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Quelles perceptions des contenus sur smartphone dans les visites culturelles à  paris?


par Céline Cauderlier
Groupe EAC - MBA management de projets dans les industries créatives 2012
  

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CHAPITRE 4 : Impacts des NTIC sur le tourisme culturel : évolutions et attentes.

Après avoir analysé les nouvelles technologies de l'information et de la communication et leur impact sur la société et dans le tourisme avec l'apparition de nouveaux outils, ce chapitre va traiter de la réception de ces nouveaux outils par le touriste. En effet, même si ces technologies mobiles conviennent parfaitement à des nouveaux visiteurs qui vivent littéralement avec leur Smartphone et sont familiés avec ces différentes applications, le fait d'être constamment aidé, voir l'impression d'être épié, et de perdre tout sentiment de liberté

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pendant le voyage peut être mal perçus par certains. Dans une deuxième partie qu'elles sont les contenus d'applications Smartphone qui conviennent le plus à des visiteurs, il faut comprendre dans un premier temps comment sont perçus ces nouveaux outils et notamment les applications Smartphone dans une visite culturelle. Ce chapitre s'intéressera d'abord au mécanisme d'acceptation d'une nouvelle technologie vu par les sociologues, puis abordera les usages et enjeux des nouvelles technologies dans le tourisme, et enfin à partir d'un rapport d'Atout France il comparera les différentes perceptions et niveaux d'acceptations des visiteurs par rapports aux nouveaux outils.

4.1 Usages et enjeux des nouvelles technologies vues par les sociologues:

Depuis l'entre-deux guerre, le développement des technologies de la communication était perçu comme une série continue où chaque nouvelle invention, de la presse écrite à la radio, puis à la télévision, empruntait des éléments caractéristiques à la précédente tout en apportant les dernières innovations. L'apparition de l'informatique dans les années 1970, laisse entrevoir un changement radical. Ces technologies de la communication ne sont plus seulement qu'un moyen de diffusion des produits culturels. Elles font en effet partie du monde industriel, modifie nos manières d'innover, de produire, de consommer et d'échanger. Avec la diffusion massive d'internet autour des années 199096, et en parallèle la diffusion extraordinaire du téléphone portable dont le nombre dépasse aujourd'hui le nombre d'individus, le phénomène est d'un autre ordre : les technologies de la communication agissent comme un levier économique. Depuis la fin des années 1970, deux conceptions se sont affrontées toutes deux déterministes : les essayistes, philosophes et sociologues ont défini l'innovation technique comme un élément moteur du changement social et historique, ce qui est la posture du déterministe technique. Et d'autres au contraire, ont insistés sur les enjeux du cadre social dans le développement des innovations techniques: c'est la posture du déterminisme social.

4.1.1 Le déterminisme technique et le déterminisme social

« La science découvre, l'industrie applique et l'homme suit »97. Cette citation était inscrite sur la plaquette présentant l'exposition universelle de Chicago en 1933 consacrée à un siècle de progrès scientifiques et techniques. Cette phrase résume bien le type d'approche qui, depuis la fin des années 1970 et durant les années 1980, a dominé les discours et recherches sur les

