire que ce sont les idées qui mènent le monde ». À ce titre, il utilise les cercles chrétiens d'études sociales qui voient le jour à Reims en 1891, comme un moyen d'éduquer la classe ouvrière et de corriger les erreurs véhiculées par les socialistes dans le Peuple : erreurs qui les ont éloignés de l'Église.

Parmi ces erreurs la plus utilisée par les socialistes est celle selon laquelle l'Église soutient toujours les riches contre les pauvres, elle est toujours du coté du patron que des ouvriers. Qui mieux que Léon Harmel peut dire le contraire ? Lui, l'industriel voit l'action bienfaisante de l'Église se manifester envers les pauvres depuis la création de l'Église et il se charge de le rappeler lors de son discours au congrès ouvriers de Tours. Son discours est axé sur l'idée selon laquelle l'Église et le vicaire du Christ ont toujours soutenu les plus faibles contre les puissants.

Sur le soutien de l'Église, il n'hésite pas à rappeler que le travail incessant de l'Église est d'élever les barrières pour protéger les plus faibles contre les puissants qu'il appelle « les fauves ». Exemples à l'appui il montre les réalisations de l'Église en matière de défense des plus faibles.

Le droit d'asile s'attache à Saint Chrysostome131(*). L'asile est un lieu où une personne se sentant menacée peut se mettre en sécurité, le droit d'asile renvoi au droit à chaque être humain de trouver refuge face à des menaces et des poursuites.

À la suite de Saint Chrysostome, Saint Odilon de Cluny met en place la trêve de Dieu132(*). La Trêve de Dieu est une suspension de l'activité guerrière durant certaines périodes de l'année, organisée pendant le Moyen Âge en Europe par l'Église catholique romaine (historiquement, elle a le plus longtemps pris la forme d'une trêve du mercredi soir au lundi matin, ainsi que pendant tout l'Avent, à Noël, pendant le Carême et le Temps pascal). C'était un moyen de l'Église de soulager les pauvres qui souffrent des affres de la guerre, et elle rappelle la mission pacificatrice de l'Église. Par ailleurs d'autres réalisations de l'Église viennent corroborer ses dires.

N'est-ce pas Saint Louis qui codifie l'abri corporatif dans lequel les faibles trouvent secours ? N'est ce pas Saint Yves qui attache son nom au tribunal ecclésiastique et qui est reconnu comme défenseur des opprimés et avocat des plus faibles ? L'interdiction de l'usure qui avilit tant de pauvres censitaires et serfs n'est-elle pas l'oeuvre de l'Église prononcée par les saints Pères et formulée par Saint Thomas d'Aquin133(*). L'église a, comme il le rappelle, de tout temps bataillé pour les plus faibles.

Et si la société du XIXe siècle est si injuste selon Harmel, la faute revient au « paganisme qui lutte contre l'Église ». L'humanité est devenue païenne, elle écarte l'Église avec ses erreurs et ses lois injustes. C'est la raison pour laquelle les libertés ont « sombrées » et « les ouvriers et les artisans sont livrés sans défense aux appétits des puissants »134(*).

Harmel rappelle également aux ouvriers le rôle du Saint père Léon XIII. Ce pape qui est victime de tant de critiques aussi bien de la part des catholiques conservateurs que des socialistes. Ces attaques qui en affaiblissant le Pape, affaiblissent aussi l'Église dont il est le sommet dans la Hiérarchie. Il est évident que pour ramener les ouvriers à l'Église, il ne suffit pas de montrer les bonnes oeuvres passées de celle-ci mais il faut aussi démontrer l'action du souverain pontife Léon XIII envers les ouvriers. C'est pourquoi il leur réaffirme l'amour du pape envers les ouvriers. Amour qui se manifeste selon lui par l'encyclique publié par le souverain pontife sur la question ouvrière135(*). Celle-ci est la preuve qu'il s'attache à la détresse des ouvriers puisqu'à l'intérieur le pape n'hésite pas à prouver sa compassion pour les classes laborieuses et son soutien aux corporations, syndicats de toutes sortes pour protéger les plus faibles. Ces syndicats ouvriers qui doivent lutter contre l'isolement des ouvriers, proclamer la vérité sur le juste salaire, sur les excès du travail et sur les abus de toutes sortes qui se sont introduits sur la base des fausses doctrines136(*).

Il prend pour exemple le geste du pape lors du pèlerinage ouvrier à Rome en 1891. À l'occasion de ce pèlerinage, Léon XIII choisit comme devise devant figurer sur la médaille du pèlerinage, la phrase suivante : « Merces operariorum clamat in aures domini ». Cette phrase qui signifie que le salaire des ouvriers crie aux oreilles du Seigneur est une manière de plus pour le pape de montrer son intérêt à la question ouvrière. C'est pourquoi Harmel exhorte les ouvriers à proclamer partout le rôle bienfaisant de l'Église et les invite à saluer Léon XIII comme « l'émancipateur des masses populaires »137(*).

Les cercles chrétiens d'études sociales sont un pan de la vision démocrate chrétienne d'Harmel, l'autre pan consiste à construire une démocratie d'inspiration chrétienne face au danger marxiste qui menace cette démocratie.

* 130 DUBOST (M.), LALANNE (S.) op. cit., p. 216

* 131 HARMEL (L.), La démocratie chrétienne, p. 24

* 132 Ibid.

* 133 Ibid.

* 134 Ibid.

* 135 Ibid., p. 27.

* 136 Ibid., p. 36.

* 137 HARMEL (L.), ibid. p. 37.

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