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A propos d'une analyse objective de la voix de 40 sujets présentant des troubles musculo-squelettiques

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par Marion VIENNOT
UHP Nancy - Certificat de Capacité d'Orthophonie 2010
  

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II.1.2 Hypokinésies primitives

Au contraire des hyperkinésies, les hypokinésies sont bien souvent secondaires à des pathologies précises (myasthénie, dépression, ralentissement hypophysaire, ...). Les hypokinésies primitives pures sont donc rares et fortement liées à une personnalité introvertie ainsi qu'à une tendance globale du sujet à l'hypotonie. La musculature entrant en jeu lors de la phonation étant rarement fortement sollicitée, lorsque le sujet éprouve le besoin de projeter sa voix, il se trouve immédiatement en situation de forçage vocal et sa voix, non entraînée à de telles sollicitations, « déraille ».

II.2 Facteurs déclenchants et/ou

favorisants

Outre les mécanismes propres au cercle vicieux du forçage vocal, certains facteurs peuvent induire l'entrée dans le cercle vicieux et/ou limiter les possibilités de rompre ce cercle vicieux. Nous allons ici présenter les facteurs les plus couramment rencontrés dans la littérature.

Les facteurs déclenchants sont par ordre de fréquence:
-certaines affections de la sphère ORL

-des facteurs psychologiques pré-disposants -un affaiblissement général

-la toux

-la période prémenstruelle ou une grossesse -une intervention abdominale.

Les facteurs favorisants peuvent être:

-une obligation socio-professionnelle de parler ou de chanter

-certaines caractéristiques psychologiques (tempérament nerveux, tendance à l'anxiété, perfectionnisme, situation psychologique difficile)

-la consommation de tabac et/ou d'alcool

-les affections chroniques de la sphère ORL -un terrain allergique

-un reflux gastro-oesophagien

-une hypoacousie

-l'exposition au bruit, à la poussière, aux vapeurs irritantes et à l'air

conditionné

-la présence d'un dysphonique ou d'un hypoacousique dans

l'entourage

-des antécédents pulmonaires.

II.2.1 La sphère ORL

Toute affection de la sphère ORL peut avoir des répercussions négatives sur la production vocale. Notons ici le rôle parfois non négligeable de l'air conditionné, de la pollution et de l'exposition régulière à des agents toxiques volatiles46.

Du fait de la consommation d'aérosols, délétère pour les muqueuses laryngées, l'asthme peut, à long terme, être la cause de problèmes vocaux plus ou moins importants.

Les rhinites allergiques sembleraient engendrer des problèmes de voix, particulièrement au printemps. Cependant, il manque encore des études de la voix pour objectiver les ressentis des patients.47

Enfin, une baisse d'audition modifie le rétro-contrôle de la boucle audiophonatoire. Souvent, le sujet augmente alors l'intensité de sa voix car « il ne s'entend plus parler ». De même la surdité d'une personne, dans l'entourage proche du sujet, le pousse à augmenter le volume sonore de sa voix.

II.2.2 L'alcool et le tabac

Dans 50% des cas, la consommation de tabac provoque une kératinisation de la muqueuse des cordes vocales selon trois mécanismes: la température élevée de la fumée, la toxicité propre à la nicotine et la présence d'agents cancérigènes. Ce

46 Voir à ce sujet l'ouvrage d'Ormezzano pp227-242, Op. cit. p17.

47 Millqvist E., Bende M., Brynnel M., Johansson I., Kappel S., Ohlsson A.-C. (2008), « Voice Change in Seasonal Allergic Rhinitis », Journal of Voice, 22,4; 512-515.

pourcentage augmente fortement lorsque la consommation de tabac est associée à une forte consommation d'alcool.

II.2.3 Les facteurs psychologiques

Les relations entre les qualités acoustiques de la voix et l'état émotionnel sont complexes et difficiles à étudier scientifiquement bien que les ouvrages sans réflexion sur cette question soient rares48. Il est évident que les états émotionnels, et en particulier le stress, influent sur la respiration et la tension musculaire, donc indubitablement sur les mécanismes en jeu lors de la phonation. « La voix est tributaire de l'état psychique et émotionnel du sujet. La voix peut devenir atone, asthénique chez le dépressif, elle peut s'éclipser dans l'aphonie psychique »49. Ainsi, bon nombre d'études tendent à montrer une corrélation entre certains traits de caractère et le développement de pathologies cordales50. Scherer a beaucoup étudié sur ce sujet en tenant compte des stratégies de coping51. Lorsque la stratégie de coping privilégiée a pour effet d'exacerber le stress cela induirait des changements plus ou moins momentanés dans la prosodie. Cependant, il note qu'il n'y a pas de changement réel de la fréquence fondamentale.

