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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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§ 2. La gestion des oeuvres culturelles du val : une politique pour moraliser la main d'oeuvre ouvrière

L'idée principale du paternalisme c'est qu'il faut protéger les gens d'eux même car ils ne savent pas ce qui est bon pour eux. En cela le paternalisme se révèle comme une forme de limitation de la liberté de se nuire à soi-même155(*). Harmel souscrit à cette forme de paternalisme car pour lui, le patron a le « devoir sacré » de se préoccuper de la conduite des ouvriers en dehors de l'usine pour tout ce qui touche aux scandales et aux faits contre la probité. Il ajoute que le patron qui n'exercerait pas cette action trahirait son devoir156(*). Au Val, on trouve plusieurs associations dont le but est de se préoccuper de la conduite droite des ouvriers. Parmi celles-ci il y a les associations fondamentales qui doivent conduire le peuple ouvrier à la pratique religieuse (A) et les sociétés de préservation de la morale qui préservaient la population de toutes influences extérieures délétères (B).

A. Les associations fondamentales pour obtenir la pratique religieuse des ouvriers

Le patron du Val sait que les oeuvres sociales ne suffisent pas pour ramener les ouvriers à la pratique religieuse. Il en a fait l'amer constat avec les oeuvres réalisées par son père et leur influence minime sinon restreinte sur la « christianisation » des ouvriers. Pour lui, la meilleure solution réside dans l'atelier chrétien qui allie des associations chrétiennes aux institutions économiques. Cette combinaison a dépassé toutes les espérances que toutes les oeuvres sociales pouvaient faire naitre157(*).

C'est ainsi qu'au Val, on retrouve plusieurs associations chrétiennes qui sont connues sous le vocable d'« associations fondamentales »

La première de ces associations est l'Association des enfants de Marie qui voit le jour le 15 août 1863 avec l'aide de quelques filles d'ouvriers qui montrèrent beaucoup de dévouement et de bonne volonté. Cette création est le point de départ d'une longue série d'associations qui s'adressent aux hommes et aux jeunes de tout âge. Les soeurs s'occupent des filles et des femmes de tout âge et les trois frères présents au Val dirigent les hommes et les garçons.

Les associations fondamentales que dirigent les soeurs sont l'Association Sainte Philomène pour les filles qui n'ont pas fait leur première communion c'est-à-dire les filles en dessous de l'âge de 12 ans. Ensuite l'association des Saints Anges qui les prend en charge, une fois leur première communion effectuée. Puis vient l'association des enfants de Marie qui recueillent les filles dès l'âge de 14-15 ans pour les conserver jusqu'à leur entrée dans l'association des mères chrétiennes qui se dénomme l'Association Sainte-Anne. Tout est fait pour encadrer les filles dès le berceau à la tombe afin qu'elles ne sombrent pas dans les vices communs aux filles de la région.

Du coté des associations fondamentales que dirigent les frères, nous avons l'association Saint-Louis de Gonzague qui s'occupent des garçons qui n'ont pas fait leur première communion. À l'issue de leur première communion ils intègrent la société Saint-Joseph. L'association Saint-Joseph qui débute 28 avril 1867 et qui devient en 1873 le cercle catholique d'ouvriers est la plus importante des associations. Son effectif passe de 198 en 1879 à 313 en 1894158(*). On y trouve à la fois des jeunes gens et des pères de famille. On y trouve un petit cercle pour les garçons sortis de l'association Saint Louis de Gonzague jusqu'à l'âge de 16-17 ans, période à laquelle ils peuvent intégrer le grand cercle.

Comme on le constate, les associations fondamentales ne concernent pas seulement les ouvriers mais aussi leur famille, leurs enfants. Cela est dû au fait que les enfants des ouvriers deviennent par la suite des ouvriers, ils faut donc bien les former pour qu'ils soient de bons travailleurs plus tard et ainsi éviter de recourir à la main d'oeuvre désoeuvrée, immorales, instables qu'on trouve dans la région de Reims. Les résultats obtenus par ces associations sont à la hauteur des efforts. En 1878, la plus grande partie de la « population ouvrière » du Val est revenue à la pratique religieuse qui était presqu'inconnue en 1865. On dénombrait même 800 communions par mois et 75 % des effectifs de l'usine sont inscrits dans les associations fondamentales159(*). Ces résultats encouragent un autre type de contrôle qui s'exerçait au niveau des institutions crées pour permettre aux ouvriers d'accéder aux loisirs.

* 155 OGIEN(R.), Mon dîner chez les cannibales, Paris, Grasset, 2016, p. 144.

* 156 HARMEL (L.), Manuel de corporation chrétienne, p. 11.

* 157 TRIMOUILLE (P.), op. cit., p. 32.

* 158 TRIMOUILLE (P.), op. cit., p. 34.

* 159 Ibid.

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