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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4. 2. La dimension nationaliste

L'UDC constitue presque un cas paradigmatique de parti anti-intégration supranationale. La formation a été anti-européenne (le terme «eurosceptique» constituerait ici un euphémisme peu heureux du point de vue scientifique) et opposée à toute forme d'intégration à des institutions supranationales (ONU, OTAN), dès sa création en 1971. Cependant, l'Union Démocratique du Centre n'avait pas le monopole de cette position au sein des partis composant le gouvernement suisse. Ce n'est qu'avec la réorientation de la politique étrangère helvétique, au début de la dernière décennie du 20ème siècle, qui «vise à terme l'intégration du pays dans l'Union européenne»231(*) que le parti est devenu «l'unique formation gouvernementale garante de la ``voie solitaire''»232(*) ou `'Sonderfall''. Cette position, l'UDC l'a radicalisée au cours des années pour en arriver sous Blocher, à un rejet quasi viscéral de l'Union européenne, perçue désormais comme «la tombe de la Suisse à Bruxelles»233(*).

Par contre le parti effectue son `'virage xénophobe'' plus tardivement, dans le courant des années 90, pendant lesquelles il se met à chasser sur le terrain électoral de l'extrême droite suisse qu'occupent alors principalement les Démocrates suisses, le Parti suisse de la liberté (héritier du parti des automobilistes) et les Vigilants. Ce choix stratégique coïncidera d'ailleurs avec le décollage électoral du parti dont l'ampleur n'a pas de précédent dans l'histoire politique suisse (aux élections du Conseil national, l'UDC est passée de 11,9 % des votes en 1991 à 26,6 % en 2003).

On a fait ici le choix de traiter ces deux dimensions dans une partie commune afin de mettre en exergue le fait que toutes deux constituent les manifestations d'un même élément doctrinal, dont on verra qu'il est profondément ancré dans l'idéologie udécéenne, à savoir le nationalisme.

4.2.1. Un anti-supranationalisme radical

L'opposition ou en tous cas la méfiance face à l'idée de l'intégration de la Suisse aux institutions supra-étatiques a été une constante dans les prises de position de l'UDC depuis sa création en 1971, ainsi que dans le cheminement politique de Christoph Blocher. Ce dernier est en effet à la base de la création en 1986 de l'ASIN, l'association pour une Suisse neutre et indépendante, qui constitue aujourd'hui un puissant lobby (40.000 membres et de très importants moyens financiers) anti-intégration supranationale. Cette association est en fait la continuation du «Comité d'action suisse contre l'adhésion à l'ONU», mis sur pied par le même Blocher, et dont la raison d'être était la campagne référendaire concernant l'adhésion de la Suisse à l'ONU, où les partisans du non obtiendront gain de cause. L'ASIN étendra en outre ses revendications à la lutte contre les «abus du droit d'asile» et «les étrangers criminels» dès l'année de sa création.234(*)

Christoph Blocher s'est donc opposé durant tout son parcours politique à toutes les initiatives marquant de près ou de loin une implication helvétique dans les organismes supranationaux. Il a entraîné dans son sillon l'UDC zurichoise et ensuite une radicalisation de l'UDC suisse sur ce sujet, bien qu'un pan non négligeable de la formation nationale soit longtemps resté beaucoup plus modéré dans son rejet du supranationalisme que ne l'est le leader zurichois, comme en a attesté en 1992 le vote positif du conseiller fédéral UDC de l'époque, Adolf Ogi, concernant la demande d'ouverture de négociations en vue d'une adhésion à la CE235(*). Cependant il faut bien admettre que depuis la fin des années 1990, la quasi-totalité des violons udécéens se sont accordés au diapason du radicalisme blochérien.

Comme le résume lui-même le leader zurichois, le refus radical de son parti d'une adhésion de la Suisse aux organes de pouvoirs supranationaux se base sur des arguments «politiques et économiques»236(*) mais également sur «des considérations historiques et culturelles»237(*).