96 Usages et enjeux des technologies de communication de Francis Jauréguiberry et Serge Proulx, page 1

97 Le destin technologique par Salomon, Balland, 1992, p.274

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technologies de la communication. Ces nouvelles technologies sont investies d'une capacité à définir un « nouveau monde ». L'approche du déterminisme technique consiste en effet à évaluer les effets des dispositifs techniques sur les comportements individuels et collectifs dans l'Histoire. Cela consiste par exemple, à évaluer les effets du téléphone portable sur les comportements .Il existe une vision pessimiste et une vision optimiste du déterminisme technique. La vision optimiste des impacts des technologies sur le social a sans conteste dominé pendant plus de 20 ans que ce soit en Europe, aux États-Unis ou au Japon. Les technologies de la communication y sont décrites comme facilitant la communication entre des individus éloignés dans le temps et dans l'espace. L'éloignement n'est plus alors un facteur pénalisant, et les individus gagnent du temps. Elles permettent ainsi la décentralisation ou l'éclosion d'activités économiques jusqu'alors maintenu à l'écart du développement. Les nouvelles technologies de la communication permettent aussi une redéfinition des frontières entre espace de travail et espace de vie. La technologie, face aux incertitudes des croyances habituelles apparait comme quelque chose de solide, incontournable et réconfortant à la fois. Cette théorie apporte ainsi une solution simple à des problèmes complexe. La technologie est donc sensée améliorer nos vie à long terme, et rapprocher les humains entre eux. La vision pessimiste quant à elle, définit les nouvelles technologies de la communication comme quelque chose qui, loin de permettre aux individus de se rapprocher pour avoir une meilleure prise sur leur destin, risque plutôt de les arracher de leur cadre habituel de référence pour mieux les manipuler. La critique est ici culturelle : face à l'adversité, à l'absence de perspectives, il serait possible de fuir, via les technologies de communication, vers un monde imaginaire plus en accord avec les désirs de chacun. Les individus rechercheraient donc non pas un rapprochement entre eux mais plutôt une valorisation narcissique. On attend du média qu'il permette de s'exprimer, ou bien qu'il parle de soi. Replié sur soi, chacun préfèrerait désormais consommer ses relations au monde à moindre frais sans contact direct, restant chez soi et désertant les lieux publics. Ainsi pour Richard Sennet « les communications électroniques sont l'un des moyens par lesquels la notions de vie publique a été étouffée »98. La masse d'information selon lui, nous parvient plus vite est de façon plus importante mais nous agissons moins ensemble. Mais selon Olivier Donnat, la fréquentation des établissements culturels n'a pas été modifiée au cours de la dernière décennie. On peut donc supposer que les nouvelles technologies de la communication, bien que fournissant des moyens facilitant l'accès à l'information ne change en rien les habitudes au niveau des sorties

98 Les tyrannies de l'intimité, édition le Seuil (1979) p. 220-221

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culturelles des français99. Pour le déterminisme social, c'est la nature elle-même du support technique utilisé de manière dominante pour communiquer qui est censée influencer directement ou de façon inconsciente la sphère socio-culturelle. Le rôle du sociologue consiste alors à mesurer les « effets et les impacts » des technologies de communications sur l'organisation et le changement social ou sur les pratiques de l'espace. Il s'agit donc de voir comment la sphère sociale conditionne le développement des technologies. Contrairement au mouvement déterministe technique, qui présente la technique comme moteur du changement, elle est ici présentée comme une condition de la reproduction des inégalités. Ce sont alors les individus qui vont influencer le développement des technologies comme avec par exemple le téléphone qui en 1880 était utilisé pour écouter de l'Opéra de chez soi. Dans le cas du tourisme et des nouvelles technologies se sont effectivement les outils numériques qui se sont adaptés et même crée en fonction des besoins de la population.

4.1.3 Dépasser les visions déterministes avec les usages 100:

Qu'il s'agisse de déterminisme technique ou de déterminisme social, il apparait nécessaire de dépasser ce type d'approches pour différencier d'un côté la technologie et de l'autre la société. Chacune peut agir sur l'autre. Il existe trois approches classiques pour penser les usages. La première étant la « diffusion et l'adoption ». La figure emblématique de ce premier modèle est le sociologue américain Everett M. Rogers qui dès les années 1950, oriente ses recherches sur le thème de la diffusion des innovations techniques. Il modélise alors le processus d'adoption en 5 phases : la connaissance (exposition à l'innovation et acquisition de quelques notions sur son mode de fonctionnement) ; la persuasion (début d'une prise de position sur l'innovation) ; la décision (choix d'adoption ou pas) ; la mise en oeuvre (utilisation et évaluation de l'innovation) ; la confirmation (affirmation du choix). Donc en résumé pour être adoptée l'innovation technique doit répondre à cinq caractéristiques : son avantage relatif (non seulement en terme de prix ou de bénéfices escomptés mais aussi de prestige et de distinction) ; sa comptabilité avec les valeurs du groupe d'appartenance et les expériences antérieures ; sa complexité (plus ou moins grande difficulté à la comprendre et à l'utiliser) ; sa capacité à être essayé ; et enfin sa visibilité. De leur côté les usagers sont classés en cinq profils types selon la façon dont ils se placent sur l'échelle temporelle de la diffusion : les « innovateurs », les « adoptants précoces », la « majorité précoce », « la « majorité tardive », les « retardataires ». Les innovateurs sont des personnes audacieuses

