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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.1.3. Confrontation des constatations empiriques aux modèles théoriques et analyses

L'extrême droite ne détient certes pas le monopole du discours anti-establishment et anti-système. Elle ne l'a pas non plus du style populiste qui l'accompagne dans la rhétorique du parti étudié. Ces deux éléments s'avèrent donc insuffisants pour se prononcer quant à la possibilité de classer l'UDC dans la famille politique des partis d'extrême droite. Néanmoins, l'utilité pour mon étude du constat empirique de l'antisystémisme de ce parti s'avère loin d'être négligeable si, dans le sillage de Gilles Ivaldi, on garde à l'esprit qu' «une dimension mérite sans doute d'être soulignée ici [= dans la présentation de l'idéologie d'extrême droite], celle de l'attitude anti-système comme ressource forte de mobilisation électorale de toutes les formes de ressentiment. Cette attitude se traduit par une opposition systématique à l'establishment comme ensemble indifférencié, et non par une concurrence avec un camp ou un parti politique en particulier [...]. L'opposition aux valeurs du système s'illustre aussi par la récurrence des stratégies d'affaiblissement et de minoration du rôle démocratique des partis traditionnels»196(*). Propos étayés par le politologue suisse Papadopoulos lorsqu'il écrit: «although reference to the people is common to several political languages, not any appeal to them is coupled with the denunciation of the illegitimate power of a small clique of elites»197(*), cette caractéristique demeurant, selon l'auteur, l'apanage du national-populisme.

On peut également se référer à Marc Swyngedouw et Gilles Ivaldi pour renforcer ce constat. Pour ces derniers en effet, «a keyfeature of the far right strategy lies with the building of the concept of `political class' or `political establishment', which embraces all the other parties and tends to undermine differences between them. Anti-partyism thus recodes the whole political universe as a dichotomy, along with a populist appeal to the `'man on the street''. The far right election propaganda refers constantly to what it describes as the corruption and unreliability of the existing political parties. The politicians of these parties are said to be interested solely in filling their own pockets and favouring their supporters at the expense of the ordinary man»198(*). L'élément que ce duo décrit comme «a keyfeature of the far right strategy» semble bien pouvoir être mis en parallèle avec les éléments antisystèmes du discours de l'UDC que l'on vient de mettre en exergue.

La pertinence des constats exposés aux points 4.1.1. et 4.1.2. devient d'autant plus défendable si l'on veut bien admettre que «l'exploitation des sentiments anti-partis et le travail de sape systématique de la légitimité du système restent, sans l'ombre d'un doute, des ressources politiques majeures de l'ultra-droite, et peut-être l'un des meilleurs `'marqueurs'' de l'extrême-droite non ouvertement fasciste»199(*). La description de l'antisystémisme comme une attitude qui vise la mobilisation de toutes les formes de ressentiment dans une opposition constante à l'establishment en tant que bloc monolithique, paraît correspondre trait pour trait au phénomène que l'on vient de décrire au sein de l'UDC et constituerait «l'un des meilleurs `'marqueurs''» des partis d'extrême droite ce que confirme Pascal Perrineau, pour qui la politisation du «rejet de la politique» constitue un «invariant»200(*) du discours de l'extrême droite nationale-populiste.

4.1.3.1. L'antisystémisme dans le cadre théorique développé par Pierro Ignazi 

«As far as we know from the content analysis of party manifestoes, platforms and leader's writings and speeches, ERPs [ndla: ERP=extreme right parties] share some common features which are clearly antisystem. These include antiparlementarism, antipluralism and antipartism. Even if such parties do not openly advocate a non-democratic institutional setting, they nevertheless undermine system legitimacy by expressing distrust for the parliamentary system, the futile discussions provoked by ambitious leaders, escessive [sic] freedom, the weakness of the state, the disruption of the traditional natural communities, and `'unnatural'' egalitarism»201(*).

Pierro Ignazi effectue là un constat global concernant les ERPs dont les conclusions semblent dans une large mesure pouvoir s'appliquer au cas particulier de l'UDC. Il y met également en exergue un point d'une importance capitale, à savoir que les partis d'extrême droite européens contemporains peuvent ne pas se réclamer ouvertement d'une idéologie anti-système, mais qu'au contraire «it is easy to find ritual homage to the democratic principles in their official statements and documents»202(*). Leur stratégie serait donc plus insidieuse que l'antisystémisme `'frontal'' puisqu'elle consisterait à saper la légitimité du système en place et de ses représentants tout en louant, la plupart du temps, le système démocratique. Ces constats paraissent être particulièrement applicables à l'UDC étant donné sa situation particulière de parti de gouvernement depuis 1971. Elle est donc contrainte d'épargner un système démocratique, en tant que concept abstrait, qui lui garantit une participation au pouvoir, tout en s'attaquant de front à ce et à ceux qui le font fonctionner concrètement. Si donc, vis-à-vis du système démocratique, «most of the present extreme right parties display non-compatibility of aims and acceptability of behaviour [en italique dans le texte]»203(*), il me semble que cette affirmation à vocation généraliste puisse s'appliquer au cas particulier de l'UDC blochérienne.