4.2.1.1. Les arguments anti-supranationalistes de l'UDC

Christoph Blocher ne tarit pas de griefs à l'égard des institutions supra-étatiques, et en particulier à l'égard des institutions européennes comme en atteste l'extrait suivant : «Dans le cas d'une adhésion à l'UE, les conditions européennes règneraient également en Suisse :

§ eurocratie au lieu de la démocratie directe avec droit d'initiative et de référendum

§ hétérodétermination par des fonctionnaires politiques au lieu d'une autodétermination vigilante

§ centralisme au lieu de pluralité fédéraliste

§ partialité imposée au lieu de la réserve voulue en politique étrangère

§ rage de tout réglementer au lieu de liberté d'action

§ chômage plus important

§ euro politique au lieu d'un franc stable

§ diminutions des salaires, moins de pouvoir d'achat

§ taux d'intérêts sur l'emprunt plus élevés pour les emprunts et les hypothèques

§ augmentation des loyers de 30%

§ impôts, primes et taxes supplémentaires

§ perte de l'attrait de la Suisse comme lieu d'implantation économique

§ plus aucun contrôle à la frontière

§ augmentation de l'immigration clandestine et de la criminalité

Conclusion :

Le non au traité de l'EEE en 1992 a permis d'éviter l'adhésion à l'Union européenne; le non au traité de l'EEE a permis d'éviter un traité de type colonial qui aurait menacé l'indépendance et la liberté de la Suisse ; le non au traité de l'EEE a permis de défendre la prospérité de la Suisse.»238(*)

Comme l'illustre ce passage, les critiques acerbes des «conditions européennes» sur les plans politique et économique, formulées par l'UDC, sont de plusieurs ordres.

4.2.1.1.1 L'Europe est néfaste pour le peuple suisse car elle n'est pas démocratique

Tout d'abord, l'Europe ne fonctionnerait pas de manière démocratique, à tout le moins «l'UE n'interprète pas le mot `'démocratie'' de la même manière que nous [Suisses]»239(*) puisqu'on n'y retrouve pas de mécanisme de démocratie directe et que l'UE est accusée de pratiquer un centralisme dogmatique qui éloigne volontairement les leviers de pouvoir du peuple. C'est en ce sens qu'une adhésion à l'UE permettrait à l'Union «d'être le fossoyeur des droits de liberté [sic] qui ont été acquis au fil des siècles et qui sont garantis en Suisse»240(*). L'adhésion à l'Europe se traduirait par une «amputation des droits du peuple»241(*) car l'UE et toutes les autres institutions internationales sont «hostiles à la souveraineté populaire de notre peuple»242(*). La meilleure preuve en serait d'ailleurs que l'adhésion rampante de la Suisse à l'UE est en train de se réaliser dans le dos et contre la volonté du peuple243(*). Et c'est sous la pression de «chantages»244(*) que le Conseil fédéral cède aux exigences de Bruxelles car les «menaces et les chantages font depuis peu partie des pratiques courantes au sein de l'UE»245(*).

En s'appuyant sur un rapport du Conseil de l'Europe qui classait l'UDC parmi les partis extrémistes246(*), Blocher présente l'UE comme un hydre autoritaire qui a organisé la « suppression de la liberté d'expression au sujet de l'UE »247(*), puisque quiconque s'y opposerait serait taxé d'extrémisme.

