WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

précédent sommaire suivant

B. Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) : un modèle trop ambitieux

Le CNR adopte un programme à l'unanimité le 15 mars 1944 et il est publié sous le titre Les jours heureux. Il souhaite « l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale impliquant l'éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l'économie » ainsi que « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés ». Il est considéré à juste titre par plusieurs auteurs comme étant trop ambitieux196(*). En instaurant une véritable démocratie économique et sociale c'est les patrons qu'on évince. La participation active des travailleurs à la gestion de l'entreprise tel que voulue par le CNR s'avère trop risquée pour l'économie. Certes le texte ratifié le 15 mars diffère du projet communiste initial plus ambitieux encore dans la participation des travailleurs mais cette différence est plutôt au niveau de l'inversion des priorités197(*). La plus large part du programme est donnée à un programme d'inspiration socialiste dont les mesures les plus connue sont l'instauration de la sécurité sociale et les nationalisations. De Gaulle est mis devant le fait accompli car il n'a pas eu son mot à dire durant l'élaboration, l'orientation et la rédaction du projet198(*). Il manifeste son refus à l'application de ce projet qu'il trouve trop ambitieux et trop imprécis.

Trop ambitieux pour être réalisé en sept mois qui est le temps du Gouvernement provisoire et trop imprécis pour donner à ses adversaires des raisons quotidiennes de l'utiliser pour tomber dans des dérives199(*). Parmi ces dérives on peut citer l'intervention directe des salariés dans la gestion des entreprises sur la base du programme du CNR. Cette intervention se manifeste par la multiplication de ces comités dits de « gestion » qui naissent dans le climat insurrectionnel de la France libre. Face à un patronat déconsidéré par sa collaboration, la classe ouvrière, grandie par sa résistance, va s'emparer des orientations du CNR pour tenter de créer de multiples « comités spontanés » visant à exiger un réel contrôle ouvrier des entreprises. Ils se créeront dans de nombreuses villes et régions françaises. On cite Lyon, Toulouse, Marseille200(*)...

Devant la menace que constitue ce mouvement pour l'économie de la France, De Gaulle est obligé de rassurer les patrons de l'action et de l'orientation que son gouvernement entend donner à la gestion sociale de l'entreprise. Il le rappelle en octobre 1944 lors d'une visite à Lille en ces termes : « bien que le mode et le degré de la collaboration entre ceux qui travaillent et ceux qui dirigent puissent être différents suivant la nature et l'importance de l'entreprise, il faut que cette collaboration soit établie de manière organique entre les uns et les autres, sans naturellement contrarier en rien l'action de ceux qui ont la responsabilité de leur direction. » Sa position sur ce sujet est alors très clair, il est pour la collaboration entre patrons et ouvriers mais contre la participation des ouvriers à la gestion économique de l'entreprise. Sa position rejoint celle de son ministre de l'intérieur Adrien Tixier qui, dès février 1944, déclare que : « l'heure n'est pas venue de prévoir pour les comités techniques des pouvoirs de contrôle ou de décision. Dans les conditions actuelles, leur rôle ne peut être que consultatif ». Ces positions rassurent le milieu patronal.

Avec son gouvernement De Gaulle monte un projet de substitution au programme du CNR. Le contenu de l'avant-projet gouvernemental est déposé pour avis sur le bureau de l'Assemblée le 21 novembre 1944. Ce projet est très critiqué par l'assemblée consultative provisoire. Confronté à l'opposition patronale et à un avis de l'Assemblée auquel il n'est certes pas tenu de se conformer mais qu'il serait politiquement inopportun de négliger, le Gouvernement provisoire va faire le choix de s'en tenir à son texte initial. Ce projet est le modèle promu par l'ordonnance du 22 février 1945 qui sera par la suite amélioré à travers dans loi du 16 mai 1946.

* 196 Les jours heureux : le programme du CNR de mars 1944, p. 25.

* 197 CORDIER (D.), Jean Moulin : la République des catacombes, Paris, Gallimard, 1999, p. 27.

* 198 Ibid.

* 199 ARON (R.), Politique française Articles 1944-1977, Paris, Éditions de Fallois, 2016, p. 77.

* 200 LE CROM (J.-P.), L'introuvable démocratie salariale, p. 37.

précédent sommaire suivant