99 Voir Chapitre 2

100 Usages et enjeux des technologies de communication de Francis Jauréguiberry et Serge Proulx, page 50

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porteuses de changement, toujours à l'affût des dernières idées et découvertes. Elles n'hésitent pas à se jeter à l'eau pour anticiper les apports positifs de l'innovation. Ainsi, Rogers évalue à 2,5% le nombre de ces innovateurs qui selon lui « jouent un rôle de porte d'entrée pour le flux des nouvelles idées vers le système social. Pour les nouvelles technologies dans le tourisme, les utilisateurs précoces seraient représentés par la génération Y, par les plus jeunes et les plus diplômés, qui ont accès à un Smartphone et sont familiés avec ce type de technologie. Viennent ensuite les adoptants précoces, qui prennent eux aussi des risques dans la mesure où, ils font partis après les innovateurs des premiers à adopter une innovation. Ils représentent 13,5% des utilisateurs. La majorité précoce qui leur succède dans le temps est dynamique mais prudente : elle adopte l'innovation qu'une fois les avantages de celle-ci prouvés. Cette majorité précoce s'élève à 34% des utilisateurs. La majorité tardive est composée de « ceux qui suivent (34% et qui adopte l'innovation parce qu'elle est incontournable. Enfin, les retardataires (16%) sont ceux qui mettent beaucoup de temps à adopter l'innovation ou qui la refusent. l'ensemble de ces catégories permettent de suivre le processus d'adoption dans le temps, d'un groupe de leader à la majorité. D'autres recherches liées aux sciences de l'ingénieur, à l'ergonomie et à la conception des dispositifs techniques analysent la place et le rôle des humains vis-à-vis des systèmes techniques. Pendant les décennies 1970 et 1980, les concepteurs des objets techniques prirent conscience de la grande variation d'attitudes des personnes à l'égard des technologies. Alors que certains utilisateurs manifestaient une méfiance à l'égard des machines, d'autres montraient au contraire une confiance à l'égard de la technique. Les concepteurs furent alors persuadés qu'il fallait que l'utilisateur ait une meilleure compréhension des fonctionnalités des dispositifs pour se l'approprier. D'autres orientèrent leur travail vers la conception d'interfaces de plus en plus « conviviales » c'est-à-dire faciles à employer pour des usagers faisant alors l'économie d'une compréhension du fonctionnement interne des machines. Les développeurs et les concepteurs s'engagent aussi à mieux comprendre comment l'individu travaille et s'organise, pour lui fournir des outils mieux adaptés. En matière d'appui aux activités de groupe en situation de travail par exemple, ils purent concevoir les téléconférences, les listes électroniques de discussion, les dispositifs facilitant l'écriture en groupe. Ceci les conduisit à penser la conception et l'utilisation de systèmes techniques de communication dans des contextes beaucoup plus larges que celui de la relation directe entre humain et machine.

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4.1.3 L'écart entre usage prescrit et usage effectif

Les premières recherches réalisées dans ce nouveau champ sociologique mettent presque toutes l'accent sur les écarts entre les usages observés et les usages prescrits par les promoteurs des nouveaux outils de communication. Les études menées par exemple sur le minitel montrent comment un terminal de communication, conçu uniquement à l'origine pour consulter des banques de données, va être aussi utilisé pour le divertissement et comme messagerie. Boullier101 et Mercier102 parlent alors au même moment de « détournement de l'usage normalisé ». Cette approche permet à la fois d'aborder les usages des technologies par le biais d'une sociologie attentive aux usagers perçus non plus seulement comme de simples consommateurs passifs mais aussi comme des acteurs, et d'échapper à la vision pessimiste.

Les Smartphones et les applications représentent bien un type de technologie qui a été détournée de son usage premier qui était de téléphoner. Pourtant son usage dans les visites culturelles reste réservé à quelques utilisateurs férus de nouvelles technologies. On peut alors se demander si l'apport de ses nouvelles technologies constitue un réel complément pour la visite culturelle, et si dans le futur elles deviendront indispensables comme le devint l'audioguide.

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