Bref, une adhésion à l'UE entraînerait la Suisse dans un système de relations de «type colonial»248(*) qui placerait «le droit étranger au-dessus du droit en vigueur dans le pays. Comme dans toute colonie, le peuple colonisé n'aurait rien à dire. Le pouvoir de décision appartiendrait à un petit gouvernement vassal qui devrait naturellement respecter les ordres reçus de la technocratie de Bruxelles»249(*). L'image de la colonie permet aux dirigeants zurichois de l'UDC d'offrir un cadre symbolique fournissant des images fortes pour exprimer les griefs formulés à l'égard de l'Europe. Ainsi en va-t-il de la soumission économique de la colonie par rapport à sa métropole. «Une société bourgeoise libérale ayant la volonté d'assumer sa responsabilité propre peut mener une politique spécifiquement adaptée à la Suisse et obtenir davantage de succès économique qu'au sein d'un grand ensemble subissant une pression d'harmonisation vers le bas. Une Suisse indépendante et souveraine permet d'agir d'une façon beaucoup plus innovatrice, rationnelle, efficace et compétitive qu'une UE organisée de manière centralisée. [...]. Une adhésion à l'Union européenne signifierait: [...] des versements à concurrence de plusieurs milliards à l'UE ; la stimulation du chômage; la réduction de la prospérité; des réductions de salaires; des taux d'intérêt plus élevés sur les emprunts et les hypothèques; de nouveaux impôts, une augmentation des impôts, taxes et cotisations; l'augmentation de la TVA de 7,6 à au moins 15 pour-cent ; la renonciation au franc suisse et par là une perte de fortune nationale; une menace pour la place financière suisse; les réserves d'or seraient soumises à la Banque Centrale Européenne; [...]»250(*). Une adhésion à l'UE signifierait donc de manière inéluctable la mise à mort économique de la Suisse. D'ailleurs ce serait sciemment que l'UE mène, par des accords au caracctère «nocif »251(*), «sa campagne visant à affaiblir la place financière suisse»252(*) notamment en «exigeant le versement du produit des impôts sur les capitaux étrangers aux pays d'origine des propriétaires»253(*), ce qui démontrerait que l'UE a en fait pour «unique but de renforcer la position de ses propres places financières»254(*) au détriment de la prospérité du peuple suisse.

* 231 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., pp. 71-72.

* 232 Id., p. 72.

* 233 C. BLOCHER, «Si tu cherches la guerre, elle te trouvera ! Point de la situation politique février 2001», traduction du discours de l'Albisgüetli 2001, sur www.blocher.ch, url : www.blocher.ch/fr/artikel/albis2001.pdf

* 234 Id., p. 55.

* 235 «Politique européenne de la Suisse : du refus du traité de l'EEE à la conclusion des négociations bilatérales avec l'UE (1992-1999)», compilation des textes relatifs à l'intégration européenne de la Suisse publiés dans l'Année politique suisse de 1992 à 1999, 1/11/2001, url : www.anneepolitique.ch/docu/europe.htm

* 236 C. BLOCHER, «Dix ans après le non au traité de l'EEE. Analyse de la situation et perspectives», publication de l'ASIN, Berne, novembre - décembre 2002, p. 5. (consulté sur www.blocher.ch)

* 237 Ibid.

* 238 Id., p. 12.

* 239 C. BLOCHER, «Si tu cherches la guerre, elle te trouvera ! Point de la situation politique février 2001», op. cit., p. 8.

* 240 Id., p. 10.

* 241 C. BLOCHER, «Dix ans après le non au traité de l'EEE. Analyse de la situation et perspectives», op. cit., p. 11.

* 242 C. BLOCHER, «Allocution de bienvenue et point de la situation du Conseiller national Dr. Cristoph Blocher à l'occasion de la 18e Assemblée générale ordinaire de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) du 17 mai 2003 à Berne», Berne, 17 mai 2003, p. 5, sur www.blocher.ch, url : www.blocher.ch/fr/download/030517referat_blocher.pdf

* 243 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», publication du secrétariat général de l'UDC, Berne, 2003, p. 42.

* 244 Ibid.

* 245 C. BLOCHER, «Si tu cherches la guerre, elle te trouvera ! Point de la situation politique février 2001», op. cit., p. 8.

* 246 Liste des partis extrémistes établie par le Conseil de l'Europe, cf. «Neue Zürcher Zeitung» du 26 janvier 2000. 

* 247 Id., p. 9.

* 248 C. BLOCHER, «Dix ans après le non au traité de l'EEE. Analyse de la situation et perspectives», op. cit., p. 10.

* 249 Id., pp. 10-11.

* 250 Id., p. 32.

* 251 «L'UDC reste opposée aux bilatérales II», communiqué de l'UDC - Suisse du 22 janvier 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=201

* 252 Ibid.

* 253 Ibid.

* 254 Ibid.

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