Pour Ignazi, la pertinence du classement d'un parti qui ne se revendique pas ouvertement d'une idéologie antinomique du régime démocratique dépend de la mesure dans laquelle ses positions sont antagonistes du régime démocratique204(*). Il est un fait que Blocher et son parti n'attaquent jamais le système démocratique suisse stricto sensu, mais le parti enfonce continuellement le clou de la corruption et de l'incompétence des politiciens et autres élites du pays, son leader affirmant ouvertement que «la politique est devenue beaucoup trop importante, beaucoup trop chère et beaucoup trop nuisible»205(*). Le dénigrement systématique des partis politiques et l'antiparlementarisme suintent abondamment dans la rhétorique udécéenne comme l'illustrent les extraits développés plus haut, et on a vu dans quelle mesure l'UDC parvient à rendre compte de la vie politique du pays comme d'une opposition entre elle, d'une part, et un ensemble indifférencié de politiciens qui ne font aucun cas de la volonté du peuple, d'autre part. Le déni du pluralisme semble donc acquis dans la rhétorique udécéenne.

Ignazi souligne que cette stratégie du «seul contre tous» constitue un point commun indéniable à toutes les formations d'extrême droite européenne206(*), mécanisme rhétorique qui leur permet en outre de se poster en dernier rempart, en alternative ultime pour le salut du pays207(*). Cette pratique n'est aucunement étrangère au parti qui fait l'objet de notre étude.

On doit donc pouvoir affirmer sans susciter de polémique que l'UDC présente bien certaines caractéristiques fondamentales de l'antisystémisme tel qu'il est décrit par Ignazi, or le cadre référentiel offert par ce dernier stipule que «the presence of antisystem attitudes, enables us to identify those non-fascist parties that belong to the ERP class and not to the conservative one»208(*).

Si sur base de la mise en relief de la dimension antisystémique de l'UDC, la classification de cette dernière à l'extrême droite, dans la conception d'Ignazi pour qui l'antisystémisme paraît constituer LE critère déterminant, semble possible, il faut cependant rester prudent quant à une prise de position trop catégorique étant donné qu'il s'agit-là d'un critère unique qui, en plus de n'être pas complètement satisfait (le contenu de l'antisystémisme au sens ignazien du terme est effectivement plus large que celui des constatations opérées dans cette partie de l'étude), s'avère insuffisant pour répondre complètement aux exigences du cadre théorique utilisé.

* 196 G. IVALDI, «L'extrême-droite en Europe occidentale», Problèmes politiques et sociaux, Aubervilliers, n°849, 22 décembre 2000, pp. 4-5.

* 197 Y. PAPADOPOULOS, «National-populism in Western Europe : an ambivalent phenomenon», op. cit., p. 5.

* 198 G. IVALDI et M. SWYNGEDOUW, «The extreme-right Utopia in Belgium and France. The ideology of the Flemish Vlaams Blok and the French Front National », West European Politics, Vol 24, n°3, Juillet 2001, p. 14.

* 199 G. IVALDI, «L'extrême-droite en Europe occidentale», Problèmes politiques et sociaux, Aubervilliers, n°849, 22 décembre 2000, p. 6.

* 200 Propos de P. Perrineau recueillis par J.-G. Fredet in «L'Europe d'extrême(s) droite(s)», Le Nouvel Observateur, Paris, n° 1962, 13 juin 2002, consulté sur www.france-mail-forum.de, url : www.france-mail-forum.de/fmf27/art/27perrin.htm

* 201 P. IGNAZI, «The silent counter-revolution. Hypotheses on the emergence of extreme right-wing parties in Europe », op. cit., p. 12.

* 202 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», Oxford University Press, Oxford, 2003, p. 33.

* 203 Id., p. 32. 

* 204 P. IGNAZI, «The Extreme Right in Europe : A Survey», in P. H. MERKL, L. WEINBERG (ed.), «The Revival of Right-Wing Extremism in the Nineties», Frank Cass, Londres, 1997, pp. 48 - 54.

* 205 C. BLOCHER, «La politique au 21ème siècle. Réflexions à l'occasion de la 11ème session de l' `'Albisgüetli`', du 15 janvier 1999, de Monsieur le conseiller national Christoph Blocher», op. cit., p. 14.

* 206 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 215.

* 207 Id., p. 217.

* 208 P. IGNAZI, «The silent counter revolution. Hypotheses on the emergence of extreme right-wing parties in Europe», op. cit. 24.

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