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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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B. Une lutte sur le plan politique depuis le Ralliement

Les cercles Chrétiens d'études sociales connaissent un grand succès. Harmel le constate dans une lettre en ces termes : « Nos cercles d'études sociales de Reims font un grand bien et amènent un grand apaisement. » Effectivement l'atmosphère sociale de Reims est pacifiée et le succès du premier congrès ouvrier organisé à Reims en 1893 provoque l'essor des cercles chrétiens d'études sociales dans l'Ouest : à Brest, avec Dégrées du Lou, à Blois avec l'abbé Rabier, et dans diverses autres villes. Cela permet aux travailleurs chrétiens de cette région de commencer à s'organiser. Les résultats obtenus poussent Léon Harmel à lancer, en juillet 1898, un appel en faveur des cercles d'études ouvriers dont l'importance lui paraît de plus en plus évidente138(*). Stimulé par l'exemple belge, le mouvement s'oriente vers une action politique139(*).

Harmel qui a de forts lien avec la Belgique puisque son grand père est un belge qui a émigré en France, n'est pas loin de cette orientation donné au mouvement qui se met en place. En effet il voit qu'en Belgique l'abbé Adolf Daens représentant le Christene Volkspartij, le parti démocrate-chrétien est élu au parlement140(*). En France le péril socialiste se fait plus présent car la pensée socialiste est soumise vers la fin du XIXe siècle à une idéologie dominante, le marxisme qui prône la révolution. Les anarchistes étendent leur mouvement dans toute l'Europe. Face à cela Harmel comprend que l'heure est à une politique d'apaisement avec les Républicains. Il faut réveiller « le parti de l'ordre »141(*) pour contrer l'influence marxiste qui se fait jour au sein de la masse populaire. C'est pourquoi il n'hésite pas à féliciter tous les acteurs qui ont comme Veuillot qui comprennent le message que veut véhiculer le pape Léon XIII à travers l'encyclique Inter Sollicitudines. Léon XIII qui prône un ralliement des catholiques à la République pour contrer l'influence marxiste plus dangereuse encore pour la démocratie.

Certes la Troisième République mène une violente campagne de déchristianisation mais pour le souverain pontife, la responsabilité de cet anticléricalisme incombe aux monarchistes qui combattent la République au nom de leur foi catholique. De cette façon ils provoquent la haine des républicains contre le catholicisme. Pour désarmer les républicains, il faut les convaincre que l'Église n'est pas l'adversaire de la République, mais s'oppose seulement au laïcisme. Et pour les convaincre, il estime qu'il n'y a pas d'autre moyen que de soutenir les institutions républicaines142(*). Cette alliance entre Républicains et Catholiques a pour but d'affaiblir l'anticléricalisme et aussi de mieux contrer la menace socialiste qui se fait jour et qui constitue la principale menace selon Harmel.

Pour Harmel les partis républicains ou anticléricaux vont tomber ainsi que tous les autres partis mais seul deux partis survivront : le socialisme athée et la démocratie chrétienne143(*). Il est hors de question pour le « bon père » que l'issue soit fatale à la seconde. C'est la raison pour laquelle tout doit être mis en oeuvre par le peuple ouvrier pour que triomphe la démocratie chrétienne. Il les exhorte donc à multiplier les réunions et les conférences pour faire comprendre aux électeurs leur rôle et leur responsabilité car « ils avaient leur avenir entre leur main ». Il achève son discours en disant que ce sont les votes des ouvriers qui décideront « du relèvement de la patrie ou de son irrémédiable effrontément »144(*). Malheureusement pour Harmel, rien ne se passe comme prévu. Certains catholiques rejettent l'appel du pape au ralliement et ne soutiennent pas la démocratie chrétienne qui échoue, victime de ses divisions. L'ennemi le moins redouté par Harmel, le parti républicain donne le coup de grâce à l'Église à travers la Loi concernant la Séparation des Églises et de l'État de décembre 1905, connue sous le nom de loi Combes, qui enlève à l'Église tout financement et reconnaissance publique ; elle considère la religion uniquement dans sa sphère privée et non dans sa sphère sociale ; elle établit que les biens ecclésiastiques sont acquis par l'État, tandis que les édifices de culte sont confiés gratuitement à des associations culturelles élues par les fidèles, sans l'approbation de l'Église.

Le Concordat de 1801, qui pendant un siècle a réglé les relations entre la France et le Saint-Siège et que Léon XIII a voulu préserver à tout prix, est misérablement réduit à néant145(*).

Après la corporation chrétienne dont la fécondité sociale est limitée, Harmel connait une nouvelle déception avec l'échec de la démocratie chrétienne. Lui qui y a placé tant d'espoir.

Mais il est un domaine où l'action de Léon Harmel connait un succès énorme et une fécondité sociale ; il s'agit du conseil d'usine mis en place au Val par Harmel.

* 138 TRIMOUILLE (P.), op. cit. p. 84.

* 139 DUBOST (M.), LALANNE (S.) op. cit., p. 218.

* 140 DURAND (J.-D.) L'Europe de la Démocratie chrétienne, s.l, Éditions Complexe, 1995, p. 328.

* 141 Aux élections législatives du 13 mai 1848, le « Parti de l'Ordre, qui réunit tous les conservateurs (royalistes légitimistes et royalistes orléanistes, bonapartistes...) autour d'un slogan : Ordre, Propriété Religion, contre la gauche républicaine qui a emprunté aux révolutionnaires d'antan le nom de Montagne », (source Hérodote.net)

* 142 MATTEI (R.), Le ralliement de Léon XIII. L'échec d'un projet pastoral, Cerf, Paris, 2016, p. 216.

* 143 HARMEL (L.), La démocratie Chrétienne, p. 41.

* 144 Ibid., p. 41.

* 145 MATTEI (R.), ibid.

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