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La performance de l'achat public

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par Jérémy FASS
Université de Montpellier - Master 2 contrats publics et partenariats 2016
  

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B. Le prérequis nécessaire à la performance de l'achat public : l'achat responsable

Définition des achats responsables. L'achat responsable sert la performance globale. Il se définit comme « Tout achat intégrant dans un esprit d'équilibre entre parties prenantes des exigences, spécifications et critères en faveur de la protection et de la mise en valeur de l'environnement, du progrès social et du développement économique. L'acheteur recherche l'efficacité, l'amélioration de la qualité des prestations et l'optimisation des coûts globaux (immédiats et différés) au sein d'une chaîne de valeur et en mesure l'impact. »160 Ainsi l'impact environnemental de l'achat doit être le moins élevé possible, tandis que les répercussions sociales doivent, quant à elles, être les meilleures possibles. Dans le même temps, un objectif de performance des finances publiques doit être poursuivi afin de d'acheter au meilleur coût.

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Source : ObsAR

L'origine de l'achat responsable : la RSE. L'achat responsable trouve certes son origine dans l'idée de développement durable, mais ce type d'achat est plus directement la suite logique des notions de Responsabilité sociale des entreprise (RSE) ou Responsabilité sociale des organisations (RSO).

Il s'agit de deux concepts imaginés en réaction à la thèse néolibérale de Milton Friedman, prix Nobel de l'économie, qui en 1970, dans les pages du New York Times utilisait déjà le terme de responsabilité sociale de l'entreprise à un tout autre dessein. En effet, il considérait cette responsabilité comme se résumant à la recherche du plus grand profit, « la

159 G. CANTILLON, « Création du «Service des achats de l'État« : vers un achat public performant et durable ? », Contrats et Marchés publics n° 5, 2009.

160 Définition de l'Observatoire des Achats Responsables, 2011.

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main invisible »161 décrite par Adam Smith permettant à l'intérêt général de s'élever par voie de conséquence, dès lors que la libre concurrence était respectée162.

Plus précisément la RSE, à proprement parler naît de la théorie des « Stakeholders »163, qui apparaît aux Etats-Unis dès les années 60. Selon cette théorie, maximiser les profits pour une entreprise n'est pas suffisant. Il est nécessaire de trouver le compromis équitable entre les intérêts de l'ensemble des personnes qui sont de près ou de loin rattachés à l'entreprise : employés, clients, gouvernés, gouvernants, collectivités, etc. L'entreprise s'engage alors sur certaines pratiques et accepte d'en rendre compte, d'où une certaine responsabilisation qui a été consacrée en droit français par la loi NRE de 2001164.

L'évolution de la RSE : la performance globale. Le concept de performance globale a émergé, en 2002 avec l'association du « Centre des jeunes dirigeants d'entreprises » (CJDE). La performance globale a alors pu être définie comme « la prise en compte d'un équilibre entre performance économique, sociale, sociétale et environnementale »165. Cette performance est une exigence pour les entreprises productrices qui pourrait être appliquée aux acheteurs publics consommateurs. Elle reposerait sur quatre dimensions complémentaires :

- performance sociale : elle repose sur la capacité du pouvoir adjudicateur à encourager les opérateurs économiques à rendre les hommes acteurs et auteurs ;

- performance sociétale : elle s'appuie sur la contribution de l'opérateur économique au développement de son environnement ;

- performance économique : elle honore la confiance des opérateurs économiques et des usagers et se mesure par des indicateurs ;

- performance environnementale : elle repose sur la capacité du pouvoir adjudicateur à encourager les opérateurs économiques à mettre en place des mesures de protection de l'environnement.

La différence avec la RSE réside dans le fait que la performance globale prend en compte les besoins et les réalités de l'organisme en question, alors que la RSE et le développement

161 A. SMITH, La richesse des nations, Gf-Flammarion, t. 1, 1999.

162 Cité par : Centre des jeunes dirigeants d'entreprises, Guide de la performance globale, éd. des organisations, 2004.

163 Littéralement : « ceux qui ont un intérêt dans l'entreprise », ce sont les parties prenantes, par opposition au « shareholders » qui sont les actionnaires.

164 Loi n° 2001-420 du 15 mai 2001 relative aux nouvelles régulations économiques

165 CJDE, Guide de la performance globale, éd. des organisations, 2004, p. 5

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durable, ne sont en effet pas centrés sur l'entreprise ou la collectivité, mais bien sur l'environnement, au sens large. Il semble donc que la performance globale soit une notion directrice mieux adaptée aux acheteurs publics. Cependant, il s'agit encore d'une notion vague de « performance », joint au qualificatif tout aussi abstrait de « globale » 166. Le CJDE se sert de la commande publique pour encourager cette performance globale des entreprises, dans le cadre du développement durable167. Au départ cette notion n'est donc pas censée profiter en premier lieu à l'Administration.

L'utilité de la performance globale pour l'Administration. Un achat public performant globalement nécessite un achat public responsable. Les pouvoirs adjudicateurs peuvent décider d'orienter leur politique d'achat vers des achats responsables pour plusieurs raisons. D'une part, la réglementation et les initiatives internationales ou nationales peuvent l'encourager, voire le rendre obligatoire168. D'autre part, les achats dits responsables sont facteurs de stabilité et d'exemplarité pour les administrations. Cet atout en terme d'image, correspond à un gain politique, à court terme. Les usagers des services publics attendent cette exemplarité de l'Administration.

Il vient par ailleurs s'ajouter, à moyen et long terme, des gains financiers, parfois difficilement quantifiable. L'Administration peut en effet entrer dans une démarche novatrice visant à réduire les coûts énergétiques, à valoriser l'écosystème du pouvoir adjudicateur et des opérateurs économiques. Ainsi l'administration pourra également tirer un profit économique d'une démarche encourageant la performance globale.

Pour autant, afin que le pouvoir adjudicateur tire effectivement et directement profit de ses achats responsables, il est absolument nécessaire de bien définir dans quelles mesures l'achat public encourage une production conforme aux principes de développement durable. L'achat de l'Administration heurte le prisme de l'intérêt général et se disperse en une multitude d'exigences extrinsèques toute plus éloignées de la fonction de l'achat purement intrinsèque à l'origine. Ainsi, à l'image de la lumière rencontrant le prisme, c'est un spectre qui risque d'apparaître, troublant la vision performancielle que doit avoir l'Administration lorsqu'elle subvient à ses besoins (II).

166 V. en ce sens : Y. PESQUEUX, « La notion de performance globale », Forum international ETHICS, 2004.

167 V. Rapport du CJDE et de Communauté urbaine de Nantes, « Vers la performance globale de la commande publique », 2011.

168 V. supra.

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