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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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B. Un constat de départ : les conséquences désastreuses de l'abolition des corporations

Pierre Rosanvallon ne se trompe pas quand il affirme que « la destruction des ordres et des corporations a créé un vide d'où procèdent toutes les tensions nouvelles qui se manifestent au XIXe siècle ». En supprimant la corporation, la Révolution brise la famille professionnelle liant maîtresse, compagnon et apprenti. De cette destruction du lien familial nait un grand esprit d'individualisme, or partout où l'individualisme devient prépondérant dans les rapports sociaux, « les hommes se plongent dans les luttes de la barbarie »16(*). Rien de surprenant donc que tous les intellectuels de toutes tendances politiques aient été hantés par cet « effondrement des liens sociaux dans la France postrévolutionnaire »17(*). On regrette un monde construit autour de petites communautés de producteurs et de propriétaires, protégés par une hiérarchie sociale stable18(*). Le capitalisme industriel, qui prospère à la suite de la Révolution, capitalise sur les disparités entre groupe sociaux, disparités qui étaient inconnues dans le régime corporatif19(*). Parlant des méfaits de la Révolution française, Fréderic Le Play dit même que « l'hostilité réciproque des deux classes est devenue, au contraire un trait distinctif des moeurs modernes de la France ». Le célèbre ingénieur social n'a pas tort car les deux classes : la classe bourgeoise et la classe prolétaire qui naissent dans la société postrévolutionnaire sont plus antagonistes que les trois ordres qui existaient sous l'Ancien Régime. La société sous l'Ancien Régime tant décriée apparait ainsi nettement plus appréciable que la société de la France moderne. Elle était certes fragmentée en différents ordres mais elle n'était pas divisée en classe antagonistes. Une séparation croissante se fait sentir entre les ouvriers et les patrons, puisque l'élément organique qui les unissait n'existe plus.

Au nom de l'idéal libéral, tous les groupes intermédiaires au sein de la société sont dissous, les compagnonnages et les corporations. L'individu se retrouve seul face à l'État. La solidarité dans le monde du travail est un lointain souvenir. Désormais c'est la lutte entre les deux classes, entre le capital et le travail. C'est la raison pour laquelle Harmel n'hésite pas à accuser le libéralisme d'être à la base des maux de l'ouvrier20(*) puisqu'avec le règne de l'individualisme, l'individu se retrouve seul face au patron. Il se retrouve d'autant plus désarmé que les règles qui réglementent les métiers et qui contrôlent le marché du travail n'existent plus. Un rapport de force s'est installé entre l'ouvrier et son patron et il est en défaveur du premier. Avec le développement des usines, le travail quitte le foyer domestique pour l'usine, les mères abandonnent le foyer pour l'usine où le travail est désormais centralisé ce qui entraine la destruction de la famille ouvrière. Et les ouvriers eux-mêmes sont isolés entre eux. L'artisan du XIXe est devenu un mercenaire au service d'un négociant ou d'un artisan plus puissant : le capitaliste industriel.

* 16 LE PLAY (F.), op. cit., p. 47.

* 17 HORNE (J.), op cit., p. 37.

* 18 FUSTER, L'évolution de l'assurance ouvrière, p. 388.

* 19 BIGOT(P.), op cit., p. 126.

* 20 HARMEL (L.), Manuel de corporation Chrétienne, p. 190.

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