Théorie de la disposition psychologique à la dysphonie (d'après Roy and Bless) 52

48 Karpf A. (2008), La voix, Un univers invisible, Autrement: Paris p224-258.

49 Estienne Fr. (1998), p4, Op. cit. p30.

50 Estienne Fr., Piérart B. (2006), Les bilans de langage et de voix, Fondements théoriques et pratiques, Paris: Masson, p233.

51 Les stratégies de coping consistent en des modifications comportementales et cognitives face à des demandes internes ou externes dépassant les ressources du sujet.

52 Giovanni, A. (dir.) (2004), Le bilan d'une dysphonie État actuel et perspectives, Marseille: Solal, p41.

D'autres part, des troubles psychiatriques ont très souvent des répercussions sur la voix. Ces retentissements touchent le plus souvent la prosodie. La voix du schizophrène peut par exemple alterner entre monotonie et variations excessives, fréquences basses ou élevées, débit ralenti ou accéléré, alors que la voix d'un maniaque lors d'une crise sera le plus souvent criarde, forte et aigüe.

II.2.4 Les facteurs hormonaux

Tout d'abord, l'hormone thyroïdienne est connue et reconnue pour ses effets sur la voix. Par exemple, une hypothyroïdie agit sur le tonus musculaire et induit une raucité, un abaissement de la fréquence fondamentale, une fatigue vocale, ainsi qu'une perte d'étendue et de puissance de la voix. Une hyperthyroïdie entraînera quant à elle une fatigabilité extrême de la voix avec un timbre changeant d'un jour à l'autre.

Par ailleurs, on sait que la prise de stéroïdes anabolisants a des conséquences irréversibles sur la voix : elle provoque une virilisation de la voix féminine et une rugosité de la voix masculine.

Les effets du cycle menstruel sur la voix de la femme ont été étudiés par Abitbol. Ils montrent une réduction de l'efficacité vocale, une perte des fréquences aiguës et une légère raucité aux 14ème et 25ème jour du cycle chez 33% des femmes, ces effets étant plus apparents chez les chanteuses que chez les locutrices tout-venant53. D'autre part, plusieurs études cherchant à montrer les effets de pilules oestroprogestatives sur la voix aboutissent à des résultats contradictoires.

Ensuite, sur le plan théorique, une grossesse pourrait avoir des effets négatifs sur la voix, ne serait-ce que par les variations hormonales qui y sont liées, ou par la place que prend le foetus dans l'abdomen, contraignant ainsi la respiration. Cependant, la théorie est contredite par la plupart des études menées sur cette question54. La seule étude valable menée sur ce sujet que nous ayons trouvée montre, au cours du 3ème trimestre de grossesse, une diminution significative du Temps Maximum de Phonation (à rapprocher à la place que prend le foetus dans l'abdomen) ainsi qu'une fatigabilité légèrement accrue (propablement résultante des nausées et

53 Abitbol J, Abitbol P., Abitbol B. (1999), << Sex hormones and the female voice », Journal of Voice, 13,3; 424-446.

54 Ormezzano suppose que l'action hormonale de la grossesse sur les muqueuses laryngées n'est pas si importante que ce qui est couramment présupposé, ou bien qu'elle est largement compensée par << l'épanouissement intellectuel et psychique du plaisir d'être enceinte ».

in Ormezzano, p211, Op. cit. p17.

vomissements ainsi qu'à une congestion accrue des muqueuses laryngées)55.

Enfin, lors de la ménopause, un abaissement du fondamental laryngé et de moins bonnes performances vocales sont régulièrement évoqués. En réalité, les études à ce sujet ne mettent pas toutes en évidence les mêmes signes, et lorsqu'elles trouvent des signes communs, ceux-ci n'apparaissent pas dans les mêmes mesures. D'autres études montrent même qu'il n'y aurait aucune différence significative entre les voix d'une femme non ménopausée, ménopausée et ménopausée sous traitement hormonal de substitution.

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